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Un visiteur
2,5
Publiée le 21 octobre 2006
Ozu, les parents, les enfants, leurs rapports. Apres avoir vu Bonjour et Le Gout Du Saké on en redemande... et en fait, Voyage a Tokyo est plus lent, les rapports entre generations sont plus mechants aussi. Ozu est un grand maitre, il faut bien mettre une echelle sur sa filmographie impressionante toutefois.
Y a-t-il jamais eu de cinéaste plus pudique qu'Ozu? Grand observateur du choc des générations et des mutations culturelles du Japon de l'après-guerre, Ozu "resserre" tout à l'extrème. Pas d'effets spectaculaires, pas de symbolisme, nulle dramatisation, zéro pathos. La violence "douce" des rapports n'en est que plus terrible. Infiniment subtil et maginifique.
Un couple de sexagénaires vivant dans une petite ville de campagne se rend à Tokyo afin de rendre visite à leurs enfants. Seulement une fois sur places les dits enfants trop occupés par leurs propres vies voient larrivée de leurs parents comme un embarras La famille, thème principal et récurent dOzu, est ici dépeinte dans toute sa modernité et dans le délabrement qui en résulte. Chacun vit à distance les uns des autres, et les joies des retrouvailles ne durent que le temps dun souffle nostalgique avant que lappel des obligations personnelles ne se fasse ressentir. La profonde détresse que ressentent ces personnages vieillissant face à la froideur de leurs propres enfants est poignante, imprégnant chaque instant dune mélancolie douloureuse. Sans jamais user deffets grandiloquents, Ozu se contente de les filmer avec de longs plans densemble à hauteur de tatamis entrecoupés de plans rapprochés face caméra, laissant ainsi la place à lexpression du réel. Et cette réalité fait de plus en plus mal à mesure que grandit la solitude dans laquelle se retrouve relégué contre leur gré les deux seniors, finalement forcés de sen aller chercher chaleur ailleurs avant de sen retourner vers un chez eux quils ne retrouveront pas. Car la paisible demeure quils avaient quitté sest transformé en antichambre de la mort, où seul persiste la froide attente qui les sépare du moment fatidique. Ozu montre avec dureté comment les enfants, après avoir drainé et absorbé, puis rejeté, la vie de leurs parents, les poussent eux-mêmes vers la mort, les désincarnant de force dun monde qui ne veut plus deux. Terrible réalité fatalement promise à tout un chacun, où subsiste la rare lumière de quelques êtres moins égoïstes que les autres, mais finalement obligés de sen aller vers leur vie et de laisser les vieux aller vers leur mort.(+de critiques sur http://www.guillaumetauveron.com/Textes/chroniques_films.htm)
Un Voyage doit nous faire ressentir d'agréables sensations, nous éblouir, nous enchanter... Hélas ! il n'en est rien de tout cela: le Spectateur s'ennuie, s'endort malgré quelques jaillissements de joie...
« Voyage à Tokyo » est le premier film d'Ozu que j'ai vu, et à l'époque il m'avait laissé assez indifférent, voire m'avait un peu ennuyé. Je suis depuis devenu complètement accro au cinéma d'Ozu, et je n'ai pas été déçu par ce film en le revoyant. La mise en scène est toujours aussi soignée, le regard du cinéaste toujours aussi pudique et incisif à la fois. L'intrigue est peut-être encore plus ténue qu'à l'accoutumée, mais le film est toujours aussi riche d'enseignement sur les relations humaines. Je souhaite à tout ceux qui ne l'ont pas aimé de devenir un jour sensible à ce cinéma.