John Cassavetes nous livre avec «Opening Night» un film sur les comédiens, à travers le portrait d'une actrice torturée et portée sur l'alcool qui peine à interpréter un rôle.
Le film débute plutôt bien : on saisit assez rapidement le mal-être de l'actrice Myrtle Gordon, qui est vite amplifié par un drame inattendu dont elle est témoin,
le décès d'une jeune fan
. Les tourments de l'actrice sont magnifiquement bien rendus et la tension monte crescendo, en même temps que l'état de Myrtle se dégrade. Malheureusement, le film est par trop inégal, on oscille entre des moments forts - comme les scènes avec la jeune fille, certaines parties de la pièce de théâtre ou encore la discussion touchante entre Myrtle et Sarah - et des moments bien trop plats qui font retomber le soufflet. L'habitude de Cassavetes de favoriser l'improvisation de ses acteurs et de ne pas se baser sur un plan de travail préétabli expliquent sans doute cette impression bancale.
Malgré tout, il n'en fallait pas beaucoup pour que le film passe de moyen à très bien. Pour cela, on aurait souhaité un final fort et mémorable, surtout après la violente scène chez la spirite. Mais au lieu de ça, «Opening Night» se conclut par
un happy end décevant : lors de la fameuse première, bien que Myrtle arrive complètement ivre, elle parvient à délivrer une performance qui séduit le public - même si celle-ci est largement improvisée
. Il semble que ce soit l'un des thèmes clés du film, à savoir la liberté pour les acteurs de pouvoir se laisser à improviser, plutôt que simplement réciter leur texte. Ce parti pris séduira certainement les professionnels du cinéma et du théâtre, mais pour le simple spectateur, cette question est nettement moins passionnante. L'autre thématique centrale du film, le vieillissement, est, heureusement, lui, plus universel et permet de toucher davantage le public.
Quant à l'interprétation, en revanche, il n'y a rien à dire, les acteurs, Gena Rowland en tête, sont tout simplement excellents.