En 1935, Mizoguchi tournait encore des films muets, fidèle à la tradition du benshi, ce narrateur qui intervenait durant la projection des images pour composer un récit et des dialogues. Une tradition très ancrée qui retardera l'avènement du cinéma parlant au Japon. Dans ce film, le scénario a moins d'intérêt que la réalisation, même s'il est révélateur de la sensibilité du cinéaste. L'histoire est très chargée en pathos, avec de forts accents mélodramatiques et misérabilistes. Mizoguchi y a glissé des éléments autobiographiques et dessiné une figure féminine aujourd'hui "cliché" : celle de la prostituée au grand coeur. Cette femme dévouée jusqu'au sacrifice est emblématique de la place centrale que le cinéaste a accordée à la gent féminine dans son oeuvre. A contrario, l'homme est présenté comme égoïste et indigne de l'amour reçu. Si le fond de ce mélodrame est empesé et classique, la forme est innovante et inspirée : narration avec flash-back, travellings et autres mouvements de caméra étonnants pour l'époque, très beau travail de la lumière, effets de surimpression à la fin... Comme on a pu dire de lui, Mizoguchi pratique un "cinéma d'artisan" : il développe ici son savoir-faire avec inventivité et humilité.