Si le récit perd parfois en fluidité en raison d’ellipses comme autant d’à-coups – le stigmate d’être une adaptation de roman, sans doute –, jamais Le Maître du Kabuki ne perd en intensité, en intérêt, en pouvoir de fascination. Voire en pouvoir de sidération.
Ce troisième volet ne captive finalement pas tant pour son impeccable structure et les rouages de son intrigue que pour ce qui les nourrit : les personnages, leurs émotions, les questions qui les animent, leur rapport au monde.
Outre le fait qu’elle se conclue paradoxalement sur un dernier plan mortifère assez désespérant, cette ode au cinéma ne célèbre finalement que la forme.
En s’intéressant à une partie de la vie de la comédienne et romancière Goliarda Sapienza, Mario Martone abuse de déambulations sans fin où se perd Valéria Golino. Et le spectateur.
Le film se contente de dialoguer avec le spectateur mais cet exercice de style dramaturgique et stylistique en oublie pour cela de lui raconter une histoire.
En plus du duo principal, dont les performances mémorables allient intensité dramatique et impressionnantes aptitudes physiques malgré leur âge avancé, le film bénéficie d’un jeune casting brillant et d’une mise en scène d’une précision chirurgicale.
Car le miracle du film, c’est bien d’avoir aussi finement écrit le personnage principal et omniprésente de Jeanne que celui de Suzanne, absente, dont le portrait se dessine à rebours, comme si Ambrosioni donnait la parole à celles qui n’en avaient plus.
Tout ça finit toutefois par vite tourner en rond puis frise le dérapage incontrôlé lorsque l’enquête de Lilian la mène vers des délires à la SCOOBY-DOO et des histoires de vies antérieures.
Ce genre de thrillers de caractère, rondement menés, incarnés avec sincérité, mis en scène avec goût ne sortaient plus en salles. Fêtons ça, donc.
La performance hallucinée de Jesse Plemons en taré pathétique et d’Emma Stone en femme d’affaires cynique font indéniablement le show. Mais c’est celle d’Aidan Delbis, kidnappeur malgré lui, qui rend le film si étrange.
Histoire d’une sororité lancée à 100 à l’heure sur la route de la revanche sociale, ce SILVER STAR surprend et prouve, si besoin était, que les petits budgets ne font pas des petits films, mais bien souvent des petits films au grand cœur et à la tête bien pleine.
Le film cède complètement aux sirènes des chalets dans les bois, des sorcières qui ne se lavent pas et des démons qui bavent, imagerie éculée qui ne provoque plus aucun effet. Dommage.
De ce « film de travail », où Léa Drucker remplit parfaitement son rôle d’actrice sociale, émanent de grandes questions, quasi civilisationnelles, notamment sur l’impunité dont bénéficient les forces de l’ordre ou les biais racistes de la justice.