De retour d’Espagne où il a pu réaliser un chef d’œuvre avec « La petite voiture », Ferreri poursuit son observation du phénomène d'exclusion au sein de la cellule familiale. On gravit cette fois-ci une génération avec Alfonso (Ugo Tognazzi), quadragénaire et célibataire endurci qui croyant se ranger en épousant une jeune femme rangée (Marina Vlady) va devenir le jouet de celle-ci et de sa famille qui ne voient en lui qu’un outil utile à la procréation. Ferreri est sans illusion sur la place réelle de l’homme au sein du couple qui se leurre le plus souvent sur sa domination de façade. S’il fait de nouveau équipe avec Rafael Azcona pour l’écriture du scénario ce dernier n’a pas la même force ni la même fluidité que celui concocté par le duo pour « La petite voiture ». La transition entre les différentes phases psychologiques par lesquelles passe Alfonso n’est pas toujours harmonieuse et intelligible. En effet on aurait pu penser que la phase d’insatiabilité sexuelle de sa jeune épouse aurait dans un premier temps davantage réjoui Alfonso qui tombe bien vite dans la lassitude puis le renoncement. Mais Ferreri qui est un formidable directeur d’acteurs filme admirablement la détresse d’Ugo Tognazzi pauvre bougre qui ne comprend que trop tard dans quel piège il est tombé. Quant à Marina Vlady récompensée du prix d’Interprétation à Cannes en 1963 elle est fascinante en « Ape Regina », le titre original du film, dont le regard pénétrant mélange de candeur et de froide détermination ne laisse aucun doute sur la domination qu’elle entend exercer sur celui qu’elle s’est choisi comme géniteur de sa descendance. Le film fit bien sûr scandale et Ferreri entamait là sa longue bagarre avec les censeurs.
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3,5
Publiée le 4 septembre 2018
Marco Ferreri signe ici une satire féroce de la morale religieuse et bourgeoise du mariage en Italie!Face à un grandiose Ugo Tognazzi en fringuant quadragénaire,il fait de Marina Vlady une jeune èpouse qui èpuise sexuellement son mari (le titre italien se traduit littéralement par la reine des abeilles).Une composition qui vaudra à l'actrice le prix d'interprètation féminine au festival de Cannes 1963!Une farce grinçante et (glaçante!) sur les italiens,leur machisme et leur église...
Sympathique quadragénaire, Alfonso épouse une jeune fille pieuse et gracieuse qu'il s'apprête enfin à "consommer". Contre toute attente, c'est la douce Régina qui accable Alfonso de son appétit sexuel... L'ironie satirique et provocatrice de Marco Ferreri ne s'arrête pas là, à ce renversement des moeurs conjugales - qu'on suppose les plus courantes...- où le mari est la proie de l'épouse. Car, au-delà de cette situation de farce, c'est le rôle de l'homme dans le couple, jusqu'alors prépondérant, que le cinéaste remet en cause. Je ne sais pas précisément ce qui inspire cette idée à Ferreri mais toujours est-il qu'Alfonso, affaibli, laisse la "direction des opérations" à sa jeune épouse et, même se laisse guider spoiler: dans le caveau familial par sa femme et les (nombreuses) veuves de la famille, comme lui signifiant déjà sa déchéance, son inutilité et sa toute prochaine destination! Comme si la femme n'était plus seulement l'avenir de l'homme mais son fossoyeur... Avec , semble-t-il, la bienveillance de l'Eglise, au regard de cette scène caustique ou Alfonso, aspirant à plus de spiritualité, se voit rappeler spoiler: son devoir conjugal par le curé!
Marina Vlady, exigeante, et Ugo Tognazzi, égaré, forment ce couple amusant grâce auquel on retrouve, outre la singularité du cinéaste, les accents de la comédie italienne.
Un célibataire endurci ( ugo tognazzi ), directeur d'un garage de vente de voiture, décide de se" caser" en se mariant à une jeune et jolie femme (marina Vlady) issue d'une famille pratiquante. Il déchante peu à peu lorsqu'il découvre les "joies" du mariage. Marco Ferreri est un réalisateur de l'âge d'or du cinéma italien. Toutefois son image et sa filmographie ont un ton à part et très original. C'est un provocateur qui mis à chacun de ses films les pieds dans le plat pour secouer les normes établies et le consensus social sur certains sujets. Ici, il s'attaque directement à l'institution du mariage, au machisme et à la différence d'objectifs entre l'homme et la femme dans la relation de couple. Selon moi, il tape juste et ce qui est décrit ne me semble pas caricatural. Toutefois, si le film est parfaitement photographié, réalisé et interprété, il comporte un défaut. Le scénario est un peu sec et Bolognini lorsqu'il abordera un sujet voisin dans "le bel Antonio " fera un film largement supérieur au "lit conjugal" dont la traduction littérale du titre italien est " la reine des abeilles " puisque pour Ferreri, l'homme est finalement un peu un jouet dans les mains de la femme lorsqu'elle a convolé en justes noces. Ferreri signa ce film, caustique et drôle, un de ses premiers après qu'il ait travaillé en Espagne, à son retour en Italie. Le réalisateur obtint sa première reconnaissance internationale avec "la grande bouffe" réalisée plus tard dans les années 70 et dont l'idée lui était venue lors de sa résidence en France. Venant d'une autre culture, aimant la France, il renvoyait ainsi à la culture hexagonale un reflet de son rapport assez unique au monde à la cuisine et à la nourriture. Son ton etait toujours empreint de beaucoup d'humour. C'est un réalisateur qui aborde des thèmes sérieux sans se prendre au sérieux. Peut-être est il au bout du compte un cinéaste sociologue. C'est en tout cas quelqu'un qui avait des choses à dires et avec qui on ne s'ennuie jamais en voyant ses films. Au plan cinématographique il n'occupe pas les tous premiers rôles, mais un auteur, il l'est sans aucun doute.
Marco Ferrari se fait un plaisir d'attaquer le mariage et le macho italien. Evidemment après un demi siècle le film a perdu son caractère provocateur. Il reste le bon duo Hugo Tognazzi, Marina Vlady cependant le scénario est un peu juste.
Une comédie italienne satirique autour des rapports conjugaux avant et après le mariage où tous les roles semblent s'inversés! Malgré quelques bonnes séquences, le film tombe à plat faute de rythme et d'idée...
En 1962, Le lit conjugal marque la première collaboration entre le metteur en scène Marco Ferreri et le scénariste Rafael Azcona. D’autres suivront les années suivantes dans une veine initiée ici qui marquera l’œuvre du cinéaste italien : lutte et provocation. Très tôt, Ferreri avait compris que l’humour volontiers cynique pouvait être une arme redoutable pour berner la censure. Ici, le cinéaste s’attaque à la tradition catholique et au matriarcat. Le film fit scandale à sa sortie. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/festivals/la-rochelle/2019-2/
Un bijou d'humour noir. Cette fable sur le mariage et la bigoterie ce situe non par hasard à Rome et surtout près du Vatican. En effet dans la société italienne des années 60, la voie de la femme est toute tracée : l'école catholique, le mariage, fée du logis et enfin procréer. Mais Regina n'est pas dupe et va se défendre avec les armes que la nature lui a donnés. Si vous avait aimé "Les Monstres" de Dino Risi , ce film ne vous laissera pas indifférent. Marina Vlady recevra le Prix d'Interprétation Féminine à Cannes en 1963. l'extraordinaire jeu de Marina Vlady fait de Regina un personnage à la fois attachant et terriblement effrayant. Ici Ugo Tognazzi joue un quadragénaire libidineux qui épouse une femme d'une vingtaine années, un rôle taillé sur mesure.
Avec Le lit conjugal, Ferreri signe l’un de ses premiers grands coups de scalpel sur l’institution familiale. On y retrouve déjà cette ironie sèche, un humour qui gratte plus qu’il ne fait rire, et ce regard clinique sur le corps et le mariage qui deviendra sa marque de fabrique jusqu’à La Grande Bouffe ou Dillinger est mort. Le film avance avec une simplicité trompeuse : Ferreri n’en fait jamais trop, mais chaque scène semble construite pour fissurer les apparences.
Ugo Tognazzi, parfait dans la peau d’un homme ordinaire qui se voit peu à peu dépassé par sa propre vie conjugale, apporte une humanité émouvante sous le vernis satirique. Mais c’est surtout Marina Vlady, récompensée du Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes, qui donne au film sa force durable. Elle incarne un personnage à la fois lumineux et dérangeant, avec une précision qui évite constamment la caricature. Leur duo crée une tension intime qui, même sans éclats dramatiques, reste profondément vivante.
La mise en scène, sobre comme souvent chez Ferreri, privilégie les cadres serrés, les intérieurs étouffants et une direction d’acteurs millimétrée. Tout repose sur le non-dit, les gestes, les regards. Seul bémol : une certaine sécheresse narrative, parfois trop ascétique, qui pourra laisser à distance les spectateurs moins sensibles au minimalisme ferrerien.
Mais dans l’ensemble, le film demeure un morceau d’audace tranquille : une satire douce-amère, cruelle sans être méchante, qui continue d’interroger le couple mieux que bien des essais modernes.
Un Ferreri déjà mordant, tenu par deux acteurs remarquables et une mise en scène d’une précision chirurgicale. Pas son œuvre la plus puissante, mais un film élégant, intelligent et étonnamment moderne.