Picaresque, faussement bordélique, généreuse en mauvaise foi et politique à sa manière, cette comédie méditerranéenne du chaos est un concentré crissant, acidulé et savoureux de la société de son pays.
Cette fiction frondeuse, sensuelle, fine dans son humour caustique et délicate dans sa gravité, milite pour une seule cause : l’épanouissement des corps et des amours.
Dans « Caravane », Zuzana Kirchnerová déploie un regard puissamment troublant qui assume, brise les tabous et affronte les vérités trop souvent tues autour du handicap.
L’incommensurable beauté du site rocheux du plateau de l’Ennedi n’est pas pour rien dans cette réussite : elle donne à « Soumsoum, la nuit des astres » une amplitude fordienne remarquable.
Dans le rôle-titre, Jaafar Jackson, neveu du King of Pop, ressemble trop à son père, Jermaine ; il a beau reproduire à merveille la voix et les chorégraphies de tonton, subsiste l’impression de reluquer un imitateur de Chez Michou.
Comment filmer cette horreur sans tomber dans le piège de la démonstration appuyée ou de la commisération bien-pensante ? A cela, Akio Fujimoto répond avec une intelligence de mise en scène qui, sans atténuer la force émotionnelle de sa fiction hyperréaliste, seconde celle-ci d’une force à la fois tellurique et poétique. Entre mouvements de fuite éperdue et instants suspendus porteurs d’un espoir déjà nécrosé, il compose une déchirante élégie en mémoire de toutes les victimes.
Lourdement truffé de caméos (de Marina Foïs à Ragnar Le Breton), l’ensemble se révèle savoureux et souvent drôle, mais, sur la durée, bute sur sa propre vacuité.
Le récit est servi par quatre comédiens aux tempéraments magnifiquement changeants. En particulier Sébastien Chassagne (« Baise en ville ») bouleversant dans son rôle d’homme s’épanouissant et s’assumant dans sa déconstruction.
En dépit de quelques afféteries, cette incursion française de l’auteur espagnol de « Petra » diffuse sa puissance douloureuse, portée par un noir et blanc sublime et la grâce d’Aminthe Audiard et de Mélanie Thierry.
On retiendra l’idée des zombies connectés, celle des victimes clonées de tueries scolaires, pas celle du chat-centaure géant généré par l’IA. Comme semble l’être, à maints égards, ce mash-up pop d’emprunts tous azimuts, des « Femmes de Stepford » à « l’Armée des 12 singes ». Quel dommage !
Entre saillies drolatiques et ce sens de la tragédie que Gus Van Sant maîtrise toujours à la perfection, le cinéaste retrouvé d’« Elephant » cisèle une capsule spatio-temporelle qui dessine en creux notre époque peuplée de bourreaux obscènes et de Narcisses pathologiques.
Une bulle vintage, pleine de drôlerie et de tendresse, propre à faire voyager dans le temps les plus jeunes et à raviver l’album-photos de leurs (grands-)parents.