Plus de 35 années après sa sortie en salles, Halloween (sous-titré "La Nuit des Masques" en France) demeure encore aujourd'hui comme l'une des œuvres majeures de son incompris de réalisateur John Carpenter, cinéaste indépendant et surdoué spécialisé dans le cinéma de genre, adulé par certains et détesté par d'autres, souvent même renié par les studios Hollywoodiens. S'étant tapé une réputation de dur à cuir,le surnommé "Big John" sera malgré tout parvenu à être considéré comme l'un des réalisateurs les plus importants et intéressants du 20ème siècle, ayant à son actif un paquet de films cultes. En grande partie responsable de son inévitable statut de génie par la suite, Halloween brille par son ingéniosité ne coûtant que quelques 300 000 dollars, suffisant pour amener Carpenter et Debra Hill à pondre un scénario simple, efficace, intelligent, brillant et effrayant. Expérimental, le metteur en scène et son amour inconsidéré pour le cinémascope offre avec ce premier long-métrage horrifique de sa carrière un chef-d'œuvre de mise en scène et d'ambiance, où règne un calme pesant avant la tempête risquant de faire des ravages, jouant parfaitement avec l'esprit des téléspectateurs et des personnages qui ne se doutent pas un seul instant de ce qui va leur arriver. Donnant le ton de son film dès les premières minutes par un point de vue intriguant sublimé par une steadicam déguisée parfaitement bien maniée, John Carpenter s'amuse avec l'obscurité et l'étrangeté, n'épargnant aucun recoin à visiter, à l'image de chacune des apparitions de son anti-héros principal, Michael Myers, boogeyman méthodique désormais considéré comme le meilleur parmi ses nombreux cousins tels que Freddy Krueger, Jason Voorhees, Leatherface ou encore Ghostface, la plupart nés de celui au masque blafard. Représenté et décrit comme le Mal à l'état pur par son psychiatre Samuel Loomis, interprété par le géant Donald Pleasence, Michael Myers inquiète dès lors qu'il apparaît, laissant toujours traîner un véritable sentiment d'incertitude derrière lui, particulièrement grâce au savoir-faire de son concepteur, le mettant toujours en scène de façon à laisser un téléspectateur pétrifié se poser des questions, tout comme Laurie Strode, personnage contrastée par son attitude et caractère de jeune innocente vulnérable à la voix de garçon manqué, très attachante et intéressante à suivre, qui plus est interprétée par la débutante Jamie Lee Curtis, hurleuse de grand talent, accompagnée de P.J Soles et Nancy Keyes, jouant quant à elles dans un registre plus habituel dans le slasher-movie : les filles fofolles faisant office de proies premières. Plus qu'un simple film où une bande d'attardés se feront charcuter par un malade mental, Halloween prouve que les petits moyens servent aussi à rendre justice à un talent incontestable coulant dans les veines de son réalisateur, orchestrant son film à merveille et ne se précipitant jamais, laissant le temps au téléspectateur de s'attacher aux personnages pour ainsi faire monter la tension crescendo. Quatre ans après les sorties de Massacre à la Tronçonneuse et Black Christmas, Halloween reste et restera toujours comme le véritable papa d'un genre qui n'aura pas fini d'être le fruit de plusieurs expériences cinématographiques, parfois payantes, parfois pas du tout. Ne comportant aucune gouttes de sang si ce n'est une légère trace sur une épaule gauche et une main droite, la mise en scène parfaite de John Carpenter et les interprétations de sa scream-queen et de son psychiatre font donc de la Nuit des Masques une référence à tous les niveaux, long-métrage presque aussi important que le Cinéma lui-même. Redonnant vie à la vue subjective et à des plans incroyablement stressants dans ces rues sombres et profondes de la petite ville d'Haddonfield qui aura connu des jours meilleurs, Halloween s'avère légendaire et continuera de se reposer sur son trône pendant de longues années encore. Un must, un mythe, un chef-d'œuvre !
Totalement dénué de défauts et n'ayant pas pris la moindre ride depuis tout ce temps - et pour cause, le film atteint un tel degré de perfection que cela en devient effarant -, Halloween est une expérience horrifique à vivre et à revivre aussi longtemps que possible, prouvant qu'une histoire paraissant banale peut faire office de véritable choc. Ne marchant pas un seul instant à côté de ses pompes et ayant l'intelligence de ne pas tomber dans les travers du nanar gore et sans intérêt, John Carpenter construit merveilleusement bien son film, d'une mise en scène impeccable à une réalisation fluide, en passant par des personnages bien écrits et attachants, tout ça joint par un thème musical terrifiant. En binôme pour la toute première fois avec Jamie Lee Curtis, c'est l'occasion parfaite pour tous de retenir une date : 1978, et découvrir un nouveau boogeyman, un seul : l'inarrêtable Michael Myers !