La Religieuse
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Bertie Quincampoix
Bertie Quincampoix

142 abonnés 2 053 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 18 février 2025
Somptueusement porté par une Anna Karina au sommet de son art, La religieuse (sorti en 1967 sous le titre Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot) constitue l’un des cas les plus célèbres de censure d’État, sous la pression de certains milieux catholiques, et dans une France certainement moins sécularisée qu’aujourd’hui. Ce film de Jacques Rivette est pourtant l’adaptation fidèle d’un roman de Diderot publié deux siècles plus tôt, dans lequel celui-ci s’indignait simplement du sort réservé à certaines jeunes filles de bonnes familles envoyées au couvent alors qu’elle n’en avait pas la vocation. Si l’objet des débats peut prêter à sourire aujourd’hui – ou effrayer, c’est selon, car l’époque n’est pas si lointaine – le spectateur actuel se concentrera plutôt sur l’évidente puissance d’un film qui est d’abord et surtout une ode à la liberté de conscience et qui, bien avant l’heure, dénonçait les pressions et les injonctions de toutes sortes supportées par les femmes. Car lorsqu’elle parviendra à se libérer des geôles du couvent, l’héroïne sera spoiler: victime d’agressions sexuelles de la part de ceux-là même qui auront contribué à son affranchissement.
Bouleversant, et d’une incroyable modernité.
traversay1

4 479 abonnés 5 351 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 février 2024
Oublions son titre de sortie (Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot), la polémique de l'époque et surtout la version de 2013, très pâle, de Guillaume Nicloux. L'aura de chef d’œuvre, concernant le film de Rivette, semble un tantinet abusive, tout comme son succès en salles fut certainement causé par le parfum de scandale. Deux couvents, deux ambiances : la fracture est nette entre ces deux lieux où souffre sœur Suzanne, forcée à l'enfermement par sa famille. Cette rebelle, face au sadisme puis à la concupiscence d'une mère supérieure, est traitée dans une austérité et un certain classicisme qui n'ont que peu à voir avec la doctrine de la Nouvelle Vague. Si le film n'est pas ennuyeux quoiqu'un peu lourd, il le doit surtout à l'excellence du jeu d'Anna Karina, omniprésente, dans cette œuvre pas aussi anti-cléricale que décrété par ceux qui ont réclamé son interdiction et qui, évidemment, ne l'avaient pas vu. Rivette a modifié la fin du roman, c'était son droit mais les dernières minutes, vite expédiées, ne sont pas ce qu'il y a de mieux dans le long-métrage. Si jamais un classement des meilleurs films de couvent était réalisé, La Religieuse serait à coup sûr dans un Top 5 mais pas à la première place, l'étonnant La Fourmilière (1971) de Zoltán Fábri lui étant assez supérieur, ne serait-ce que par son traitement moins pesant, plus subtil (et assez insolent) du confinement religieux.
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

91 abonnés 4 227 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 6 février 2024
En mettant en images le roman de Diderot et en confiant à Anna Karina, actrice icônique des années 60, le rôle de la Religieuse, Suzanne Simonin, Jacques Rivette a fait sursauté la sphère catho intégriste qui a réussi à faire interdire provisoirement le film, interdiction qui permit au film de connaitre un gros succès lors de sa sortie en 1967. Merci qui?
Pour autant, le film n'est pas en soi un brûlot; il ne fait que transcrire assez fidèlement le sujet de Diderot. Rivette n'attaque évidemment pas la foi. Mais il met en scène la triple peine de Suzanne, spoiler: la prononciation sous la contraine de ses voeux, sa rebellion qui lui vaut des mesures de rétorsion sadiques puis, changeant de couvent, l'initiation au saphisme
, imagée, pour ne pas dire éludée, de façon bien prude par Rivette.
Le film est long, trop sans aucun doute, car dans un style épuré et dépouillé façon vie monacale, Rivette flirte avec la redondance et l'ennui. Sur le sort fait aux filles dont la famille veut se débarrasser, sur les moeurs peu reluisantes du couvent, des soeurs et des mères supérieures, la leçon est vite acquise. Le ton et les images sont souvent affectés, compassés, suivant le hiératisme ambiant du couvent; la gestuelle peut paraître théatrale et emphatique par moments, soulignant un certain archaïsme. D'autrefois, quand Anna karina se découvre, la liberté de ses cheveux et son décolleté font d'elle une héroine moderne, émancipée par sa révolte.
Sur un plan formel, Rivette propose par instants des plans et des lumières qui semblent inspirés par des tableaux de maîtres. Il exprime plus ou moins légèrement le contraste spoiler: entre les deux couvents
fréquentés par Suzanne, l'un sordide avec musique et rafales de vent lugubres à l'appui, l'autre guilleret et lumineux, avec chants d'oiseaux en fond sonore...
En définitive, Rivette signe sans doute une adaptation efficace en ce sens où l'on prend pitié de Suzanne, qu'on fait nôtre sa révolte et que, selon notre sensiblité, il se peut qu'on sorte du film plus anticlérical que jamais!
Roub E.

1 306 abonnés 5 370 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 mars 2023
Une adaptation de la religieuse qui a vieilli par certains aspects: le cadre est fixe, l’interprétation un peu théâtral, la représentation d’un couvent du 18e paraît bien sobre (le fait que les nonnes soient maquillées m’a par exemple sauté aux yeux) et quelques autres défauts. Pourtant le film garde une force certaine. Notamment grâce à ses idées de mise en scène comme Suzanne qui apparaît rapidement derrière des barreaux, son cri de révolte couvert petit à petit par le bruit des cloches … La religieuse de Rivette reste encore une forte démonstration de l’asservissement des femmes par la religion sans être pour autant un film blasphématoire. Un film nuancé qui rend sa démonstration d’autant plus implacable.
Andrew Person
Andrew Person

4 abonnés 107 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 16 novembre 2022
Une image superbe et minimaliste dont la netteté existe seule indépendamment du récit, qui lui, comporte de nombreux flous. C'est ce qui permet à Rivette de nous plonger dans une atmosphère conspirationniste, et de jouer ainsi avec le ressentiment victimaire du spectateur, dont le Christ en est, paradoxalement, à l'origine. Parfois, cela nous lasse.
Comprendre ce film est difficile, car le récit s'adonne à une critique du fanatisme au moyen de l'église notamment je crois, axé sur la pratique jésuite (en témoigne le questionnement inquisiteur des abbés :"connaissez vous le jansénisme"?). Anna Karina ne se trouve pas d'avantage libre en sortant du couvant, quand elle esquive les viols et tombe de force dans le péché, la grande prison de l'individu : le libertinage. Il n'est de guide que la volonté de dieu, ainsi les hommes ne peuvent prendre de décisions pour les autres hommes indépendamment de la volonté de dieu. Le film ne répond pas à la question : qu'elle est-elle cette volonté ? Il semble en revanche, qu'il prenne le parti pris qu'elle se trouve dans l'individu, d'avantage que dans la société.. À moins que la volonté de dieu n'ai que faire de l'injustice.
Estonius

4 734 abonnés 5 466 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 octobre 2022
Axiome n°1 : Il n'existe aucun cas connu où la censure d'une œuvre serait justifiée, la censure est donc en soi une imbécilité. Axione n°2 : Une œuvre censurée est toujours surévaluée, car au bout d'un moment ce n'est plus l'œuvre en elle-même que l'on juge mais l'objet de la censure. Cela tendrait à dire que ce film est surévalué. Et c'est sans doute vrai, d'abord c'est trop long, ensuite, les dialogues sont trop théâtraux, là où il aurait fallu adapter. Il en est de même pour certaines postures. Et puis une question en passant qui n'a rien d'une critique, où est l'aspect nouvelle vague dans ce film ? Mais heureusement les qualités priment sur les défauts, Anna Karina porte le film sur les épaules et d'une manière générale la distribution féminine nous fait un sans-faute (Magnifique Liselotte Pulver). Le film montre bien l'hypocrisie et les mœurs de ce milieu, bien éloignés de qu'il est censé être. Dépeindre et condamner l'enfermement et les abus de pouvoir quel qu'ils soient c'est ni plus ni moins défendre la liberté ! Ah, deux choses encore, d'abord la musique est abominable, ensuite il faut savoir que la conclusion du film n'est pas celle de Diderot, certes Rivette a parfaitement le droit de changer la fin, mais fallait-il celle-là ? .
Nicolas S
Nicolas S

54 abonnés 667 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 23 octobre 2021
Difficile de voir ce qui avait tant inquiété les censeurs dans les années 60, tant ce film de Jacques Rivette est, comme son héroïne, bien chaste. Suzanne subit en effet tous les châtiments imaginables dans 'La Religieuse' sans jamais se défaire de son innocence. C'est avec un formalisme austère que Rivette choisit de traiter ce sujet ; si cela semble d'abord refléter le propos, cela tend aussi à alourdir ce film très long, qui ne retrouve ensuite son souffle qu'à coup d'ellipses abruptes dans les vingt dernières minutes.
weihnachtsmann

1 617 abonnés 5 725 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 17 mai 2020
Rivette débute son film par une scène poignante. Le cri de révolte de cette jeune fille va résonner en muet dans son esprit par la suite.
Film dur et pas si austère que ça car grâce à la légèreté de la caméra et les visages doux et angéliques qui tranchent avec le sujet.
Passionnant
Hotinhere

790 abonnés 5 461 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 22 mars 2020
Jacques Rivette adapte le roman de Diderot et signe une œuvre ecclésiastique puissante et (très) austère malgré des scènes saisissantes. Un film qui fit scandale à l'époque.
pierrre s.

555 abonnés 3 426 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 23 janvier 2020
Jacques Rivette nous montre que la cruauté, l'horreur et la bêtise n'ont pas de sexe, et que dans ces domaines les femmes n'ont rien à envier aux hommes. Toutefois le calvaire vécu par cette pauvre religieuse finit par devenir pénible et répétitif.
Hervé L
Hervé L

92 abonnés 717 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 octobre 2018
Un très beau film sur la dure condition féminine ou une femme honnête se trouve condamnée au couvent et livrée aux turpitudes des ecclésiastiques pourtant très en deçà de la réalité qui se dévoile peu à peu
Frédéric P
Frédéric P

16 abonnés 188 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 octobre 2018
Film de 1966 que le pouvoir gaulliste a tenté d’interdire, La religieuse.reste une œuvre intéressante pour sa réalisation.
Tiré de Diderot, l’action se passe sous l’Ancien régime en 1760.. Anna Karina incarne une jeune fille « batarde » dont la beauté menace l’avenir de ses sœurs légitimes. Ses parents lui imposent le couvent. Dans un premier couvent elle est en butte à au sadisme de la mère supérieure dès lors qu’elle cherche à échapper à l’enfermement. Contacter un avocat, faire appel à la justice est un échec. Dans un second couvent elle se retrouve face à une mère supérieure abusive et son harcèlement sexuel.
Top of the World
Top of the World

90 abonnés 153 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 3 mars 2015
Je n'ai à ce jour ni lu le roman de Diderot ni vu le film de Guillaume Nicloux, et autant admettre que ce n'est pas cette adaptation de Rivette qui m'incite à le faire. Formellement, le réalisateur a pris le parti du minimalisme radical, de la lenteur austère. Dans le premiers tiers du film, j'ai oscillé entre l'exaspération et un certain envoûtement. Puis ce que je redoutais est arrivé: je me suis finalement ennuyé comme rarement devant cette purge interminable, au rythme soporifique et où le cinéaste lui-même donne l'impression de s'intéresser assez peu à cette histoire pénible et bien trop engoncée dans l'époque qu'elle décrit (le milieu du XVIIIème siècle). Impossible de nier toutefois le talent et la conviction d'Anna Karina, qui tente vaillamment de sortir indemne de ce naufrage dont la réputation flatteuse me laisse perplexe.
 Kurosawa

674 abonnés 1 509 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 20 février 2015
Accroché au texte de Diderot telle une sangsue, Jacques Rivette signe une adaptation pantouflarde et d'un ennui abyssal. 2 h 15 devant un film où chaque minute en vaut dix: c'est long ! La mise en scène minimaliste d'abord intrigante se révèle finalement être une escroquerie, un dispositif verrouillé à triple tours, d'un formalisme désarmant et étouffant qui n'autorise aucune surprise. La seule raison de visionner cet objet (par ailleurs un excellent somnifère) est l'interprétation convaincante d'Anna Karina (même si Rivette la filme à peine). Une caricature de film d'auteur interminable et périmée, sans point de vue et donc sans intérêt.
QuelquesFilms.fr

353 abonnés 1 758 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 14 septembre 2013
D'abord censuré par le secrétaire d'État à l'information (écoutant les plaintes de religieuses et, dit-on, celles de la femme du général de Gaulle), puis interdit aux moins de 18 ans, ce film est sorti dans les salles françaises le 26 juillet 1967, soit plus d'un an après sa projection houleuse à Cannes. Grosse polémique (et donc gros succès), à la mesure du scandale provoqué par le livre de Diderot, écrit en... 1760. Sur deux siècles, les tabous socioreligieux et les forces de censure sont donc bien tenaces. L'écrivain-philosophe des Lumières a dû se retourner dans sa tombe...
Les contempteurs du film y ont vu une atteinte à la religion. Il n'en est rien. Ce sont les fondements de la vie monastique et le fonctionnement des institutions religieuses qui sont ici mis en cause. Diderot s'est inspiré d'un fait divers : le procès perdu d'une jeune femme qui réclamait contre ses voeux. Il a ensuite brodé et plus ou moins fantasmé autour de certaines pratiques (persécutions sadiques, amours saphiques...) dans les couvents, lieux secrets dont on ne savait finalement pas grand-chose à l'époque. Son but : s'insurger contre les sacrifices de liberté non volontaires, contre toute forme d'oppression sociale ou religieuse, tout abus de pouvoir. Et défendre la liberté de conscience. Au-delà de l'aspect romanesque, la dimension sulfureuse réside dans la présentation de l'innocence bafouée. Sans sombrer dans les orgies sadiennes, La Religieuse n'en est pas moins une illustration des infortunes de la vertu...
Jacques Rivette et Jean Gruault (coscénariste et dialoguiste) sont restés assez fidèles au texte, atténuant cependant l'ironie de Diderot, mais pas la cruauté (scènes finales rapides et cinglantes). Quant au traitement visuel, il s'avère classique, rigoureux, épuré. Un revirement étonnant de la part de l'un des précurseurs de la Nouvelle Vague (Paris nous appartient). Enfin, la force dramatique du film doit beaucoup à la performance d'Anna Karina, investie corps et âme dans son rôle.
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