Un mystérieux tueur en série s’en prend à des jeunes femmes. Une étudiante est retrouvée noyée dans la Seine, une comédienne est enlevée dans sa loge... Toutes les victimes sont vidées de leur sang et présentent le même groupe sanguin….
« Les Vampires » est un film à la fois policier et fantastique dans le genre gothique qui annonce, quelques années à l'avance, le célèbre « Les Yeux sans visage » de Georges Franju. C’est également le premier film d'épouvante italien de l'ère sonore, ouvrant la voie à toute une tradition gothique qui culminera quelques années plus tard avec Mario Bava lui-même et, ensuite, avec les films de la « Hammer » à la façon italienne.
La parenté avec « Les Yeux sans visage » de Franju, réalisé trois ans plus tard, est d’ailleurs frappante. Dans les deux films, l’horreur ne repose pas sur un folklore vampirique traditionnel, mais sur une figure de savant fou obsédé par la conservation de la beauté et de la jeunesse, prêt à sacrifier des jeunes femmes au nom d’une science dévoyée. Chez Freda et Bava comme chez Franju, le laboratoire devient un espace de cauchemar clinique, froid, presque abstrait, où la violence se dissimule derrière un discours pseudo-scientifique. Mais là où Franju adoptera une approche plus épurée, presque documentaire dans sa mise en scène, « Les Vampires » conserve une dimension gothique et baroque, nourrie de décors expressionnistes et d’ombres sculptées, situant le film à la charnière entre le fantastique classique et un cinéma d’horreur plus moderne, plus cruel et plus désenchanté.
Le scope noir et blanc de Mario Bava (qui a d'ailleurs terminé le film après le départ du caractériel Riccardo Freda) est admirable, tout comme l’est le célèbre trucage du vieillissement rapide, obtenu par un maquillage évolutif combiné à un jeu d’éclairages rouges et bleus invisibles à l’écran. Cet effet, aussi simple que génial, frappe encore aujourd’hui par sa puissance visuelle et sa dimension presque expérimentale, annonçant certaines audaces formelles du cinéma fantastique italien à venir.
On peut ainsi considérer « Les Vampires » comme une œuvre fondatrice : à la fois film de transition, entre le polar et l’épouvante gothique, entre une horreur encore classique et des formes plus modernes, et manifeste esthétique annonçant le génie visuel de Mario Bava, qui s’imposera très vite comme l’un des grands stylistes du cinéma de genre européen.