Avec TYSTNADEN (Le silence) Bergman réalise pour la première fois un film sur l’incommunicabilité, mais aussi, comme dans « Un été avec Monika », un film puissamment érotique. Les dialogues réduits au minimum habillent et soulignent davantage le silence qui s’est installé entre deux sœurs, dont l’une, Ester (Ingrid Thulin), nourrit une passion saphique, incestueuse et dominatrice vis à vis de la pulpeuse Anna (Gunnel Lindblom), sa sœur cadette, indifférente à cette pulsion. Pendant que la première se saoule et se masturbe, l’autre assouvit son plaisir avec des hommes, nourrissant ainsi une jalousie désespérée. Les rares mots échangés sont des non dits, mépris et indifférence factices, avec, de la part d’Anna vis à vis de cet amour fraternel, des remords inexprimés avec la fuite comme seule issue. C’est à l’aide de mimiques et de quelques mots d’une langue inconnue qu’Ester, gravement malade et clouée sur le lit de sa chambre d’hôtel, communique avec un vieux serveur attendri. Ce huis clos irrespirable et paradoxal est filmé au travers du regard de Johan, le petit garçon d’Anna, renforçant encore un peu plus l’absurdité de ce cheminement généré dans une absence absolu du spirituel, malgré la musique de Bach. Le pays et les êtres sont en guerre et Dieu se tait. La qualité superlative de la photographie de Sven Nykvist accompagne cet art du non dit, prémonitoire quant à la communication actuelle, dont des joutes oratoires n’abordent pas les vrais problèmes de la civilisation occidentale. Bergman, tout en finesse, réalise un film d’une densité étouffante et d’une sensualité exacerbée.