71 fragments d'une chronologie du hasard
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Kouto
Kouto

30 abonnés 4 775 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 13 septembre 2025
Le réalisateur Michael Haneke puise dans un tragique fait divers – une fusillade causée par un individu dans une banque – pour dresser le portrait de victimes dans un long-métrage au rythme léthargique et sérieusement inintéressant.
Cadreum
Cadreum

62 abonnés 804 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 19 juin 2025
Qui est le film ?
Avec 71 Fragments d’une chronologie du hasard (1994), Michael Haneke clôt sa trilogie de la "glaciation émotionnelle", entamée avec Le Septième Continent (1989) et poursuivie avec Benny’s Video (1992). Le film appartient à cette zone du cinéma des années 1990 où la crise du récit devient elle-même un motif : plus que de raconter, il s’agit de cartographier les signes d’un effondrement. Ici, pas de héros, pas d’intrigue au sens classique. Une série de scènes sans apparente cohérence dramatique, juxtaposées. Le titre annonce le projet : une chronologie disloquée, un monde sans lien.

Que cherche-t-il à dire ?
Haneke ne cherche pas à illustrer une thèse, mais à faire éprouver une structure. Le film prend acte d’un monde où les individus vivent côte à côte sans jamais se rencontrer autrement que par accident. À travers cette mosaïque d’instants ordinaires, il interroge la manière dont la société contemporaine détruit les conditions de l’empathie. L’information en boucle, les gestes routiniers, les échanges fonctionnels, tout dans le film exprime une désintégration du lien.

Ce que Haneke scrute, c’est la logique du désastre non spectaculaire : comment une société peut engendrer une violence radicale non pas par explosion, mais par soustraction d’attention, de récit, de chaleur. Le surgissement final n’est pas l’aboutissement d’un crescendo dramatique, mais une manifestation désordonnée d’un monde déjà malade. Le film ne nous dit pas pourquoi la violence survient. Il nous montre où elle naît.

Par quels moyens ?
Premier fragment : l’ennui comme état politique
Dans une séquence particulièrement statique, une jeune femme attend dans une banque, debout, sans parole, devant un guichet. Haneke laisse le plan durer, jusqu’à ce que la tension disparaisse. Il ne se passe rien. Mais ce rien devient tout : l’ennui filmé comme une agonie douce, presque anesthésiante. L’image n’explique pas, elle expose. Elle permet de ressentir l’usure quotidienne comme un geste d’effacement progressif.

Deuxième fragment : le plan sur le vieil homme et sa soupe
Un vieillard mange seul, lentement. Aucun dialogue. Un plan fixe. L’écran devient une surface de silence. La caméra ne cherche pas à pénétrer une intériorité, elle reste à distance, respectueuse mais impitoyable. Ce qui est montré, c’est la fatigue d’exister. Le plan dit : il est vivant, mais pour quoi faire ? La mort ne vient pas, la société l’a déjà rendu invisible.

Troisième fragment : la télévision comme chambre d’écho
Un enfant regarde les infos. Les visages de présentateurs s’enchaînent, les bulletins défilent. Les images sont celles du monde, mais elles arrivent comme des éclats d’un miroir brisé. Rien ne s’assemble. Haneke intègre des séquences de JT sans les commenter : le spectateur, comme l’enfant, est soumis à un flot d’événements qui ne s’agrègent pas. L’écran dans l’écran devient métaphore : l’image n’unit plus, elle dissout.

Quatrième fragment : une famille autour d’une table
On mange, on parle peu. Les gestes sont mécaniques. La caméra, encore une fois, s’interdit toute variation dramatique. Pas de champ-contrechamp, pas de musique. L’essentiel est ailleurs : dans ce qui ne circule plus. Les paroles sont des simulacres de lien, la famille une fiction maintenue par routine. Ce plan révèle l’asphyxie du lien social là où, traditionnellement, il devrait se reconstituer.

Cinquième fragment : la scène finale
Un homme pénètre dans une banque, abat plusieurs personnes, se suicide. Haneke refuse tout effet de suspense. La scène est filmée avec la même neutralité clinique que les autres. Pas de musique, pas de montée dramatique, pas de pathos. Le geste est brutal, mais son inscription dans la même grammaire visuelle que les autres fragments lui confère une étrangeté glaçante. C’est un fragment de plus, rien de plus. Le meurtre n’est ni la clé ni le sommet du film.

Où me situer ?
Je suis désorienté, désarmé. Mais cette sécheresse fait œuvre. Elle ne me rejette pas : elle m’oblige à regarder autrement. Je ne peux pas me reposer sur la psychologie des personnages, ni sur une narration rassurante. Je dois faire l’effort de penser à partir des images, de trouver une cohérence dans ce qui semble n’être que dispersion.

Ce que j’admire ici, c’est la rigueur du geste, son refus de séduire. Haneke ne flatte pas le spectateur, il le déplace. Ce que je trouve plus fragile, c’est la limite du dispositif : à force de refuser toute émotion, tout élan, le film frôle parfois l’indifférence. Mais c’est précisément cette tension qui fait sa force : l’indifférence est filmée comme un symptôme, et le spectateur est contraint de s’y mesurer.

Quelle lecture en tirer ?
71 Fragments n’est pas un film sur la violence : c’est un film sur les conditions de possibilité de la violence. Il ne nous dit pas pourquoi elle arrive, mais comment elle s’inscrit dans une constellation de micro-gestes, de silences, de décrochages. C’est un film qui pense le social comme un système d’archipels : des existences séparées, flottant les unes à côté des autres, sans contact. Le hasard n’est plus ce qui vient perturber l’ordre du monde, mais ce qui le régit.
Patjob
Patjob

44 abonnés 763 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 juillet 2024
La construction du film est originale : Haneke nous montre cinq situations bien différentes de personnages qui ne le sont pas moins, en alternant les scènes entre elles. Ce morcellement donne lieu le plus souvent à de très courtes scènes expressives, la plupart très réussies, parfois à des plans longs et pesants (l’entrainement du pongiste face au distributeur de balles). Bien sûr les différents destins se rencontreront … Ce qui caractérise plus la « patte » Haneke, c’est l’ambiance déshumanisée et glacée qu’il parvient à créer, avec ce regard bien pessimiste sur la violence latente et par conséquent parfois explosive de la société d’aujourd’hui.
Agnes L.
Agnes L.

231 abonnés 2 032 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 4 juillet 2024
Dans la rétrospective qu'Arte consacre à l'oeuvre d'Haneke, c'est le quatrième film que je regarde et je constate que ce réalisateur divise les spectateurs entre ceux qui le détestent et ceux qui crient au génie. Pour ma part, j'ai beau avoir écarté les films les plus violents de son répertoire comme « Funnys Game » ou « Benny's video », je m'interroge sur ses motivations à toujours vouloir choquer le bourgeois. Ses films sont parfois originaux, seulement ils ne font jamais passer un bon moment. Seul "Amour" que j'avais vu, il y a longtemps, m'a plu. Les autres sont dérangeants ou barbants et c'est dommage car le cinéma reste un loisir récréatif, un moment de détente et Haneke sait comment vous le gâcher.
Je reste dubitative face aux spectateurs qui ont mis 5 étoiles à ce film. C'est l'exemple même du film ennuyeux avec des séquences fixes qui durent et durent (le joueur de tennis de table qui fait sa gamme en coup droit en est un bon exemple). L'impression dominante, c'est que n'importe quel débutant cinéaste pourrait faire la même chose.
GéDéon
GéDéon

139 abonnés 727 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 8 juin 2024
Composé de 71 séquences qui s’emboitent les unes aux autres, le troisième long-métrage de Michael Haneke, sorti en 1994, constitue un pari conceptuel déstabilisant. D’autant plus que ces scènes, dans lesquelles on suit des tranches de vie banales de divers personnages, ont parfois tendance à s’étirer gratuitement en longueur. Néanmoins, la force du réalisateur autrichien est de créer un climat déprimant où la violence et la déshumanisation de notre société emportent tout. Le message sur les comportements déterminés par la vie quotidienne demeure glacial. Bref, du cinéma d’auteur très hermétique.
Cinéphiles 44

1 678 abonnés 4 674 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 24 mai 2024
Après "Le Septième continent" et "Benny’s Video", "71 fragments d'une chronologie du hasard" est l'épisode le moins réussi de la trilogie « Guerre Ville » de Michael Haneke. Cette fois, le réalisateur pousse son sens de l'observation à l'extrême en suivant de bouts de vies de familles autrichiennes sans liens entre elles en apparence. Les dialogues sont rares, et la multiplicité des personnages désintéresse. Au final, on décroche plusieurs fois face à ce journal télévisé mal construit.
ferdinand75

727 abonnés 4 495 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 23 mai 2024
Un film bien lent , très cérébral, pour un manque d'émotion évident , pour dénoncer le manque de communication et d'humanité dans la société contemporaine. Tout cela en fait un film abscons , bien difficile à suivre, presque soporifique.
selenie

7 460 abonnés 6 689 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 7 mai 2024
Haneke nous montre des scènes du quotidien, tout ce qu'il y a de plus banal, basique et routinier dans des segments, ou plutôt fragments de durées variables. On a par exemple une très et trop longue séquences d'entraînement d'un pongiste ou une très et trop longue conversation de téléphone, puis on a un dîner en tête à tête malaisant (de loin la séquence le plus frappante ! sans jeu de mot, et la plus humaine et fascinante d'une certaine façon) ou un couple qui délaisse une fillette à adopter pour un jeune garçon roumain... Il y a des séquences qui paraissent interminables, d'autres qui aurait peut-être mérités un peu plus d'importance. Le plus gênant est qu'on constate que les scènes les plus inintéressantes, ennuyeuses et inutiles sont les plus longues et les plus étirées dans le temps, malheureusement. Mais c'est aussi toute l'audace du réalisateur, poussé son style radical jusqu'au bout pour nous montrer toute la vacuité de nos existences, la déshumanisation des rapports humains jusqu'à ce qu'un d'eux craque littéralement. Mais rien n'est gratuit chez Haneke, la violence est froide et clinique mais jamais spectaculaire ou graphique. Haneke clôt sa trilogie et s'impose comme l'anti-thèse du cinéma d'action hollywoodien.
Site : Selenie.fr
Musomuse
Musomuse

12 abonnés 237 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 14 juin 2021
Top comme film. Vue que c'est Haneke, tout est clair comme de l'eau de roche et en plus de cela c'est un film très identifiable. Le film est efficace, terrible et etc. Je serais tenté de dire que rien n'est à jeté. Même si les longueurs peuvent paraitre comme des erreurs.
Au final il y a un côté quelque peu expérimental que je ne trouve pas utile pour le spectateur. Ce qui a pour effet d'en venir à des bizarreries cool pour le style moins pour le divertissement.
stans007
stans007

39 abonnés 1 464 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 1 septembre 2024
Un drôle de film pas drôle du tout, ou quand le hasard fait mal les choses... Un film très particulier qui relate un fait divers dramatique en le situant dans le contexte politique et économique mondial, et en même temps dans le quotidien des protagonistes, à l’aide d'un enchaînement de séquences plutôt banales (« fragments ») non reliées entre elles. Le résultat est un puzzle parfois ennuyeux (l'interminable séquence de ping-pong) mais toujours intrigant dont on pressent le point d’orgue et qui arrive à créer le suspense avec des moments de vie tout à fait ordinaires. Un véritable exploit narratif, un film pas comme les autres qui a été récompensé à la Quinzaine des Réalisateurs.
Eowyn Cwper
Eowyn Cwper

164 abonnés 2 041 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 4 février 2021
Dans la continuité de sa fascination pour le fait divers, Haneke conclue une trilogie commencée avec Le Septième Continent et Benny's Video. De retour sur un drame réel, il va construire son film en arborescence en se demandant quels genres de circonstances constituent et entourent les brèves typiques d'un journal télévisé.

À mesure que les 71 séquences se déroulent, on découvre l'univers du hasard et de la routine autrichienne, comment il en émerge des détails plus remarquables que d'autres, et surtout la question de pourquoi ils sont considérés comme tels. Devant la caméra, tous ont la même intensité, qu'il s'agisse d'un coup de téléphone ou d'un coup de feu, et l'on finit par entrevoir le fait que chaque instant, quoi qu'il contienne, a la même valeur au regard de l'éternité. Alors pourquoi dresse-t-on un panthéon médiatique à certains ?

En sertissant les actions anodines des Autrichiens dans une actualité internationale qui parle de guerres et de massacres, Haneke ne crée un contraste qu'en apparence car, rendant grâce à l'inaction et démystifiant le fait marquant sans le minorer, il assemble un puzzle à nul autre pareil, pur, que l'on tente tous de reconstruire avec notre propre vision du monde, égocentrique et biaisée par les bulletins d'information.

71 fragments d'une chronologie du hasard, c'est une vision révélatrice d'un grand tout palpable derrière le fourmillement humain et l'intérêt que chacun y porte, comme un théorème qui unifierait les comportements sociaux. Il suffisait presque d'imaginer faire un montage du quotidien, mais il n'y avait que Haneke pour tout dire en parlant 71 fois de rien avant de rendre son œuvre à l'infini dont il l'a tirée : la vie humaine.

→ https://septiemeartetdemi.com/
In Ciné Veritas
In Ciné Veritas

108 abonnés 922 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 10 mars 2018
Michael Haneke déroule en montage alterné plusieurs histoires appelées à converger tôt ou tard. Les séquences ainsi obtenues sont entrecoupées d’écrans noirs dont les durées sont cependant moins longues que celles observées dans Le septième continent (1989), premier volet de la trilogie du cinéaste autrichien que vient clore ce 71 fragments d’une chronologie du hasard. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com
mx13
mx13

284 abonnés 1 963 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 13 février 2018
Pas si inintéressant et accrochant mais on ne comprend rien dans ce film glacial où de nombreuses histoires s’entremêlent comme dans Code inconnu. Je le déconseille aux moins de 10 ans. 2/5
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 29 août 2017
J'adore l'idée. J'aime nettement moins ce qui est montré. Tout cela est sans doute très réfléchi par Haneke, à n'en pas douter. Mais même il est évident que tous ces destins vont se rencontrer à la fin, c'est assez ennuyeux.
peter W.
peter W.

56 abonnés 1 137 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 5 juin 2017
Encore une fois Haneke ne fait pas preuve d'un optimiste béat en traitant se fait divers. Il relit les fils du hasard qui ont fait se rencontrer les divers protagonistes. L'exercice pourrait paraître vain et surtout ennuyeux mais il y a cette recherche du détail dans les scènes qui accroche toujours l'attention. Au niveau acteur j'ai trouvé le jeune acteur jouant l'enfant roumain plutôt bon, il donne un peu de vie au film mais bizarrement il n'a pas fait d'autres films.
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