Plus que la controverse qui fit de ce film une victime des censeurs français pendant plus de trente ans, ce que La bataille d’Alger apporte à la grande histoire du 7ème art est un réalisme frappant dans le traitement de la reconstitution de l’opposition entre les indépendantistes algériens et les militaires. Gillo Pontecorvo ne cherche aucunement à porter un quelconque jugement sur les méthodes des deux camps, mais n’est uniquement animé que par une profonde volonté de reconstitution superbement détaillée de ces événements violents, la réussite de cet aspect documentaire est tel qu’aujourd’hui son long-métrage est devenu un sujet d’études pour les soldats américains se préparant à la guérilla urbaine en Irak. La personnalité trouble des deux personnages que sont Ali La Pointe et le Colonel Mathieu est un autre élément qui éloigne cette œuvre hors du commun du manichéisme inhérent aux habituels films de guerre. Sans conteste la seule approche valable que le cinéma ait fait de la guerre d’Algérie.
J'ai vu ce film à de nombreuses reprises et je le considère comme un excellent documentaire sur cet évènement .
Néanmoins je ne lui mets pas 5/5 parce que cette production comporte des erreurs historiques et ne nous dit pas tout.
J'ai lu plusieurs ouvrages sur la "Bataille d'Alger" (qui s'est déroulé du 30 Septembre 1956 au 7 Octobre 1957) et certains éléments n'ont pas été pris en compte .
Contrairement à ce que montre ce film , l'affrontement ne commence pas en 1957 mais en réalité deux ans plus tôt , en 1955 , lors du premier attentat à la bombe qui fera débuter l'escalade jusqu’à la bataille proprement dite (qui fut davantage un affrontement policier qu'un affrontement militaire).
Ensuite le principal défaut de ce long-métrage est qu'il a un coté "réducteur" de ce qui s'est réellement passé : on nous dit que du coté algérien , il n'y a eu que le terrorisme et du coté français il n'y a eu que la torture .
Or c'est faux !
Oh certes , loin de moi l'idée de minimiser ces deux phénomènes mais les deux camps ont aussi utilisé d'autres méthodes qui se sont révélées toutes aussi efficaces .
Les "indépendantistes algériens" (expression la mieux appropriée parce que c'était aussi une guerre civile) ont utilisé la guérilla urbaine (à peine vue dans le film) et la propagande pour mobiliser la population locale (ce qui n'est pas montré) dans le but de parvenir à leurs fins (à savoir créer une telle instabilité qui ferait d'Alger une ville de fait sous contrôle indépendantiste et attirer du même coup l'opinion).
Les troupes françaises de leurs cotés sont parvenues à mettre fin aux attentats par d'autres techniques que la torture : il y a eu le rôle des services secrets qui ont infiltré et intoxiqué les réseaux du FLN ayant permis de très nombreuses arrestations (je pense ici aux "Bleus de Chauffe" et à l'opération "Bleuite") et enfin il y a eu le bouclage de la ville avec les checkpoints qui ont asphyxiés les cellules indépendantistes (en les privant de leurs mobilités et en les séparant les unes des autres , ce qui les a rendu très vulnérables).
Une autre technique qui s'est révélée très efficace , est la mise en place du "Dispositif de Protection Urbaine" qui consistait à ficher systématiquement tous les habitants d'un immeuble et à désigner un responsable local . Ce maillage urbain a permis de détecter puis d'éliminer un certain nombre de militants indépendantistes algériens (ce qui les a coupés de la population et donc de leurs soutiens et d'intégrer cette dernière de gré ou de force dans le camp français).
Or ces différents volets ne sont pas abordés dans le film .
Notons qu'il y a eu également des "mini-sièges" durant l'affrontement . A plusieurs reprises , des militants algériens qui s’étaient fait repérer ont du se réfugier dans des maisons et/ou des appartements pour s'échapper. Les paras français ont du alors monter des "groupes d'assauts" , constitués de 12-15 hommes pour venir a bout de la résistance de 3-5 indépendantistes (trop rapidement montré dans cette production).
Le film ne nous dit aussi pas le nombre des victimes (tous camp confondus) .
Le FLN a commis 751 attentats à la bombe (sans compter les attaques à l'arme légère) ayant fait 1231 victimes tant françaises qu'algériennes (314 morts et 917 blessés , dont un certain nombre sont devenus handicapés) .
L'armée française de son coté a arrête 24 000 personnes , sur ce dernier chiffre 1000 suspects au moins ont été soumis à des interrogatoires que l'on peut qualifier de torture (le chiffre diverge selon les auteurs mais il apparaît comme étant le plus fiable) et au moins 100 autres personnes ont été exécutées.
De plus 3000 personnes ont disparu durant cette bataille dont on a plus jamais entendu parlé ...
Enfin le film aborde trop rapidement le résultat de cette bataille . Qui fut le vainqueur ?
D'un strict point de vue militaire et sécuritaire , l'armée française l'a emportée sur le terrorisme . Durant toute la bataille , le réseau FLN d'Alger était composé de 2000 personnes (je désigne ici les militants actifs , les sympathisants politiques bien qu'ayant joué un rôle sont plutôt à mettre de coté) .
Sur ce nombre , 200 militants ont été tués par les autorités françaises et 1600 de plus ont été arrêtes. Soit 90% de l'effectif indépendantistes éliminés ... (les 10% restants quant à eux on soit pris la fuite soit se sont dispersés). Et les chefs du FLN ont tous été capturés ou tués (Ali la Pointe et Larbi Ben M'hidi sont morts et Yacef Saadi arrêté).
Les attentats ont complètement cessé ou presque pendant les 4 années qui ont suivies , soit jusqu'en 1961 (les attentats ont repris à l'automne de cette année non plus par le FLN mais par ... l'OAS ! ).
Les troupes françaises de leurs cotés ont eu à déplorer quelques dizaines de tués et de blessés sur un effectif de 10 000 hommes engagés dans l'affrontement (policiers compris).
Mais l'impact de ce succès fut limité et assombri par les méthodes utilisées pour venir à bout de l'adversaire. Ce qui a placé les autorités dans une situation très délicate vis-a-vis de l'opinion publique... C'est à partir de ce moment-là que cette dernière s'est progressivement retourné et a finalement opté pour l'indépendance de l'Algérie . Victoire militaire mais défaite politique.
Ce qui résume le résultat de cette guerre .
Certainement a-t'il manqué un Gandhi qui aurait pu permettre une solution pacifique .
Sans verser dans une uchronie sommaire , on peut se demander ce qui aurait pu se passer , si l'Algérie était reste française ou que les pieds-noirs n'aient pas été contraints à l'exode et soient restés dans ce pays ...
Notons qu'il y a eu aussi des hommes d'honneurs des deux cotés , des algériens qui ont refusé de commettre des attentats et des soldats français refusant de pratiquer la torture .
Il aurait été intéressant que tous ces éléments soient montrés dans ce film , ce qui lui aurait donné un coté plus global mais aussi plus objectif dans la vérité historique .
Aujourd'hui ce film et cette bataille sont utilisés par de nombreuses personnes .
Des mouvements insurrectionnels et/ou indépendantistes tels que la Bande à Baader , l'IRA , l'ETA , les Talibans ou encore le Hamas se sont inspirés de ce film pour leurs actions.
A l'inverse les armées Britanniques en Irlande du Nord , Américaines en Irak et en Afghanistan ainsi qu' Israéliennes en Palestine se sont inspirées des techniques de contres-insurrections françaises pour leurs opérations.
Et même l'armée Algérienne a du examiner la stratégie française pour réduire à néant les Islamistes du GIA et du FIS durant la Guerre civile algérienne (1992-2002) . Et certains des officiers français venus enseigner ces techniques aux algériens étaient des vétérans de la guerre d'Algérie... quelle ironie et quel retournement de l'Histoire !
PS : Une remarque politique , je sais que les algériens étaient de facto des citoyens de seconde zone durant la colonisation française mais cela ne justifie pas - comme certains internautes l'ont laissé entendre - le recours a des méthodes terroristes et je pèse mes mots . Pour moi , d'un point de vue philosophique , on est un Résistant dés lors que son pays est occupé et que l'on s'en prend EXCLUSIVEMENT à des militaires , c'est-a-dire à des hommes armés. Mais dés lors que l'on s'en prend et ce de manière DÉLIBÉRÉ à des civils innocents , on est un Terroriste.
La Bataille d'Alger est de ces films qui ont un double intérêt historique et cinématographique et qui par là sont très importants. En effet tourné seulement 3 ans après les faits racontés le film de Pontecorvo est admirable dans sa volonté de retranscrire les évènements de manière objective. Ainsi aucun des deux côtés n'est épargné, aussi bien la torture dont se servent les français que les attentats perpétuaient par les algériens. Le film arrive a passionné car tout en étant profondément humain et émouvant il est également rythmé par une mise en scène très dynamique pleine de suspens et qui reste toujours très juste. Ainsi le film est par sa modernité le précurseur d'un certain cinéma d'action/politique comme celui de Paul Greengrass et est palpitant du début à la fin. La Bataille d'Alger est donc un film à voir pour sa manière de traiter les faits, car il est captivant et juste et mérite clairement ses critiques élogieuses, et il y a l'interprétation de Jean Martin magistral..
Un quasi-documentaire sur la guerre d'Algérie étant donné qu'il a été tourné moins de quatre ans après la signature des accords d'Evian. On pouvait donc légitimement redouter une vision partisane de l'Histoire. Etrangement, il n'en a rien été. Gillo Pontecorvo ne ménage ni les uns ni les autres, visant la neutralité. Il ne noircit pas pour autant le tableau, laissant des gestes d'humanité se manifester ici et là. Même si le spectateur avisé n'apprendra rien, les principaux éléments historiques sont rappelés avec justesse : les motivations et la structure du FLN, le rôle de la communauté internationale ou encore l'action délicate et contestée de l'armée française. La BOF relève plus du film d'action que du cinéma engagé. J'avais presque l'impression de revoir un vieil épisode de "l'Agence tout risque", dommage. Enfin et surtout, le scénario est trop mince pour tenir en haleine le spectateur. L'histoire d'Ali, qui sert de fil rouge, est zappée pendant trois quarts-d'heure par une compilation de scènes de terrorisme. La litanie des attentats finit par lasser, ce qui est d'autant plus regrettable qu'elle ne se justifie pas.
Véritable chef-d’œuvre (en pesant mes mots). Une œuvre majeure du cinéma. Sur ce sujet historique, ce film est exemplaire de rigueur, de précision, d’objectivité. Mais il sait aussi y montrer la grandeur de tout peuple qui se bat pour sa liberté, avec sobriété, émotion, et sans aucun manichéisme mais un immense humanisme. Qu’il fallait être con pour censurer ce film en 66 ou s’insurger contre sa diffusion en 1971 !
Le premier constat qui s'impose est le peu d'années (trois) qui se sont écoulées entre la fin de l'Algérie et la sortie du film. C'est toujours une expérience intéressante de voir comment le cinéma traite son histoire ultra contemporaine, surtout sur un sujet aussi sensible que la guerre d'Algérie. Le second constat est que, bien entendu, le film ne provient pas d'un réalisateur français - quand on sait que de toute façon la censure est passé par là - mais d'un réalisateur italien. Ce qui frappe dans le film c'est que Gillo Pontecorvo cherche à être le plus objectif possible. Tour à tour, les deux camps en présence sont montrés comme tortionnaire, comme victime. Les soldats ne sont pas montrés comme des hommes sans cœur mais comme des hommes de conviction, qui ont recours à la violence mais pas des idiots qui tuent pour le plaisir de tuer. En fait, le réalisateur brosse, surtout à travers trois années du conflit, 1954 et 1957, le portrait d'une guerre où deux systèmes de pensée s'opposent et où la violence cruelle, injuste et abjecte apparaît alors comme le seul moyen d'action. Un film qui, de par son audace historique et de par son désir d'objectivité, étonne et impressionne.
Sommet du Cinéma politique, La Bataille d'Alger fait preuve d'un objectivisme pourtant aussi audacieux qu'aurait été une franche prise de position. Il s'agit d'un quasi-documentaire passionnant par moments (on pense bien sûr à la séquence - d'une extrême tension - où trois femmes doivent déposer des bombes dans d'innocents bars et halls d'aéroports), mais aussi manquant de souffle pendant la moitié du récit. La partition, signée Ennio Morricone et Pontecorvo elle-même est néanmoins une des belles pages de la musique écrite pour un film : lyrique dans les grands mouvements du combat, elle s'efface quand il le faut et reprend encore plus d'ampleur avec la puissante volonté du peuple qui renaît de ses cendres. Le style même de Pontecorvo est digne d'éloges : on rôde dans un Alger en proie à la panique et à la douleur. Cependant, on peut critiquer l'étroitesse du film devant son sujet : la guerre d'Algérie, les pieds-noirs et on brode et on brode. Dommage qu'une certaine lourdeur se dégage de ce puissant film italo-algérien.
Le film de Gillo Pontecorvo, Lion d'or à Venise en 1966 a longtemps eu des démêlés avec la censure française au même titre que tous les films traitant du conflit algérien. Réalisé seulement 3 ans après la signature des accords d’Evian la plaie était encore trop béante pour que les esprits soient prêts à accepter une telle remise en question de la politique de décolonisation de la France. Sans aucune vedette, Gillo Pontecorvo cinéaste engagé place résolument son métrage dans la veine documentaire pour restituer à travers les évènements qui ont ensanglanté Alger l’ensemble du processus qui a obligé la France à reconnaître que sa domination sur cette colonie conquise en 1830 n’était plus viable. S’il prend clairement parti pour le FLN, Pontecorvo n’est jamais outrancier dans sa démonstration. A la vue du film et du statut des algériens sur leur propre sol qu'il met en exergue on se dit que l’issue vers l'lindépendance était fatale et que l’honneur de la France aurait été de le reconnaître plus tôt. Les différences de classes sociales quand elles sont trop marquées sont déjà difficiles à accepter et portent en elles le germe révolutionnaire. Comment peut-on imaginer que l’on va réduire tout un peuple au sous prolétariat pendant qu’une classe moyenne composée de colons va pouvoir émerger sur un territoire qui n’est pas le sien ? L’explosion était inévitable, on ne pouvait pas demander plus longtemps aux algériens de vivre dans la misère avec pour seul spectacle en rentrant du labeur, la jeunesse pied-noir qui s’amusait à la plage ou dans les dancings. Pontecorvo dissèque très bien la réaction en chaîne d’un pouvoir qui ne veut pas voir la réalité en face et qui croît que l’intimidation et la répression sanglante suffiront à repositionner chacun selon l’ordre établi. C’est le colonel Mathieu joué un Jean Martin qui fera la meilleure analyse de la situation là où les politiques sont le plus souvent aveuglés par les puissants lobbys qui demandent à ce que leurs intérêts soient défendus bec et ongles. Sans aucun pathos le film rend compte des horreurs d’une guerre urbaine qui se règle à coup d’attentats terroristes et de torture. On comprend mieux après avoir vu le film que tout ait été fait par les autorités de l'époque pour éviter que le film soit vu par le plus grand nombre. La question qui se pose en 2012 est de savoir si l’histoire apprend quelque chose aux hommes ,
Nous voici en présence d'un chef-d'oeuvre, impeccablement mis en scène et à la réalisation sobre et soignée. D'un réalisme poignant et saisissant pour l'époque, "La Bataille d'Alger" fit quelque peu polémique en France, et l'on comprend pourquoi, quatre ans à peine après la fin de la guerre d'Algérie. Les mentalités françaises n'étaient pas prêtes à une telle confrontation avec leur propre histoire. Car le tableau n'est pas bien reluisant pour l'armée d'occupation française. Partialité, certes, mais telle était la vérité.
Film à la limite du documentaire du fait de son parti pris esthétique, ce long métrage est une réussite du genre et nous plonge avec fluidité et simplicité au coeur de la tourmente de la " bataille d'Alger ". Le film, malgré une production bicéphale ( Italo-Algérienne ) et un tournage seulement 4 ans après l'indépendance de l'Algérie réussit à éviter les travers de la propagande et du politiquement correct anti-colonialiste à part peut-être seulement dans les dernières minutes, mais bref, c'est un film fort, à voir absolument pour comprendre ce qu'est un film politique et engagé... Les acteurs non-professionnels pour la plupart, la langue de chacun respectée, le grain lourd et contrasté du noir et blanc appuyé par la musique d'Ennio Morricone en grande forme, tout cet ensemble concourt à faire de cette épopée dramatique un chef d'oeuvre à étudier. Ne pas s'abstenir de cette leçon d'intelligence!!!
Un thriller politique puissant, brutal et captivant qui décrypte minutieusement la lutte sanglante de l'Algérie pour son indépendance, rythmé par la musique fiévreuse d'Ennio Morricone. Un cours d'Histoire indispensable. 4,3"25
Vu en VOSTF. "En 1957, l'affrontement sanglant entre les paras du colonel Matthieu et les troupes du FLN dans la casbah d'Alger." Tout est dit. Un film qui prend aux tripes, qui choque, qui montre cette vérité, celle que beaucoup de gens (comme je les comprends) essaient d'oublier... Des meurtres, des tortures, des attentats, des injustices et j'en passe... Cette bataille fût terrible!!!! Les acteurs sont....Je n'ai pas de mots.... Un film historique comme on en voit peu: provocateur, osé, bien réalisé... Tout y est! Même le "haut-le-coeur"! Tout simplement un grand bravo à Gillo Pontecorvo qui bien qu'il se soit fait entre guillemet huer lors de sa remise du "Lion D'or"au Festival de Venise en 1966 et avait été victime de censure en France, pour "propagande" mérite amplement cette récompense pour son professionnalisme et sa 120 ème place sur la liste du magazine "Empire" des 500 meilleurs films de tous les temps.
Reconstruction historique brillante au service d'une réflexion totale sur le terrorisme/ la résistance. Film toujours d'actualité donc, qui nous montre la perte des valeurs au profit d'une cause, un combat dans lequel la démocratie a tout à perdre.