Un ancien boxeur, Kevin Collins, atterrit dans une petite bourgade de Californie après s’être évadé d’un hôpital psychiatrique. Il rencontre Fay Anderson, une jolie veuve alcoolique, et « l’oncle Bud », un ancien policier corrompu. Ce dernier fomente un mauvais coup…
Il s’agit d’une adaptation du roman éponyme de Jim Thompson, écrit en 1955 et publié en français sous le titre « La Mort viendra, petite ». Thompson est l’une des figures majeures du roman noir américain, dont l’univers profondément nihiliste a souvent inspiré le cinéma (notamment « Guet-apens » de Sam Peckinpah, « Série noire » d’Alain Corneau, « Coup de torchon » de Bertrand Tavernier).
« After Dark, my Sweet » repose sur une configuration classique du film noir : un homme brisé, naïf et manipulable, une femme fatale ambiguë, un tiers cynique et corrupteur. Mais James Foley pousse cette mécanique plus loin en faisant du protagoniste principal un narrateur mentalement instable, dont la perception du monde est constamment sujette à caution. La folie de Kid Collins n’est pas un simple trait psychologique : elle devient un principe narratif, contaminant le récit et installant un doute permanent sur les intentions réelles de Fay et de Bud. Le film noir bascule alors vers une forme de paranoïa existentielle.
Autre déplacement majeur : l’espace. Foley délocalise le film noir hors de la ville nocturne, dans les paysages écrasés de soleil du sud californien. Cette transposition, qui fera dire à un critique, lors de la sortie du film, que « James Foley a transposé le film noir en film soleil », crée un contraste saisissant entre la clarté visuelle et l’opacité morale. Ici, le mal ne se dissimule pas dans l’ombre : il se déploie en plein jour, rendant la fatalité encore plus implacable.
Les trois interprètes sont remarquables dans leurs rôles de laissés-pour-compte, conscients de courir à leur perte comme mus par un désir suicidaire inconscient, typique de l’univers de Jim Thompson. L’issue tragique semble inscrite dès le départ, non comme une punition morale, mais comme une conséquence naturelle de leurs failles intimes.
Même si certains points demeurent volontairement flous, la beauté de la photographie en scope et l’élégance des mouvements de caméra imposent une atmosphère hypnotique, où la forme épouse parfaitement le fond.
Un film d’un noir absolu, malgré le ciel bleu et le soleil radieux, et l’une des adaptations les plus justes et les plus fidèles à l’esprit désespéré de Jim Thompson.