A lire les critiques - élogieuses pour la plupart - concernant El de Luis Bunuel, on pourrait s'attendre à quelque chose de transcendant... Pourtant, il s'agit pour ma part d'un petit film sans caractère : pas désagréable à regarder certes, mais définitivement commun. On a la méchante impression d'avoir vu ce film des dizaines de fois ( la prévisibilité du montage est indiscutable : les fondus enchaînés pour annoncer les changements de séquence, ça commence à bien faire ! ), et l'on peine à discerner la moindre inspiration stylistique. Cela dit, El part d'un sujet intéressant : celui de la possession conjugale inhérente à la gente masculine. Hélas, Luis Bunuel ne parvient pas à mettre en valeur la jalousie maladive de son personnage principal, et par conséquent rien ne décolle ( nous sommes loin de l'incroyable Jake la Motta de Scorsese, qui reste selon moi indétrônable en la matière...). Au final, El est un petit film divertissant, quelconque et fort peu inspiré. Luis Bunuel a connu des jours meilleurs...
Bon film soigné sur la jalousie et sur le paraitre, avec des acteurs excellents. Je suis un peu déçu je m'attendais sur la fin à une petite pic caustique donc Bunuel à le secret mais il n'avait peut être pas toute la liberté voulue.
Une oeuvre relativement importante dans la carrière de Bunuel, qui continue ici à traiter avec un certain brio les pulsion shumains les plus violentes et malsaines. Mais cela est toujours avec une grande tenue, et au service d'un scénario bien écrit et bien construit, et porté par des acteurs fort convaincants. L'ensemble se révèle au final assez fascinant. A découvrir.
«El» (Mexique, 1952) fait parti de ces bons films mexicains dont Luis Bunuel avait le secret. Traitement typiquement bunuelien de la folie et de la jalousie, ce «El» perturbe de par la vraisemblance des situations et de létrange catharsis auquel on nous contraint. Tout comme Bunuel le fera pour «El rio y la muerte» (Mexique, 1954), la majorité de lhistoire est un flash back, nous narrant les tenants du drame. Tenants qui tirent leurs natures dune irrationalité conjuguée avec une logique de jalousie, autant dire un désastre que Bunuel agence parallèlement à la tension. Ce qui fait d«El» un film dramatique, cest la progressivité inéluctable de la folie envahissant Francesco. Cette folie jalouse est accentuée par les interprétations perverses de Francesco à propos de tous les agissements de sa femme, martyr de lhistoire, objet de lobsession possessionnelle. Un simple mot quelle échange avec un homme devient un affront pour son mari, une trahison même. Si Luis Bunuel met particulièrement laccent sur Francesco, ceci car le cinéaste a avoué y avoir mis du sien, cest davantage pour le personnage de sa femme quon prend pitié. Victime de limprobabilité des humeurs de son mari, de son lunatisme, on craint à tous instants les accès de folie de l'homme dampleur de plus en plus importants. Et cest cette crainte perpétuelle, comme dans un film de David Lynch, qui donne au film sa vigueur et son engouement. Enfin, il y est aussi question dhonneur, fruit dune étrange maïeutique, celle de la jalousie masculine. Cruelle révélation officieuse qui dans le cynisme bunuelien nous apparaît comme en son essence : dun pathétisme affligeant. En conclusion, «El» est un chef duvre mexicain de Luis Bunuel, un film sur le couple, sur lutilisation de lun par lautre, sur lessence hypocrite de lamour lorsque celui-ci est entaillé par la jalousie. A voir assurément en couple.
Excellent film de Bunuel dans lequel on trouve déjà ses centres d'intérêt principaux (fétichisme, machisme, anticléricalisme ..). La scène de la folie grandissante de Francisco, dans l'église, en fin de film est un véritable moment d'antologie.