Proclamé « génie du cinéma italien » (et européen), Nanni Moretti partage avec Woody Allen le privilège de pouvoir raconter l’universel en ne parlant que de soi. (…) Mystère du génie qui sait se balader du singulier au général.
Un rien prévisible dans son déroulement, ce polar de la dernière chance, écrasé par le ciel bas du nord de l’Europe, se voit malgré tout emporté par une distribution aux tonalités multiples et complémentaires.
L’auteur de « la Maladie du sommeil » orchestre ici avec une tendresse corrosive un synergique mélange des genres qui alterne drame de la racisation ordinaire, délitement des sentiments et peinture ironique de la création cinématographique.
Un énième body horror sur la dépression post-partum d’une mère persuadée d’avoir enfanté un monstre. Maigre originalité : l’ancrage contemporain dans la forêt finlandaise et son folklore légendaire, source d’un mystère et de symboles éventés par une facture poussive.
Un étudiant vivant accroché à ses parapluies rencontre une jeune fille insaisissable. La disparition de celle-ci va pousser le jeune homme à briser sa chrysalide. L’autrice de « Tempura » confirme une écriture sensible dont la sophistication bride ici l’émotion.
Cette divergence d’ambitions est une source intarissable de situations cocasses où la débrouillardise de l’hyperactif Golo se heurte au lymphatisme débonnaire de son ami atteint d’un syndrome autistique.
Ce sentiment de déjà-vu artificiel s’amenuise à mesure que le drame se révèle, l’évanescente joliesse de façade illustrant, en fait, le regard des gamins, leurs espoirs d’évasion et les dernières lueurs d’optimisme du père face à la misère qui l’assaille.
La grande force du film de Martin Darondeau et de Bertrand Usclat tient au contraire au regard frais et décomplexé qu’il pose sur les arcanes du Français, jouant avec ses fétiches, ses petites habitudes et ses mythes supposés, dans la légèreté et le détachement qui conviennent à l’exercice.
Plutôt qu’à ses meilleurs films-concepts, ludiques et racés (« Inception », « Interstellar »), « l’Odyssée » appartient hélas à la catégorie des démonstrations drapées de grandiloquence qui cohabitent dans l’œuvre Nolanienne, mastodonte trop lourd, plombé par sa myriade d’intentions.
Campé par un Mads Mikkelsen lunaire, adepte de défenestrations impromptues, c’est lui qui mène la danse transformant ce fourre-tout inégal où se mêlent « tarantinade », communauté brindezingue, légendes vikings et traumas familiaux en touchante comédie d’éclopés.
Sur une trame largement autobiographique, l’auteur de « Samsara » signe une chronique malicieuse et trépidante sur la dévorante naissance d’une vocation.
Cette déambulation des corps et des sentiments prend des tonalités d’impromptu musical grâce à son élégante façon de composer l’intrigue au gré des interactions des personnages.
Dans cette quête qui déteint avec bonheur sur les aléas du destin, l’Allemande Valeska Grisebach sonde l’indicible comme personne et sculpte une formidable étude de caractère.
Heli et ses deux enfants périssent dans un accident de voiture. Avec ces morts se taisent à jamais les rires d’une famille dont les parents étaient clowns. En déstructurant la chronologie, le cinéaste parvient à jouer avec le pathos de cette histoire vraie sans (trop) y verser.