Projeter Don quixote dans le XX° siècle rend son parcours encore plus absurde et étrange. Le film de Welles a été monté en 1994,avec le matériel laissé par Welles et surtout ses notes concernant le film. Le film est un mélange d'images jouées par les acteurs et de scènes prises lors de feria espagnole. Il en ressort un montage chaotique puisque qu'il est rare de voir 2 scènes se suivre avec les mêmes personnages et la même lumière. Certaines scènes doivent être tirés de répétition et de repérage fait par Welles. Le parcours de ce Don quixote n'en reste pas moins passionnant,même si un gout d'inachevé plane sur ce film.
Il y a des œuvres qui doivent être et d'autres qui ne verront jamais le jour. Apparemment, que Welles ne soit jamais parvenu à achever ce film est tout sauf un hasard de son histoire cinématographique. A travers tous les plans, toutes les séquences remontées en 1975, on s'aperçoit bien vite que Welles, pour une fois, ne maîtrise pas totalement son sujet. Certes, le film est ambitieux en projetant Don Quichotte au cœur du XXe siècle, mais visiblement ce choix peine à satisfaire son auteur. On est bien loin ici des chef-d'œuvres de Welles, tels "la Splendeur des Amberson", "la Soif du mal" ou de l'incontournable "Citizen Kane".
Comment considérer "Don Quichotte" ? Comme un film posthume d'Orson Welles, ayant toute sa place dans sa filmographie ? Comme un brouillon inachevé et devant rester tel quel ? Comme une interprétation individuelle, celle de Jess Franco, nullement officielle ? Si on le prend comme un simple film, il faut reconnaître que le côté brouillon est prépondérant et ne rend pas vraiment justice à ce que Welles considérait comme les prémisses d'un chef-d’œuvre. Peut-être le matériau de départ était-il trop décousu, mais cette version définitive ressemble à un fourre-tout d'images dans lequel le spectateur se perd facilement. De plus, le film est bien trop bavard et, à la différence de "Macbeth" dans lequel l'accumulation de paroles exerçait une grande fascination, cela lui nuit grandement, le rendant même un peu soporifique. Les doublages sont par ailleurs assez contestables. Néanmoins, les allers-retours entre les différents niveaux de la réalité sont une bonne idée plutôt bien mise en œuvre, et une certaine poésie se dégage de l'aventure. Sans oublier les acteurs, notamment Francisco Reiguera, hallucinant, qui sont plutôt sympathiques. Ce n'est sans doute pas le chef-d’œuvre qu'espérait Orson Welles, mais il s'agit d'un document fort intéressant qui en expose certains ressorts.
Le génial Orson Welles a recontré bien des difficultés pour tourner ce maudit "Don Quixote de la Mancha", par ailleurs inachevé. Mais Welles a l'habitude de voir ses films tronqués, quand ils ne sont pas jetés à la mer par les producteurs! Par conséquent, cela ne retire rien à ce long-métrage formidablement interprété, et mis en scène. Le narrateur, Orson Welles lui-même, nous en dit plus sur la légende de l'anti-héros le plus célèbre, Don Quichotte.
Orson Welles présent ici le film de sa vie, inachevé, et a titre posthume, 14 ans de travail passionné et acharné... on a du mal a le croire quand on se retrouve face a la précarité de l'image, ce qui est en réalité dû a la mauvaise conservation du film qui a été longtemps considéré comme perdu. Un film qui a mystérieusement un coté amateur frappant, alors qu'il a été tourné bien après Citizen Kane, pour ne citer qu'un exemple, mais cependant un film plutôt émouvant, rien que par le travail qu'il a nécessité, c'est un film amusant, bien filmé, même si l'image est abimée désormais, simple, mais qui bénéficie d'un je-ne-sais quoi, qui le rend simplement fascinant, en dépit de ses petits défauts.
Comme dans tous les films du grand Orson Welles tout va très vite et dès le début on comprend de quoi il s'agit entre Don Quichotte et Sancho Pansa et le reste du monde. Quand on pense un instant au fait que ce film a été tourné sur plus de 15 ans, en Italie, en Espagne et en France avec un budget insignifiant c'est bluffant! C'est le seul film de Welles qui n'ait pas été censuré parce que non achevé à sa mort. C'est donc un film libre et cela se voit même sous la dictature fasciste de Franco. Le pari de Welles c'est d'avoir choisi de situer Don Quichotte dans la deuxième partie du 20e siècle et c'est un pari réussit même si on aurait aimé que Welles ait eu le temps de terminer lui-même son film avec les moyens financiers nécessaires. Les 2 principaux acteurs sont parfaits dans leur rôle. J'ai beaucoup aimé le bonus du DVD que j'ai acheté pour voir ce film avec une spécialiste de l'oeuvre de Cervantes (Aline Sculmann) et avec une critique de Jean-Pierre Berthomé sur "Orson Welles et Don Quichotte". Ce dernier film de Welles mériterait pour l'histoire mondial du cinéma une restauration complète tant de l'image que du son et peut-être un enrichissement en partant des images tournées par Welles et de ses notes avec l'aide d'une équipe de cinéastes passionnés par le cinéma de Welles (ils sont très nombreux dans le monde).
Bien qu'inachevée (mais cela amoindrirait-il véritablement la qualité exceptionnelle de l'oeuvre ?), on ne peut s'empêcher de s'incliner devant tant de richesse, tant d'expressionisme exposé au grand jour, qui caractérisent cette épopée surréaliste d'une beauté visuelle incommensurable. Un pur chef-d'oeuvre, et sans aucun doute possible la plus grande adaptation du livre de Cervantès à l'écran. Orson Welles ? Génie d'un jour, génie de toujours.