De ma dévéthèque et vu à sa sortie en salle.
« Impitoyable » est sans aucun doute le western testament de Clint Eastwood.
Testament à deux nivaux : en son nom propre puisque c’est le dernier western qu’il tournera et jouera, il s’y tiendra ; et au nom de ses deux mentors Sergio Leone et Don Siegel à qui il rend un dernier hommage, décédés respectivement en 1989 et 1991.
Hommage déjà rendu de leur vivant quand il tourna son premier western : « L’homme des hautes plaines ».
La boucle est bouclée.
« Impitoyable » est une oeuvre forte dans la filmographie de Clint Eastwood.
On y retrouve sa violence et sa fibre féminine.
Eh oui, Clint Eastwood contrairement à ce qu’on pourrait penser a exprimé sa fibre féminine, légère soit-elle.
« Impitoyable » part d’une violence faite aux femmes.
Et pas n’importe lesquelles : des prostituées.
Et ce qui est fort : Clint Eastwood ne les déconsidèrent pas. Il ne les réduit pas à leur profession. A ses yeux, ce sont avant tout des femmes.
Encore plus fort : toutes prostituées qu’elles soient, elles méritent autant d’égard, de respect que n’importe quelle femme.
La violence faite aux prostituées c’est une violence faite aux femmes tout simplement.
La boucle est bouclée.
Certes, la motivation de William Munny (Clint Eastwood) est la prime plutôt qu’une volonté de punir deux jeunes hommes qui ont violenté une des prostituées. Seulement, l’idée d’apprendre que la prostituée a eu le visage et les seins tailladés l’indigne.
Lui, l’ex tueur ?!?
Lui, qui a tué sous l’emprise de l’alcool tout ce qui marche et rampe dans ce monde !
Le voilà bien sensible !
Sensible à la prime, oui !
Oui, William Munny est devenu sensible à toute violence depuis qu’il s’est rangé des revolvers et carabines. Il s’est marié à une sainte femme apparemment, décédée depuis, mais son souvenir le maintien sobre d’une part et parce qu’elle est sa conscience d’autre part. Veuf, il se retrouve seul avec ses deux enfants dans une ferme où il élève des cochons.
On ne le sent pas à l’aise, ni avec ses cochons ni avec ses enfants.
Alors quand un jeune soi-disant tueur nommé le Kid de Schofield (Jaimz Woolvett) l’invite à faire équipe pour venger l’honneur des prostituées qui se sont cotisées pour se payer un tueur, il prend son cheval sur lequel il a bien du mal à se hisser et s’en va avec ce jeune tueur pour toucher sa prime, laquelle serait la bienvenue pour sa ferme et ses enfants.
La boucle est bouclée.
Au passage, William Munny convainc et embarque son vieux pote Ned Logan (Morgan Freeman) au grand désarroi du Kid qui ne compte pas diviser la prime par trois.
S’il est venu voir William Munny c’est pour sa réputation de tueur sans foi ni loi. Chevaucher avec Munny, c’est se valoriser. Donc, il n’était pas prévu, dans ses plans, de s’adjoindre un tueur qui n’a pas la trempe de Munny.
Tout en chevauchant, il va s’apercevoir que ces deux vieux partenaires ne se vantent pas sur leur passé violent.
William Munny ne cesse de dire que l’homme aujourd’hui qu’il est n’a plus rien à voir avec l’homme du passé qu’il a été. Ce qui n’est pas très encourageant pour le Kid qui s’interroge sur le bien fondé de cette association.
En effet, Ned Logan qui ne fanfaronnait pas comme le Kid finit par renoncer à abattre l’un des deux jeunes coupables.
William Munny prend le relais et en abattra un difficilement ;
il mourra lentement.
Cette longue séquence est édifiante tant elle est bien menée par Clint Eastwood ; Ned Logan et William Munny sont tous deux embarrassés et désolés ; l’un par son renoncement et l’autre par maladresse prouvent qu’ils ne sont plus ce qu’ils ont été.
Toutefois, William Munny permettra au Kid de tuer le second coupable en train de faire ses besoins dans des latrines !
William Munny se gardera bien d’agir.
Tout ça n’est pas très glorieux, normal, voilà bien longtemps que William Munny est sobre et rangé !
La boucle est bouclée.
En parallèle, le shérif Little Bill Daggett (Gene Hackman) mate tout chasseur de prime qui se présente pour venger les prostituées. Sa violence est légitime parce qu’il est représentant de la loi.
Laquelle loi bafoue les victimes à savoir les prostituées.
Alors quand nos trois lascars se présentent pour toucher la prime, seul William Munny rangé des révolvers et autres carabines se voit violemment molesté par le shérif Dagget.
Non seulement William Munny refuse de se prêter au jeu car le souvenir de sa femme lui rappelle qu’il ne doit pas céder à la violence mais il ment puisqu’il dit ne pas porter d’armes sur lui, ce qui légitime la violence du shérif Dagget qui considère ce Munny comme un débauché de plus.
Munny, en se comportant mal au yeux du shérif, subit une violence soi-disant légitime.
Perclus de coups, malade, William Munny sort du saloon en rampant telle une loque comme jadis ceux qu’il tuait sans vergogne
.
Ce qu’il faisait subir, il le subit.
La boucle est bouclée.
Clint Eastwood refuse de tomber dans le manichéisme : d’un côté les bons, de l’autre les méchants.
L’être humain est beaucoup plus complexe que ça.
Son personnage William Munny est devenu bon grâce à sa femme ; il est sobre, ses pensées le renvoient à des sermons tenus sans doute pas sa femme ; il pense que Dieu et sa femme l’observent, que Dieu le punit pour ses fautes passées. Le cheval sur lequel il a du mal à se hisser se rebiffe, il pense que c’est un message de Dieu.
Apparemment William Munny ne s’est pas contenté de maltraiter les hommes, il a aussi maltraité les chevaux.
Tout en chevauchant avec Ned Logan et le Kid, il s’applique à oublier un passé dans lequel il ne veut plus se reconnaître, son présent c’est la quête du pardon, surtout se pardonner. Un chemin personnel qu’il a entrepris depuis qu’il s’est marié ; il n’a de cesse de s’améliorer.
Il est à la recherche de sa part de lumière.
Ned Logan déterminé à abattre les deux jeunes s’est vu soudainement étranger à son passé. Il ne veut plus faire le mal. Il a fallu qu’il se confronte à la violence gratuite pour s’apercevoir qu’il n’est plus capable d’être l’homme qu’il a été.
Il ne veut pas obscurcir sa part de lumière.
Quant au Kid-le-vantard, il avoue n’avoir jamais tué jusqu’à ce jeune homme vissé sur ses toilettes
. Ça ne le rend pas fier. Il n’en tire plus aucune gloire. Il se sent sale, coupable d’avoir ôté la vie à un homme, fut-il violent envers des prostituées. Il renonce même à sa prime. Il renonce à la violence.
Il refuse sa part d'ombre qu’il s’était créée.
Les jeunes hommes se sont montrés penauds après leurs exactions. Une violence immédiate, sanguine qui les a dépassée.
Sont-ils foncièrement méchants ?
Une erreur de jeunesse estime le shérif !
La justice rendue par le shérif est ressentie comme une violence pour ces prostituées.
Quand l’un des jeunes se présente pour respecter la requête du shérif, à savoir ramener des chevaux, il en offre un à la prostituée défigurée, Delilah (Anna Thomson).
Est-ce suffisant pour se faire pardonner ?
Pour les prostituées, il n’y a pas de pardon possible.
Elles rejettent violemment l’offre.
Pour ces braves femmes, leur part est assombrie par cette injustice et par leur soif de vengeance laquelle ne peut s'exprimer que par la violence.
« Impitoyable » c’est la difficulté de pardonner. C’est aussi une violence, quelle qu’elle soit, qui dévisage la nature de l’homme lequel se croyait à l’abris de tout démon.
Quand William Munny apprend que son pote Ned Logan, qu’il avait arraché à sa femme pour cette mission,
a été mortellement violenté,
le démon qui sommeillait chez William Munny se réveille subitement.
Il n’est plus habité par la notion du péché, sa femme n’est plus dans ses pensées.
La vraie (?) nature de William Munny s’exprime de nouveau.
« Unforgiven » titre original se traduit par impardonné.
Selon le personnage de Clint Eastwood, il n’y a donc pas de pardon possible pour des types comme William Munny.
Pourtant user de violence dans ce cas précis, c’est rendre la justice, c’est se montrer « bon » envers les prostituées.
Il n’est pas si méchant que ça ce William Munny…
La boucle est bouclée.
Un film noir et pessimiste car le réalisateur semble nous dire que l’homme nourrit à la mamelle du mal n’a pas d’autre issue que l’Enfer.
William Munny promet l’Enfer à la population de Big Whiskey si toute personne use de violence envers les prostituées, comme le cavalier solitaire de « L’Homme des hautes plaines » a plongé la petite ville de Lago dans l’Enfer.
La boucle est bouclée.