Naked
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anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 7 mai 2014
Ah ! Je m'expose à de ces œuvres, si vous saviez... Parmi ces films nerveux et intenses, je creuse encore, depuis deux ans, le sillon « Naked », ce film de Mike Leigh, puissant, aux vertus inépuisables, que je vous enjoint à voir pour faire une expérience génialement inconfortable - les oeuvres d'art les plus fortes et passionnantes ayant effectivement la vertu de nous précipiter dans cette précieuse et nécessaire "zone d'inconfort" chère au romancier Jonathan Franzen.
Le pitch que j'en lis au dos du DVD que je me suis finalement offert, ce film rendant vides et vains la plupart des autres que j'ai visionnés depuis (j'exagère évidemment, mais presque) :
« Johnny est intelligent mais vindicatif ; charmant mais agressif ; disert mais vagabond. Johnny prend au sérieux les menaces de la femme qu'il a violée et part pour Londres. Là, il erre à travers les rues et importune quiconque croise son chemin. Avec brutalité et agressivité, mais aussi avec Schopenhauer et les classiques grecs.
Une comédie noire aussi brillante que sujette à controverse.
Le réalisateur Mike Leigh commence tous ses films sans scénario. En collaboration avec ses acteurs, il crée les personnages qu'ils inventent progressivement. Ils aboutissent finalement à un scénario, qui permet de faire le film. »
A force de visionnages admiratifs (pour ne pas dire dévots) et d'analyses subjuguées, j'ai saisi ce que j'aimais tant dans ce film et ce personnage d’histrion aussi exaspérant qu'attachant, aussi pathétique que glorieux : c'est son approche exacerbée, hystérisée du discours socratique, ce principe d'interpellation d'autrui s'articulant autour d'un questionnement méthodique des convictions de ce ce dernier, que l'on invite à s'interroger sur le fondement desdites convictions. L'entreprise est périlleuse, aux bornes de l'antagonisme et du suicide social, mais elle ouvre de vertigineuses séquences potentielles : interroger la morale (qui est indéfendable, si on considère sérieusement. Le film ne s'y attache pas, mais le philosophe contemporain Ruwen Ogien et bien d'autres penseurs de premier ordre avant lui l'ont fait, brillamment), le bien-fondé du travail (servitude volontaire hérité de la terrible révolution industrielle) ou encore celui de l'amour (qui peut envier bien des choses à l'amitié, comme notamment le fait que dans ce dernier sentiment, nulle jalousie n'est de mise), etc. Bref, il est sain de s'interroger sur la façon dont on vit et prend pour acquis des constructions culturelles et sociétales.
Dans ce monde qui prétend au consensus (mou) et au confort, à la superficialité, Johnny – un sacré frelon entêtant, cui-là, bourdonnant à la face excédée des gens, vibrionnant obstinément sur leurs idées préconçues - passe pour un fâcheux, un importun, un indésirable ; il irrite, excite l'agressivité (en retour de la sienne propre, certes, mais qui reste verbale et argumentée, quand il reçoit parfois des coups pour sanctionner son hérésie, sa subversion), suscite mépris et rejet. Et comme dit un personnage du film – mais pas à Johnny, justement -, qui vient d'asséner une fin de non-recevoir à un séducteur trop sûr de son charisme et désappointé de constater qu'on lui résiste, qui plus est avec outrecuidance : « C'est dur, le rejet, n'est-ce pas ? »
A Johnny, on demandera abruptement : « T'as déjà vu un cadavre ? », ce à quoi il répond manifestement sans trop réfléchir à la question, avec ce parti-pris bilieux et sarcastique – mais pas désabusé, toutefois, c'est important - qui le caractérise : « Seulement le mien... »
benoitparis
benoitparis

143 abonnés 1 277 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 juin 2010
Film de dérive au sens le plus strict du terme, avec ce que ça comporte de dépressif, d’improvisé et d’imprévu. Johnny est un cynique au sens philosophique, à la foi bavard s’écoutant parler et destructeur d’illusions vitales, un personnage véritablement en déambulation, sans lieu, sans attache. Certains personnages sont d’un insensé à la fois risible et effrayant (l’écossais à la recherche de sa petite amie), le Londres pauvre et nocturne est triste et poisseux à souhait. Dans les films de S. Frears ou de K. Loach la dépression britannique donne lieu à de la satire sociale, dans « Nakuru c’est plutôt du nihilisme métaphysique.
teofoot29
teofoot29

109 abonnés 648 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 janvier 2010
Un film totalement déjanté et terriblement surprenant, David Thewlis est absolument époustouflant d'où le prix d'interprétation du festival de Cannes qu'il a remporté. Le scénario très psycho est à vous couper le souffle, un film qui n'est malheuresement pas assez connu du public, c'est dommage. A noter aussi le passage hilarent avec Ewen Bremner.
Lapin-54
Lapin-54

17 abonnés 151 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 21 avril 2009
Errance, dérive et fuite dans un Londres froid ei inhospitalier. Des rencontres qui s'évanousissent aussi facilement qu'elles sont apparues, l'occasion de dialogues philosophico-mystiques très décalés. Le parallèle entre deux hommes violents, l'un nickel et froid, l'autre hirsute et plein d'humanité qui vont finalement se rencontrer pour qu'éclatent leurs différences. David Thewlis est admirable et Mike Leigh réalise un film superbe. Trop noir pour 4 étoiles à mon goût
vadorbane93
vadorbane93

34 abonnés 557 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 janvier 2009
Le film qui a consacré mike leigh, c'est celui çi. Thewlis y est mémorable en pauvre cloche désenchantée aigri et pertinent.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 11 janvier 2009
Ce film est selon moi d'une puissance rare, il distille un spleen constructif et réfléchi. Je ne comprends pas pourquoi il est si méconnu, peut être est-ce sa cruauté rebutante qui a forgée son désintérêt. Il doit être abordé comme un récit fabulé (dans l'antichambre des stéréotypes), où la marginalité déviante des protagonistes n'est que le support d'une critique de société individualiste et ostracisante.
Vladimir.Potsch
Vladimir.Potsch

23 abonnés 389 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 29 septembre 2006
David Thewlis a largement mérité son prix d'interprétation à Cannes pour Naked (1994) dans lequel il joue un marginal philosophant au gré de rencontres de plus en plus désastreuses. La musique et la photo contribuent à rendre poignante cette description, par un spécialiste du "réalisme social à l'anglaise". Mike Leigh est vraiment le cinéaste de la ville peuplée d'une somme de solitudes et de la fragilité affective liée à la marginalité.
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