L’œil du malin est un petit Chabrol, pas déplaisant, mais assez archaïque et pas très emballant non plus. La principale force du film repose sur l’excellence de son trio d’acteurs, parfaitement choisi et dirigé. Jacques Charrier est parfait dans son rôle de bellâtre bon à rien et pot de colle au possible, détestable à souhait. Walter Reyer et Stéphane Audran forment un couple convaincant, et Stéphane Audran est particulièrement lumineuse et intrigante dans ce métrage où elle incarne une sorte de Bovary dans la banlieue munichoise. Ce trio d’acteurs est l’atout maître d’un métrage par ailleurs assez simpliste. Sa durée courte s’explique par une intrigue extrêmement contenu. Un homme s’insère dans la vie d’un couple car amoureux (mais pas de la plus noble façon) de la femme. Le parasite s’incruste petit à petit, jusqu’à… C’est pas mal fait, mais c’est assez lancinant, pas hyper passionnant non plus car en vérité, la seule anicroche dans la vie de ce couple est assez convenue et prévisible. La fin, radicale, amène un peu de tension et de vigueur à un métrage qui manque de peps et de noirceur. Au final, Charrier fait quelques blagues douteuses et ne bascule jamais vraiment vers une dimension possessive gênante ou criminelle. Ca reste soft et léger, et c’est assez frustrant car à part une observation timide du monde bourgeois cher à Chabrol, 80 pct du métrage n’offre pas grand-chose de plus. J'ajoute que la voix off, surécrite, est assez désagréable et ajoute au caractère suranné et artificiel du film dans un esprit très Nouvelle Vague (le film a cette ambiance, ce rythme Nouvelle Vague pas toujours heureux!)
Après, oui, c’est pas mal filmé, les décors, la photo, la mise en scène sobre mais affutée, notamment dans l’épilogue, la sensualité toute en finesse qui n’est pas sans rappeler certaines scènes de La Piscine, font que le métrage a une certaine allure et échappe au commun, mais malheureusement, ça peine à soulever un intérêt suffisant pour faire oublier la relative vacuité de l’ensemble.
Chabrol livre donc ici un film mineur, un petit objet cinématographique habité par ses acteurs mais pour servir un propos « bovarien » assez basique et pas plus dégrossi que ça. A voir à l’occasion, pour les amateurs de Chabrol surtout, la plupart des gens trouveront quand même que ça manque d’enjeu et de vigueur.