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Kouto
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3,5
Publiée le 17 août 2025
Davantage que son triangle amoureux c’est surtout la manière dont Martin Scorsese fait craqueler le vernis de la haute société new-yorkaise du 19ème siècle qui séduit dans ce drame romanesque brillamment interprété et à la mise en scène d’une éclatante audace.
Martin Scorsese s’essaie au drame d’époque et s’en tire avec les honneurs. Le temps de l’innocence dépeint avec brio la très grande bourgeoisie New-York des années 1870 qui ressemble à s’y méprendre à l’aristocratie européenne. Des personnages engoncés dans les apparences et les conventions qu’ils érigent en valeur suprême. Scorsese nous décrit un monde où les sentiments doivent être dissimulés et où les non dits sont plus lourds de sens que les paroles. Le film bénéficie d’une direction artistique incroyable. Les décors, les costumes jusque au moindre petit objet caché dans un coin de l’écran sont magnifiques et semblent avoir traversés un siècle et demi rien que pour nos yeux et valent juste pour eux de voir le film. Les trois personnages principaux qui menacent à tout instant d’imploser sont parfaitement interprétés. Ayant beaucoup de mal avec les voix of dans un film je ne peux pas dire que j’ai adoré tant celle de ce film est omniprésente, mais il faut reconnaître le tour de force de faire un film qui n’ennuie jamais sur des personnages qui n’agissent pas.
Après Les Affranchis et Les Nerfs à vif, Martin Scorsese prend un virage à 180° en adaptant le roman d’Edith Wharton, Le Temps de l’innocence (qui avait déjà été porté deux fois à l’écran). En effet, nous sommes ici dans un film à costume narrant une histoire d’amour interdite par les conventions. On aurait ainsi pu attendre plus un réalisateur comme James Ivory pour conter ce récit plutôt que le cinéaste de Taxi driver. Pourtant, ce dernier réussit à imposer sa patte stylistique sans jurer avec l’atmosphère de l’ensemble. Il réussit ainsi à introduire des effets visuels (image qui s’assombrit pour focaliser la lumière sur une partie précise de l’image) et de montage (succession d’inserts très courts, surimpressions, effets d’iris, suppression brutale du son d’ambiance…) rares dans ce type de productions. Au milieu de somptueux décors, il offre une photographie magnifique aux couleurs sublimes et des cadrages extrêmement travaillés. On peut effectivement admirer leur composition et le jeu sur le ratio de l’image : par l’intermédiaire d’éléments du décor (en particulier, les bougies), il le modifie pour introduire dans son Cinémascope des images au format 1.33 ou pour créer des splits-screens. Formellement, le film est donc magnifique au point qu’à l’instar d’un Barry Lyndon, chaque plan ressemble à un tableau. En outre, il est servi par de très grands acteurs (Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer et Winona Ryder ou dans des rôles secondaires des comédiens de la trempe de Geraldine Chaplin, Jonathan Pryce ou Michael Gough), une belle musique d’Elmer Bernstein et un magnifique générique d’Elaine et de Saul Bass. Cependant, il est permis de trouver que le film tire un peu en longueur et d’être moins intéressé par les histoires de cœurs de la haute bourgeoisie new-yorkaise que par les précédents sujets du cinéaste. Le Temps de l’innocence est donc une superbe œuvre qui devrait remplir de bonheur les amateurs de ce type de romances du XIXème siècle mais qui pourra un peu ennuyer les fans de Martin Scorsese.
Superbe reconstitution de la haute bourgeoisie new-yorkaise des années 1870 dont Martin Scorsese n’est cependant pas un spécialiste, lui qui brille dans le polar social italo-américain ! Et pourtant quel talent dans la reconstitution des décors et surtout dans la peinture de cet univers conventionnel et étriqué. Et justement c’est cet aspect corseté et guindé des personnages qui nous désintéresse d’eux, à l’exception de la magnifique Michelle Pfeiffer, qui incarne un caractère indépendant et fort, bien au-dessus des coteries et des petitesses ambiantes. Par ailleurs Daniel Day-Lewis, acteur de génie, me paraît mal choisi, hormis pour sa prestance : c’est un acteur de la démesure et ce rôle de torturé, de rebelle étouffé par son monde social, ne lui convient pas vraiment. Mais ne boudons pas notre plaisir, Martin Scorsese nous livre un grand film, à la mesure d’un James Ivory ou même d’un Visconti.
Bizarrement, j'éprouve une certaine fascination pour le milieu bourgeois / aristocratique tel qu'il est dépeint dans les films car celui ci se révèle tellement hors du temps, hors du monde, peuplé de personnages faux, de considérations douteuses, de cachoteries, de commérages à dix-mille lieux de la réalité du monde qui l'entoure que ça en devient passionnant. C'est donc également le cas avec ce *Temps de l'innocence*, que Scorsese filme comme toujours avec une certaine maestria, mettant en scène le tourments sentimentaux d'un homme, tiraillé entre une femme visiblement encrée dans un monde fait de conventions et d'apparences et une autre soit disant libérée et peu commune au sein de cette nouvelle société américaine.
Il en résulte un film profondément psychologique, dont le personnage principal incarné par un Daniel Day Lewis impeccable se retrouve dans la pure tradition du personnage scorsesien, tiraillé entre deux mondes, celui auquel il appartient et un idéal bien souvent inaccessible.
La direction artistique est somptueuse, la musique très belle et la photographie magnifique, tout est disposé avec la plus grande minutie de sorte que le spectateur semble flotter au sein de ce monde étrange, à la manière du personnage d'Archer, ne pouvant jamais effectuer le moindre choix, guidé par son instinct et par la manière dont l'aristocratie américaine le façonne.
C'est un film qui se révèle finalement assez frustrant mais, de mon point de vue, original concernant le sujet traité. Finalement, les romances ne sont pour la plupart que suggéré, le tout s'établie en grande partie dans l'esprit du protagoniste, qui, comme beaucoup de personnages de cet acabit, choisit de vivre une vie mensongère mais tranquille plutôt qu'une passion dangereuse mais véritable.
Ce n'est donc pas un film vers lequel je serai allé naturellement mais, encore une fois, le savoir-faire scorsesien a su me captiver.
Dans ce film de Scorsese, la déco, le mobilier, sont raffinés à l’extrême; ça me rappelait le cinéma de James Ivory….. La société New-Yorkaise, n’est pas aussi « libérée » qu’on aurait pu le penser….et May Welland, moins naïve qu’on le disait !
Michelle Pfeiffer et Daniel Day-Lewis, au top dans l’ambiguïté comme dans le romantisme..... pas le même Scorsese……que Les affranchis ou Casino
Dessinant une ode raffinée à la narration, Martin Scorsese adapte Edith Warthon pour invoquer de nouveau la violence, mais détournée, insidieuse, funèbre. Œuvre de la tentation et du destin dont émane une terrifiante mélancolie, fruit d'un talent indiscutable pour la fluidité de composition, The Age of Innocence cache derrière son ennui poli un remarquable objet cinématographique de la dualité, du doute et surtout du temps qui passe, porté par un triangle passionnel époustouflant. La tentation et la liberté amènent alors le cinéaste à insuffler au classicisme prié la verve de son montage, l'art du raccord et des prodiges de l'image ravivant le cœur scorsesien au premier plan, pris au piège dans les pétales flétries d'une haute société new-yorkaise encadrée et manipulatrice. Somptueux et subtil dans sa mise en lumière de l'ultra-violence puritaine, The Age of Innocence est un délice de cinéma et un portrait social glaçant, fantasme des interdits et fondu enchaîné de la vie, des époques et des souvenirs.
Une distribution très relevée pour un Scorcese atypique qui vient se confronter à la littérature sentimentale classique. La réalisation est un peu académique, avec quelques plans de coupes un peu appuyés parfois. On se laisse toutefois prendre par l'ambiance romantique et nostalgique dans la seconde partie. On en parviendrait presque à oublier la voix off. Intéressant dans l'œuvre du cinéaste.
"Pour vous aimer je dois renoncer à vous". Tout est dit dans cette phrase de cette histoire hyper romantique. Décrite avec une grande sensibilité et subtilité. Ou deux êtres qui s'aiment passionnément sont condamnés à l'enfer sur terre par les conventions de la société à laquelle ils appartiennent. Cette haute société new-yorkaise de la fin du XIXeme siècle qui n'a rien à envier à la victorienne qui domine de l'autre côté de l'Atlantique. Qui étouffe dans l'oeuf des non-dits et des sous-entendus un scandale qui la mettrait en danger. Et tout cela dans des décors d'ors, de cristal et de toilettes si minutieusement reconstitués qu'on croirait voir un tableau de maître à chaque image. Et au milieu de tout cela, Michelle Pfeiffer et Daniel Day-Lewis rayonnent de mille feux. Un bémol toutefois : ce marivaudage entre les deux paraît bien agaçant et longuet à la fin.
Très beau film sur la passion et le renoncement. Scorsese déploie son art pour un film intense, sur le contraste du raffinement chargé et de la bienveillance pesante de la haute-bourgeoisie new-yorkaise. Acteurs parfaits, tout est superbe et émouvant. C'est plus de la peinture que de la mise en scène.
C'est long, c'est beau, passages qui font réfléchir, repas qui donnent faim, habits qui donnent envie de bien s'habiller, actrices qui rayonnent. Scorcese épatant qui peut réaliser des films tout aussi vulgaires que respectables ou même classes.
Un très bon film de Martin Scorsese sur la haute société New Yorkaise avec Daniel Day -Lewis , Michelle Pfeiffer et Wionna Ryder. Un très bon drame conjugal.
Le Temps de l'Innocence un film de Martin Scorsese plutôt bon. Dans un registre assez différend de celui auquel il est habitué (on est bien loin des films de gangster), Martin Scorsese signe un bon film entre le film romantique et le film d'époque et prouve qu'il a plusieurs cordes à son arc. Les acteurs sont excellents et le trio Michelle Pfeiffer – Winona Ryder – Daniel Day-Lewis est impeccable. Les décors sont très réussis et l'immersion dans le New York des années 1870 est irréprochable. L'histoire est plutôt intéressante (le film donne envie de lire l'oeuvre originale d'Edith Wharton) et Scorsese arrive à donner beaucoup de passion à ce triangle amoureux coincé dans une société particulièrement corsetée. Un film méconnu de la filmographie de Scorsese, qui mérite d'être vu.
Adapter ou ne pas adapter ? En l’espace de quelques films, la filmographie de Day-Lewis pose cette question en plus de remettre en cause le goût cinématographique du raffinement. Le Temps de l’innocence est réalisé sur un coup de cœur de Scorsese qui, comme quelques autres cinéastes avant lui, a été investi de la peur de toucher trop à l’œuvre écrite. Cette insécurité filmique pèse durement sur l’œuvre, qui peine à mettre en scène plus de deux personnages à la fois – quitte à les circonscrire en faux vignettage au cœur d’une foule, procédé aussi laid que littérairement intime.
Grand décor déjà rempli de costumes, le film se croit complet quand il y ajoute des textes, heureusement fort beaux & qui répondent élégamment au principe voulant qu’un bon dialogue soit une confrontation : ainsi la déconstruction de la bourgeoisie new-yorkaise se fait-elle sans avoir à chercher son opposé & les personnages conservent une plénitude digne dans le devoir de peupler ce qui aurait sinon eu tous les airs d’un roman-photo élaboré.
Mais la construction doit précéder la déconstruction. Dans une négligence étrange de la géographie & du monde professionnel, porté par une voix off tellement présente qu’on est en droit de se demander s’il n’avait pas la flemme de représenter quelque action, Scorsese arrive rarement à montrer les travers de son petit monde de l’hypocrisie, érigeant parfois accidentellement sous forme de manquements des choses qu’il voulait émouvantes – tout cela dans un surplus de dévouement à son support.
Au moins le film ne souffre-t-il pas d’unilatéralité comme on arrive à comprendre en quoi il peut faire bon vivre dans la société représentée au sein d’une étude profonde de la superficialité – ou était-ce l’inverse ? Je ne peux m’empêcher d’imaginer que le réalisateur a pris plaisir à littéralement exploser le New York de la fin du XIXᵉ siècle (& la représentation qu’en fait Le Temps de l’innocence) avec l’immensément plus intéressant Gangs of New York neuf ans plus tard. Ici, sa caméra experte se retrouve à tourner autour de ses trois acteurs comme autour du pot pour livrer une œuvre compliquée & pédante qui résiste beaucoup à se laisser approcher.
Une des nombreuses tentatives de Scorsese de s'affranchir du film de gangster et de mafia... Et encore une fois une tentative qui laisse le spectateur sur sa faim. Certes, le scénario est riche, soutenu, intelligent, complexe, mais cette envie de justaposer la violence des sentiments à la violence des classes ne parvient toutefois pas à égaler les meilleurs films du genre. On est loin "d'Howard's end" ou de "Portrait de femme' et des meilleures réalisations de Jane Campion par exemple. Certes, le duo Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer marche à merveille, mais il manque une unité, un lien, une intrigue assez forte pour véritablement emporter l'adhésion.