Un joli titre, pour ce premier "long" de Stéphane Brizé (1999), à apprécier à plusieurs niveaux - "Le Bleu des villes" n'étant pas seulement une allusion directe à l'uniforme de la "pervenche" (de province), "Solange" (aussi co-scénariste, avec le réalisateur : Florence Vignon). Récit entre "social" (une thématique chère à SB) et apprentissage (une trentenaire fait le bilan de sa vie, et assume crânement de quitter les sentiers battus, et une confortable médiocrité professionnelle et sentimentale), et déjà une vraie maîtrise de la mise en scène, impressionniste. Antoine Chappey est parfait, en agent de morgue et conjoint plan plan.... et Mathilde Seigner sait rester sobre en "Madame Météo" et vieille copine perdue de vue.
Réflexion sur nos vies banales. Et prise de conscience douloureuse que le changement est difficile. Le ton du film est plutôt nostalgique et le constat est brut. S’évader oui mais dans sa tête pas dans sa vie.
Pour son premier long-métrage, Stéphane Brizé s’attache à un personnage exerçant un métier qui se situait déjà dans Bleu dommage, son premier court : celui de contractuelle. Si le film possède des comédiens reconnus (Mathilde Seigner, Antoine Chappey, Philippe Duquesne, Liliane Rovère et dans une moindre mesure Dominique Besnehard), le cinéaste choisit de mettre dans le rôle principal sa scénariste Florence Vignon, ce qui est un bon choix car elle possède un côté blasé qui correspond parfaitement à cette femme insatisfaite d’une vie qu’elle juge banale et ennuyeuse. Brizé réussit à apporter de l’humour à ses situations tout en arrivant à faire ressentir la tristesse profonde de ses protagonistes. Si son style visuel est extrêmement classique, le cinéaste arrive à suffisamment rendre ses personnages à la fois touchants et amusants pour nous attacher à eux et pour rendre agréable une œuvre qui pourrait apriori passer inaperçu par sa simplicité.
Premier long métrage d'un réalisateur qui, depuis, à confirmer un talent énorme et certain. On suit ici une pervenche un peu paumée et qui le saura encore plus après sa rencontre avec une amie d'enfance devenue vedette de la télévision. Le film démarre avec une scène ridicule et pathétique ; une pervenche qui escalade un camion pour accrocher son timbre-amende ?! Le ton est donné, on est dans un film où le réalisme va être parsemé de de clins d'oeils satiriques et de clichés... Est-ce voulu ou pas là est la question... Une pervenche n'est pas dans la police, fonctionnaire vexée parce qu'elle n'a pas reçu un prix de meilleure fonctionnaire de l'année, une pétition pour du papier toilette, des dialogues ineptes, presque moqueurs ("je suis très touché parce que ça me touche beaucoup quoi")... etc... Un mot revient à nous avec insistance : pathétique. Heureusement le cinéaste décrit avec justesse des personnages profondément humains qui sont interprétés avec sobriété et émotion par des acteurs excellents (dont Florence Vignon co-scénariste). Une belle histoire, simple, à la réalité amère qui manque sans doute d'un truc en plus (drame ou cynsime plus appuyé, si pathétique voulu plus assumé...). Un premier film prometteur pour un cinéaste qui se cherchait encore.
Alors que nous sommes tous un Français moyen qui "aurait voulu être une artiste", ce film nous renvoie notre image avec talent, lucidité et affection. Les actrices sont admirables. Florence Vignon, elle même inconnue, joue le rôle de l'inconnue comme si elle connaissait le problème. Mathilde Seigner est enfin un modèle de retenue et de justesse. Contrairement à ce que dit Wharol, on n'aura pas forcément notre quart d'heure de célébrité, en revanche on peut en avoir un hectare... à condition de le trouver.
Une très belle interprétation, pour ce film tout en dégradés de gris, de bleu à l'âme ; ou comment une jeune femme se rend compte de l'écart entre ses rêves de jeunesse, et la tristesse de son quotidien, et ce qu'elle entreprend pour être fidèle à ses aspirations et retrouver sa dignité. Florence Vignon est formidable, Antoine Chappey et Mathilde Seigner l'entourent parfaitement. La musique est très bien.