En revisitant La Reine des neiges, Lucile Hadžihalilović signe une fable sur l’emprise, où les motifs du conte débordent jusqu’à transformer la perception d’une adolescente en un cauchemar glacé.
La mise en scène nous y oblige : il est moins question ici de regarder l’hôpital que de regarder Drucker – et seulement Drucker – jouer à l’infirmière.
Si le film est inégal, reste un geste par endroits fulgurant, et une gageure de taille : comment filmer aujourd'hui, en tant qu'Israélien, la situation politique du pays ?
Renoir est un film qui paraît ne jamais vouloir creuser en profondeur les situations qu’il esquisse ; en cherchant à tout prix cette subtilité d’apparat, il cède surtout à une certaine facilité scénaristique.
Telle est la logique du film, qui lui donne son rythme heurté et sa force tragique : partir d’un élan, pour ensuite faire dériver la dynamique et la contrarier.
Comme toujours dans le cinéma d’horreur dédié à la transformation des corps, on cherche la métaphore. La finesse du film consiste à ne pas l’avoir voulue trop épaisse ou explicative, mais à la limiter au contraire à un phénomène purement intime.
Si le film est loin d’être parfait, ce qu’il tire de son dispositif réduit suffit à convaincre : on ne demande au fond pas beaucoup plus à une série B que de s’amuser à jouer, le sourire aux lèvres, avec ses propres règles.
Cette mise à nu paradoxalement pudique a quelque chose de bouleversant : le jeu de dupes manigancé par le cinéaste quelques semaines avant sa mort apparaît comme un prétexte pour déclarer son amour à l’un de ses acteurs fétiches.
Les arguments comiques du film, qui relèvent d’une sorte de burlesque inversé (non pas du « mécanique plaqué sur du vivant », mais du vivant plaqué sur du mécanique), nourrissent une fable politique d’une certaine richesse.
Le film noie son récit dans les eaux du mysticisme et du dédale quasi lynchien, ouvrant à une potentielle incertitude sur l’interprétation que l’on peut en tirer. Mais a-t-on seulement envie d’entrer dans le jeu de ce film faussement malin et piteusement mis en scène ?
La mise en abyme relève d'une logique de direction de spectateurs : on est enjoint à être aussi bouleversé que les personnages. Ça marche ? Presque, parce que les comédiennes donnent une épaisseur à cette propagation émotionnelle. Mais sous sa surface sensible, le film se révèle finalement aussi démonstratif que ceux de Gustav.
La mise en scène survole les séquences spectaculaires sans s’arrêter sur le fracas de la matière : ce qui frappe ou ce qui tache est toujours escamoté au profit d’une bonne vanne.