Avec "Les Bronzés", Leconte et la troupe du Splendid se trouvaient en phase avec la réalité de l'époque, si bien que le film est un documentaire inénarrable de ce que fut alors l'homo vacancus, en même temps qu'une peinture réjouissante de beaufs étalant leur argent et leur mauvais goût, de snobinards allergiques aux bouseux et d'inclassables énergumènes ne parvenant à s'intégrer nulle part. Les gags s'enchaînent avec brio et le rythme ne se relâche à aucun moment. C'est un feu d'artifice de scènes mémorables menées à un train d'enfer par de jeunes acteurs talentueux qui, visiblement, s'amusent autant que nous. Il est vrai aussi que nous avions dans ces années-là un Président de la République qui se souciait beaucoup du bonheur des Français et que le club Med sut profiter à fond de cette formidable aubaine des séjours "clé en main", qui assuraient à ses gentils membres, grâce à la présence de gentils organisateurs, des semaines de rêve, au long de plages bordées de cocotiers, où leurs loisirs, leur habitat, leur couvert, leurs flirts, leurs souhaits, leurs phantasmes étaient aimablement satisfaits.
Le Club Med eut à en pâtir de cette parodie et dut réviser ses formules de vacances en les déclinant sur un mode plus raffiné, ajoutant au potage quelques ingrédients soft.
En conclusion, ce film aura été un triomphe et se voit rediffusé presque chaque année avec le même succès d'audience. C'est dire que la troupe et son cinéaste avaient visé juste. Les Français ont une qualité qu'il faut leur reconnaître : ils se plaisent à rire à leurs dépens. C'est bon signe. L'auto-critique est excellente pour la santé morale. Bien entendu, la tentation était grande de rééditer l'exploit. Il y eut, en effet l'année suivante Les Bronzés font du ski qui était encore de bonne facture, mais, hélas ! le dernier en date, ces bronzés number 3 fut un four, les miracles n'ont lieu qu'une fois...