Emma Stone retrouve Yorgos Lanthimos, le réalisateur dont elle est devenue l’égérie, pour une satire délirante dans laquelle une patronne de groupe pharmaceutique est enlevée par deux paumés voulant lui faire avouer qu’elle est une extraterrestre. Jubilatoire !
Soignant la musique, le cadre, les ambiances, les lumières, les couleurs (d’automne, superbes), Ruben Amar et Lola Bessi, réalisateurs français, dessinent une Amérique fantasmée, une Amérique un peu « pour de faux » elle aussi, avec des héroïnes manquant sans doute d’épaisseur derrière leur caractère bien trempé.
Très plaisant quand Jodie Foster, parfaite dans le registre de l’humour, se livre à ses investigations rocambolesques. Un peu moins quand, à force d’être remise en cause dans ses certitudes, elle se noie dans des images refoulées parfois fumeuses (son fils en milicien nazi !).
La forme adoptée par Agnieszka Holland semble se mettre au diapason de l’esprit supposé de l’auteur, non sans ironie d’ailleurs. Pourtant, on peut être emporté par cette œuvre débridée présentée lors de l’Arras Film Festival et littéralement habitée par la singulière performance du comédien Idan Weiss, sous le masque d’un Kafka énigmatique. Qui le reste en sortie de projection.
Par moments, on pourra s’agacer de dialogues très écrits, et de scènes déprimantes pesant parfois des tonnes, mais Éric Besnard tient quelque chose qu’il a l’avantage de ne pas lâcher : le chemin tortueux vers la lumière.
On sent que la réalisatrice éprouve beaucoup de tendresse pour cette mythomane inconsciente, en fait brisée par le chagrin. Point n’était besoin d’alourdir la barque avec des sous-intrigues peu crédibles (une émission du père de l’étudiante, vedette de la télé) et une propension inutile à la poussée lacrymale.
Au fil d’un récit à la ligne claire, au montage précis et sans effet de manche, Dominik Moll (La Nuit du 12) s’interroge sur le rapport de la Nation avec ses citoyens, sur le mépris de classe, la doctrine du maintien de l’ordre, le sens des images, la post-vérité. Surtout, il parvient à donner de la chair à une litanie de procès-verbaux. Vraiment passionnant.
Tout ceci donne un film parfois bancal, mais séduisant dans son approche et son énergie, comme si ses maladresses reflétaient celles de ces fausses héroïnes égarées cumulant la malchance, les mauvais choix et les erreurs grossières.
Plein de bonnes intentions mais trop d’inconstance dans cette comédie grand public dénonçant l’antisémitisme, qui voit un déserteur se glisser dans l’identité d’un Juif et prendre conscience que ça n’est peut-être pas si facile que ça, dans la France occupée.
Le réalisateur belge Joachim Lafosse s’inspire d’un épisode de son enfance pour raconter une semaine de vacances à la fois ensoleillées et anxieuses. Mais le récit, trop allusif, nous laisse au bord du chemin.
En résumé, Guillermo del Toro s’attache à l’échec du créateur et au désespoir de la créature. On en retient à l’évidence plusieurs séquences marquantes (le préambule notamment) et un final assez bouleversant. Sans doute l’adaptation la plus romantique de Frankenstein, qui écorne cependant la glaçante puissance allégorique du mythe.
Plutôt que dans son approche politique, c’est vraiment dans ce portrait de couple, et plus largement dans ses séquences familiales, que le film gagne son pari, porté par un duo de comédiens de grande classe.
Dans l’écriture, Jérôme Commandeur a un sens du dialogue qui fait mouche, avec cette gentillesse grinçante qui est sa marque de fabrique. D’archétypes attendus, il fait naître des personnages avec de la profondeur et accorde une belle place aux rôles secondaires. Le scénario, lui, s’empêtre quelque peu dans des situations répétitives et l’ensemble manque de réels moments d’émotion pour que ces retrouvailles nous mettent la larme à l’œil.
On n’imaginait pas se passionner pour cet inconnu. Stéphane Demoustier, réalisateur d’origine lilloise, cinéaste désormais reconnu (La Fille au Bracelet, Borgo), y a cru et ça se sent. Il ne réalise pas un précis d’architecture, mais la confrontation entre la vision d’un homme de l’art et les coulisses peu reluisantes du pouvoir.
Nous n’avons pas ressenti beaucoup d’empathie pour grand monde, même si les comédiens (Huppert et Lafitte en tête) s’en donnent à cœur joie. La politique, le sommet du pouvoir, les relations dangereuses ? Pas le sujet. Cette satire grinçante et amusante retient néanmoins l’attention par le milieu sans émotion qu’elle décrit.
Benjamin Voisin crève l’écran dans cette adaptation d’un monument littéraire dont François Ozon propose sa propre vision. Un récit tragique interrogeant l’absurdité de la condition humaine.
Mieux vaut néanmoins ne pas prendre tout ceci au sérieux. L’objet est décomplexé, très référencé, parfois nanardesque, gavé d’autodérision, de punchlines et de dialogues faisant parfois saigner des oreilles. Il n’en demeure pas moins très singulier et assez intrigant dans le paysage ciné français. Et finalement drôle, surtout si l’on se situe dans le cœur de cible.
La réalisatrice américaine signe l’une des plus grosses sorties Netflix de l’année, un thriller géopolitique asphyxiant autour d’un engrenage nucléaire mondial. Brillant et implacable.