Cela faisait longtemps que je n'avais pas revu ce très grand film de Clint Eastwood, qui lui avait permis de réaliser une première fois le doublé Oscar du meilleur film/ Oscar du meilleur réalisateur. J'ai été à nouveau très touchée par la mélancolie qui se dégage de l'ensemble du film, plus particulièrement celles des personnage de William Munny et de son vieil acolyte Ned Logan. De la mélancolie quand ils se remémorent leurs jeunes années où ils se sentaient tout puissants. De la mélancolie quand ils se souviennent des horreurs qu'ils ont commises. De la mélancolie quand ils pensent au mal qui a été fait et qui ne pourra jamais être réparé. Après tout, on ne ramène pas les morts à la vie...
Cette mélancolie est exprimée d'une façon magnifique à travers la célèbre phrase prononcée par William Munny :
"It’s a hell of a thing killing a man… You take away all he’s got, and all he’s ever gonna’ have." ("Tuer un homme, c’est quelque chose. On lui retire tout ce qu’il a, et tout ce qu’il pourrait avoir."). Jamais nous n'avions vu un cowboy faire part ouvertement de ses regrets.
Le genre du western est assez stéréotypé, avec des personnages masculins très "virils", souvent violents, presque invulnérables, sans états d'âme, sans peurs et sans reproches. Avec "Impitoyable", Clint Eastwood rompt avec les codes traditionnels de ce genre et produit un western réaliste, certainement assez proche de ce qui se passait vraiment dans les États-Unis du XIXème siècle. Les cowboys se tirent dans le dos, ne font pas mouche du premier coup, ils chutent, se font passer à tabac, ils hésitent, ils souffrent aussi bien physiquement que mentalement. Les cowboys ne sont plus infaillibles, ils sont de simples hommes. Ainsi,
William Munny/ Clint Eastwood se fait violemment rouer de coups par le shérif du village, reléguant l'image de l'invincible Homme sans nom à un passé lointain. Quant à Ned Logan/ Morgan Freeman, il n'arrive plus à tirer sur un homme, préférant donner son fusil à son compère. La bande de crapules en face d'eux ne vaut guère mieux : tous préfèrent se planquer en laissant agoniser leur ami, malgré ses cris de peur et de douleur.
"Impitoyable" interroge des notions trop souvent oubliées dans le western : la culpabilité, la peur, la vieillesse, la lâcheté... Le résultat est d'autant plus marquant et beau que Clint Eastwood n'hésite pas à se mettre en scène d'une façon peu glorieuse :
Munny/ Eastwood tombe en essayant d'attraper des cochons ou en essayant de monter à cheval (au début du film on compte quatre chutes en 20 minutes !) ; alors qu'il dort à la belle étoile avec Logan/ Freeman, il se plaint du manque de confort du sol et regrette son lit douillet ; il tombe malade et apparaît transpirant et grelottant, recroquevillé sur lui-même comme un vieillard.
Et ce n'est pas les exemples qui manquent.
"Impitoyable" rappelle des thématiques chères à Clint Eastwood, ses éternelles interrogations sur la moralité, la justice, le bien et le mal (cf. "Gran Torino", "Un monde parfait" ou plus récemment "Juré n°2").
Cette quête de rédemption dont l'origine est l'amour frappe fort, et le final nous rappelle que notre passé ne cesse jamais vraiment de nous tourmenter.
C'est un très grand film, l'un des meilleurs du réalisateur et l'un des meilleurs du genre. Et c'est un sublime hommage à ses deux mentors, Sergio Leone et Don Siegel.