Il faut être indulgent avec ce film et le remettre dans son contexte, 1943, année où la France est encore occupée par les nazis. D’où le choix d’un sujet non contemporain, comme « Donne-moi tes yeux » (1943). On y retrouve le goût de Guitry pour raconter l’histoire à sa manière, comme il le fera plus tard avec « Si Versailles m’était conté » (1953) et « Si Paris m’était conté » (1955), avec légèreté et amusement, sans être du théâtre filmé (malgré une majorité de scènes intérieures) et même si certaines sont empreintes de gravité. Ici, en l’occurrence la vie de la cantatrice Maria Garcia (1808-1836), mezzo-soprano, plus connue sous le nom de La Malibran, et un peu oubliée de nos jours [même s’il y a eu 2 longs métrages depuis celui de Guitry, « La mort de Maria Malibran » (1972) de l’Allemand Werner Schroeter et « Maria Malibran » (1984) du Belge Michel Jakar] alors qu’elle fut une vedette internationale (France, Etats-Unis, Italie, Angleterre),
à la carrière courte (de 17 ans à 28 ans) due à une chute de cheval dans un bois près de Londres.
Contrairement au film, certes très postérieur, « Sarah Bernhardt, la divine » (2024) de Guillaume Nicloux, où l’on voit très peu la tragédienne française jouer sur scène, on comprend mieux le succès de Maria Malibran grâce au talent de la cantatrice qui l’interprète lors de plusieurs représentations, Géori Boué (26 ans), soprano, elle-aussi à la carrière internationale mais plus longue. Certes, le film relève plus de l’hagiographie et Sacha Guitry (qui interprète le premier mari de Maria Garcia, de 30 ans son ainé, Français naturalisé Américain) prend plaisir à faire défiler les gloires de l’époque : Alphonse de Lamartine (1790-1869), le général de La Fayette (1757-1834)[
qui, au retour de la cantatrice des Etats-Unis en France, en 1827, s’annonce « Me voilà », parodiant un chef d’état-major américain devant la tombe du général français en 1917, après l’entrée en guerre des Etats-Unis et en remerciement de l’aide apportée par La Fayette pendant la guerre d’indépendance américaine, et peut-être, clin d’œil discret de Sacha Guitry aux Alliés
], Giachino Rossini (1792-1868), Victor Hugo (1802-1885), Alfred de Musset (1810-1857)(Jean Cocteau, 55 ans), sans oublier sa 5e épouse (1939-1949), Geneviève de Séréville (dont c’est le 6e film de son mari réalisateur), dans un petit rôle.