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inspecteur morvandieu
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3,5
Publiée le 29 avril 2024
Indépendamment de la valeur intrinsèque du film d'Ozu, on ne peut pas ignorer le choc culturel que représente, à nos yeux, ce reflet de la société japonaise en 1953. Cet "exotisme" est inséparable de l'intérêt que procure le film. Tout en plans fixes (sauf un, dont j'ignore le sens), avec une caméra posée au sol pour capter les conversations de personnages le plus souvent agenouillés ou assis en tailleur, la réalisation, confinée pour l'essentiel dans les logements, semble vouloir en restituer l'exiguité. Car le manque de place n'est pas une idée en l'air dans le sujet d'Ozu. Il détermine pour une part l'accueil qui est fait par leurs enfants au vieux couple venu de son lointain village jusqu'à Tokyo pour les visiter. La relation courtoise et respectueuse entre ces modestes parents et leurs enfants ne perdra jamais de ce caractère policé, même quand les vieux époux comprendront avec amertume qu'ils sont un embarras pour leurs enfants, spoiler: à l'exception de leur belle-fille aimante, veuve d'un fils mort au combat (ce sera la seule réference à la guerre finie huit ans plus tôt). Le sujet d'Ozu évoque sans éclat ni acrimonie l'égoisme des enfants - jusqu'à l'indifférence des petits-enfants- et le sentiment d'inutilité, le sentiment d'être de trop qu'éprouvent leurs parents dans une sociéte qui avance sans avoir besoin d'eux. C'est le principal enseignement de ce film sensible, d'une très grande simplicité scénaristique -sans préjudice d'une discrète symbolique- et qui sait rendre attachants des personnages à la fois si proches et si éloignés de notre culture.
Souvent considéré comme l’un des plus grands films de tous les temps, Voyage à Tokyo (1953) raconte l’histoire d’un couple de retraités vivant dans une cité portuaire tranquille, et qui décide de passer quelques jours dans la capitale japonaise afin d’y retrouver ses enfants, qui s’y sont quasiment tous exilés. Mais loin des retrouvailles chaleureuses qu’ils imaginaient, leur arrivée va être perçue comme dérangeante par des enfants surmenés dans leurs occupations professionnelles et familiales. Après quelques jours, deux des enfants iront même jusqu’à se cotiser pour envoyer leurs parents dans une cité thermale située en dehors de Tokyo. Filmé avec une grande délicatesse, malgré la violence sourde du sujet, Voyage à Tokyo raconte les bouleversements sociaux d’une société nippone d’après guerre bouleversée par l’éclosion du modèle des grandes villes industrielles, et du déclassement de modèles perçus comme anciens. Un sens du cadre évident.
Qu'est-ce qui se passe dans ce film, cette histoire de la famille japonaise au début des années 60. Souvent Ozu traite de l'affrontement entre la tradition et l'occidentalisation. L'acculturation occidentale comme effacement d'une vie traditionnelle, avec ses traditions, ses étiquettes, ces codes. La famille qui est le pilier de la société n'est ici plus un piler. C'est ce que Ozu dénonce avec une simplicité déconcertante.
Passer quelques jours chez leurs enfants qui habitent la capitale, voilà le vœu de ce grand père japonais et de son épouse. Au début, tout semble parfait mais la suite devient un peu déprimante. Seulement la grande politesse et l'extrême pudeur japonaise masquent les sentiments réels. Le réalisateur Ozu filme en plans fixes, une famille de trois générations dans un monde où le temps libre est réduit tout comme l'espace d'habitation et où les adultes ont mille choses de mieux à faire que de consacrer du temps à leurs vieux parents. Parfois ce ne sont pas les enfants biologiques qui sont les plus attentionnés. Thèmes récurrents dans son œuvre, les difficultés de vivre ensemble, d'élever des enfants et le refuge dans l'ivresse pour arriver à dire ce que l'on a sur le cœur. Ce long métrage se déroule sans dramatisation excessive et comme si la caméra était une petite souris qui observe ce monde d'humains. Message généralisable à d'autres cultures humaines même si la manière d'extérioriser ses sentiments diffère d'un pays à l'autre. Une leçon d'humanité qui fait réfléchir sur les priorités de chacun.
Sorti en 1953, ce film de Yasujirô Ozu porte un regard sensible et poignant sur les relations entre des parents et leurs enfants. Dans une société nippone alors en pleine mutation, où modernité côtoie tradition, le réalisateur fait preuve d’une clairvoyance quasiment universelle pour illustrer cette chronique familiale. A l’aide de son habituelle mise en scène soignée, composée notamment de plans fixes cadrés au ras du sol, il dépeint l’amour, la bonté et l’égoïsme de ses personnages avec des émotions toujours véhiculées dans la retenue. On a quasiment l’impression d’appartenir à cette famille sans pouvoir déterminer quel serait notre rôle aujourd’hui (père, mère, fils ou fille). Bref, une œuvre extrêmement intelligente qui souffre néanmoins de quelques longueurs.
Le scénario est intéressant et aurait pu être filmé par Douglas Sirk (mais avec plus de flamboyance et plus de rythme) : un couple de retraités, Shikichi (Chishū RYŪ, 49 ans, acteur fétiche du réalisateur et dont c’est la 19e collaboration sur 26) et Tomi, vivant dans la ville littorale d’Onomichi (ile de Honshū) près d’Hiroshima avec leur plus jeune fille, Kyoko, célibataire et institutrice, rendent visite, en été, à leurs 3 enfants. spoiler: Le voyage s’avère décevant, découvrant que leurs enfants n’ont pas des situations exceptionnelles (Koichi, l’ainé, est médecin à Tokyo, Shige est coiffeuse, également à Tokyo tandis que le cadet, Keizo, est contremaitre dans une imprimerie à Osaka) et ont peu de temps à leur consacrer (d’où leur séjour forcé dans la cité balnéaire d’Atami). Seule Noriko, la veuve de leur fils, mort à la guerre, il y a 8 ans, leur manifeste de l’affection. Dommage que le film soit trop long (2h16) ; la scène de beuverie de Shikichi avec des amis aurait pu être écourtée. On y retrouve le style du cinéaste : plans fixes, caméra proche du sol (d’où la qualification de plan tatami), peu de plans rapprochés, ponctués de plans brefs de paysages, d’usines ou de poteaux, d’où un film lent, frisant l’ennui. Cela reste un bon documentaire sur le Japon d’après-guerre et ses transformations, notamment au niveau de la famille.
« Voyage à Tokyo » de Yasujirō Ozu (1953) dont c’est loin d’être le premier film mais qui va le consacrer, va contre l’idée que nous avons du respect des Asiatiques envers leurs aînés. Shukichi (Chishū Ryū) et sa femme Tomi (Chieko Higashiyama), habitent à Onomichi, une petite ville portuaire au sud-ouest du Japon, et ils entreprennent un dernier voyage pour rendre visite à leurs enfants qui habitent à plus de 800 km à Tokyo. Après les rituels de l’accueil, très rapidement le fils ainé (médecin de quartier) et une fille coiffeuse n’ont manifestement pas le temps de s’occuper de leurs parents. Finalement c’est leur bru, Noriko (Setsuko Hara), veuve de leur fils Shoji, qui s’occupera d’eux et leur fera visiter le Tokyo moderne. Les enfants proposent à leurs parents de passer quelques jours dans la station balnéaire de Atami mais celle-ci n’est nullement adaptée pour les personnes âgées. Shukichi et Tomi de revenir plus tôt que prévu : Shukichi – après une soirée de souvenir bien arrosé par le saké avec 2 anciens amis – ira dormir chez ami et Tomi chez sa belle-fille Noriko. Le couple déçu rentre chez lui et après un arrêt à Osaka où vit un autre de leurs fils. Mais Tomi aura un souci de santé. De retour dans leur maison, la situation médicale empire… et les enfants de faire – par convention ? – rapidement le voyage pour les funérailles (dont par pudeur le déclin et la mort ne sont pas montrés) et seule Noriko restera quelques temps avec son beau-père, Shukichi qui lui répétera qu’elle doit se remarier, son mari Shoji étant décédé à la guerre il y a déjà 8 ans ! Un film sans fioriture cinématographique avec des plans souvent fixes à hauteur de tatami d’une grande pureté et des dialogues succins… et surtout sans aucun heurt ! Un film mélancolique d’une grande finesse.
Un film contemplatif où le noir et blanc est très intense. Malgré ses lenteurs et ses moments de silence, le film est riche. Il dépeint tout une société japonaise d'après guerre et surtout son lien à la famille. On y remarque un certain stoïcisme voire même une conséquente insensibilité entre les membres de cette "société" qu'est la famille. Le respect mutuel semble la vertu maitre de leur rapport, sauf que celle-ci est d'une part poussée à l'extreme car elle empêche de réels contacts familiaux chaleureux. On ressent parfois une gène entre eux. Les retrouvailles après des années ne sont guerre plus joyeuses qu'après 1 semaines ou deux. Ce film nous montre aussi l'importance du travail et la dominance qu'il a sur tout le reste, le père et la mère paraissent comme des étrangers qui dérangent et s'imposent, et remerciants à tout va. Devant la mort ou l'alcool, les pensées et sentiments profonds sont ravivés pour certains et s'imposent un temps face à l'hypocrisie et les messes privées. La jeunesse lutte intérieurement face à cette vision des ainés mais est vite rattrapée par une réalité difficile à éviter. La BO, très lyrique, sublime les plans de paysages, tandis que la quasi-absence de plan rapproché attise la sensation de subjectivité et d'absence de sentiments puissants.
Une chronique familiale d’apparence simple mais tellement profonde et émouvante, à la photographie magnifique, mais dont l’ensemble souffre un peu de rythme.
Un chef-d'œuvre du cinéma japonais, datant de 1953, qui aurait été fortuitement découvert qu’en 1978 en France ! Le rater aurait été bien dommage. Ozu est moins connu que Kurosawa mais tout aussi immense, avec un talent démesuré pour filmer l’intime de l’être humain et tout particulièrement du natif nippon – c’est les Japonais qui le disent. En effet on est touché, sans aucun effet mélo, par la justesse du sujet, les rapports de génération, les dégâts du matérialisme, mais il est certain que certains aspects psychologiques nous échappent, nous Occidentaux déjà bien formatés par la vie moderne et la vie citadine. Et cette magnifique histoire qui n’en est pas une puisqu’en fait elle est la vie, celle ce chacun d’entre nous, cette émouvante histoire donc nous captive alors qu’il ne se passe rien ! Sinon une interprétation sans défaut épaulée par une science unique des cadrages et un art consommé du noir et blanc et des ombres. Un film dans lequel il faut se laisser dériver sans impatience et retenir toute la matière sur laquelle réfléchir pour soi-même et sa propre famille.
C'était mon premier film de ce réalisateur que j'ai découvert, et c'est une très bonne surprise. Je suis tombé en admiration face à la beauté des plans qui m'ont été proposés, presque chaque moment de ce film aurait pu être un tableau. J’ai été entièrement conquis par l'esthétique du film. Je pense qu'on peut parler de chef-d'oeuvre pour ce film sans exagérer. Alliant des problématiques autant familiales, que sur la vieillesse et la solitude, dans un japon post secondé guerre mondiale. Un thème qui encore aujourd'hui plus de cinquante ans après conserve tout son intérêt.
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0,5
Publiée le 13 août 2020
Voyage à Tokyo est un film très terne à tous les égards et sa réalisation statique ne rend pas justice à ce qui pourrait bien être des plans ravissants du Japon d'après-guerre. Le dialogue est l'un des plus clichés que j'aie jamais vu dans un film. Pire encore je pense que Voyage à Tokyo souffre d'un problème que présentent de nombreux blockbusters américains modernes. En tant que spectateur j'ai reçu le message haut et fort au moment où le vieux couple a quitté Tokyo mais tout après cela était superflu. Je ne pouvais pas croire combien de scènes supplémentaires suivaient. À part la belle-fille tous les enfants sont des gosses ingrats. Il est évident à quel point ils vont tous mal agir lorsque la mère meurt et le montrer n'est qu'une insulte à notre intelligence. Je voulais crier maintes et maintes fois. Un bon exemple de la redondance est juste à la fin : le plan d'un vieil homme qui a l'air seul : plan de la rivière : plan d'un vieil homme : la rivière : plan rapproché de la rivière. Je ne peux que penser que vous avez besoin d'une affinité beaucoup plus étroite avec la culture japonaise pour comprendre les subtilités de ce film...
Comme toujours une beauté formelle au service d'un film poignant où derrière les marques de déférence des enfants recevant leurs vieux parents pointe l'égoïsme et l'ingratitude.