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Un visiteur
3,0
Publiée le 28 février 2018
Le film vaut principalement pour ses splendides images expressionistes (le grand Lucien Ballard est à la caméra) et pour son acteur principal, Laird Cregar, qui parvient à insuffler de l'humanité à son personnage. Le reste demeure trop littéral, entre ressorts psychanalytiques appuyés et jeu forcé des comédiens... Il faudra attendre le prochain film de John Brahm, le grand "Hangover square", pour que le cinéaste nous entraîne dans les zones troubles qu'il ne fait ici qu'effleurer.
Libre adaptation de l'histoire de "jack l'éventreur", cette version méconnue du mythe vaut néanmoins le détour par la qualité de son casting où l'on trouve George Sanders et le trop oublié Laird Cregar (qui retrouvera l'année suivante le réalisateur John Brahm pour son dernier film "Hangover Square").
Parfois un peu facile et vite expédié, le scénario se veut court et efficace ce qui est le cas et du coup malgré ses défauts il passe tout seul et surtout très bien pour passer un bon moment
John Brahm, ancien metteur en scène de théâtre à Vienne et à Berlin, fit partie de ces artistes qui s'exileront à Hollywood après l'arrivée des NS au pouvoir en Allemagne.
Aujourd'hui, il est souvent considéré par la cinéphilie, comme un petit maître, statut justifié lorsqu'on met en regard sa filmographie avec celles des metteurs en scène phares de la période.
Il a malgré tout laissé quatre oeuvres marquantes " Hangover square " , " le médaillon" , "Brasher doublon " et ce " The lodger "( le locataire ) datant de 1944, commercialisé en France sous le titre très contestable, en ce qu' il ne rend pas compte véritablement du scénario : " Jack l'éventreur".
Pour être plus précis, à cette liste qui se compose de films noirs exceptionnels certains ajoutent " the undying monster ".
" The lodger " c'est l'exemple de thriller psychanalytique qui comporte des aspects introspectifs particulièrement puissants, derrière une apparente simplicité.
Description d'un cas traumatique qui modifie le fonctionnement sain d'un système nerveux et conduit le personnage clef, à agir de façon pulsionnelle dévastatrice pour les autres, mais finalement aussi pour lui.
Atmosphère trouble, éclairage savant, référence à l'expressionnisme allemand, " The lodger" a été de surcroît présenté par Patrick Brion dans son cinéma de minuit en 2013.
Hommage et reconnaissance largement mérités à John Brahm et à ce film d'une densité narrative absolument exceptionnelle.
L'acteur vedette Laird Cregar, connaîtra une célébrité soudaine, en raison de sa présence à l'écran aussi forte que celle de Peter Lorre dans " M le maudit " de Fritz Lang. Elle lui sera indirectement trop vite fatale.
Exemple de parcours individuel ou le statut, la recherche effrénée de l'image que l'on donne aux autres, montrent ce qu'elles valent, où elles conduisent, lorsqu'elles sont privilégiées sur l'accomplissement et la recherche de l'équilibre intérieur.
On notera la présence à l'écran de Merle Oberon actrice, qui connut elle aussi de gros conflits intérieurs liés à ses origines cachées et fut aussi la compagne de Alexandre Korda ( cinéaste et surtout producteur historique majeur du cinéma anglais )