Dès les premières secondes, une voix off entame le récit d’un conte : l’histoire d’une bague retrouvée dans des filets de pêche. Puis surgit une image : celle d’un barrage, d’une modernité glaçante. Filmé de nuit, à distance, il évoque une forteresse millénaire tout droit sortie d’une légende. La caméra s’avance : on pénètre alors dans un espace suspendu entre passé et présent, nature et technologie, mythe et réalité. Nous sommes dans l’Himalaya, là où le lézard placide de la forêt partage son territoire avec les ouvriers du barrage, attablés au réfectoire. On apprend que le village de Lohari, le narrateur, disparaît progressivement sous les eaux du barrage. C’est précisément lorsque le passé se noie que les mythes refont surface, sous forme de voix. Vivant dans les vestiges de son village immergé, le dernier membre de la tribu des Jaunsari évoque une époque où la terre vibrait encore de magie. Il adresse son monologue à une femme qu’on devine absente, disparue — mais voilà qu’elle lui répond. Le trouble entre les temporalités s’épaissit, et le récit se déploie dans cet entre-deux, où mémoire et imaginaire s’entrelacent.