Écrit, filmé et photographié avec raffinement, "Belles familles" file à toute allure sans jamais confondre énergie et précipitation, au fil d’une intrigue fertile en coups de théâtre.
Avec une remarquable économie de moyens et de dialogues, Benchetrit impulse de la fantaisie, et un soupçon d’émotion, à ces chocs de civilisations qui flirtent délicatement avec l’humour belge. Très joli film.
Derrière la caméra, rigoureusement posté, le Canadien Denis Villeneuve n’oublie jamais qu’il est le réalisateur d’"Incendies". À la fois film de guerre, polar noir, drame moral, tragédie existentielle, "Sicario" racle – sans que jamais le cinéaste n’exprime la moindre fascination à l’égard de la violence – le ventre de la Bête et les abîmes de lieux dont les limites ont été déplacées.
Procédant par petites touches, le récit égrène ici et là les barrières de la langue, les fossés générationnels, le racisme ordinaire, la condescendance. Prenant soin d’éviter de tomber dans les travers du film à thèse, sans jamais se répandre dans la bonne conscience de salon.
L’impossible deuil, l’absolue nécessité pour les protagonistes de se résigner à la perte et à l’absence, Kurosawa les filme avec une simplicité et un naturel déconcertants. Mise en scène décharnée. Photo dépigmentée. Nul effet. Sérénité à la Ozu.
Une comédie française réussie. Ni vulgaire ni mielleuse. Sans coulées de voix off et de piano ni flash-back, expurgée des vilains artifices dont les tâcherons nous abreuvent ad nauseam. C’est rare mais ça existe.
Olivier Gourmet, toujours parfait, toujours à l’affût quand il s’agit d’aborder des rivages nouveaux. Face à lui, Georgia Scalliet, droite dans les bottes d’un magnifique personnage sacrificiel.
À l’exception d’une poignée de séquences dues au jeune Alexis Mathieu, à Patrick D’Assumçao, à Gérard Barbonner, dans le rôle du voisin taciturne, frappant par leur justesse, tout sonne faux, jusqu’aux mielleuses chansons de Ray Lamontagne.
Les filles – rhabillées par Christian Dior et Paco Rabanne – sont radieuses. Les acteurs en rajoutent dans le registre de la parodie. Les dialogues rivalisent de fantaisie. Les seconds rôles ont de la gueule. Ça brille, ça pétille, ça fait un bien fou !
Photo, lumière, décors, costumes, rien n’est laissé au hasard ! Et Giannoli de signer une œuvre ambitieuse, tumultueuse et lumineuse qui eut certes gagné à être resserrée. Une fervente ode à la liberté d’expression, fertile en frissons et en émotions.
Niveau cinéma, Ayouch assure ferme, adoptant un filmage façon documentaire transcendé par le jeu réaliste d’acteurs parmi lesquels de vrais oiseaux de nuit saisis dans leur quotidien, crûment mais sans misérabilisme ni verset moralisateur.
Chloé Zhao porte un regard aimant sur ce monde en vase clos dont elle scrute les errances, les aliénations. Elle en arrache de tendres et cruels instants de vie. Plein les yeux, plein le cœur !
Un vrai bain de septième art ! Monstrueusement cinématographique. Opératique et allégorique. Insolite et excentrique. Drôle et cruel. Touchant mais pas pleurnichard. Si finement dialogué.
Comment faire un film d’intervention sociale quand on aspire à filmer des histoires merveilleuses ? Comment filmer des fables intemporelles quand on est engagé dans le présent ? Ben comme ça, m’sieur Gomes !
Moins glauque que par le passé, moins féru d’effets esthétisants, le prévisible réalisateur pose un regard compatissant sur ces damnés de la terre grâce auxquels s’apaisent les bonnes consciences. Pendant ce temps, "Dheepan" tourne à vide, pliant sous des kilos de dialogues soûlants, un humanisme de bon ton et des situations incohérentes.
La dualité de l’être, ses parts d’ombres, sont au cœur de cette œuvre renversante qui – comme tous les grands films noirs – ne parle que d’amour, que de désir, que d’obsession, que d’imposture, que de déliquescence, que de souffrance.
Au menu du cinquième volet de la seule franchise capable de rivaliser avec Bond et Bourne, quelques morceaux de bravoure pêchus. (...) Pour autant, rien de neuf à l’horizon, pas un soupçon de tension, nulle once de suspense, pas une ombre de frayeur au contact d’un méchant sans grande envergure.
Andréa Sedlackova ne manque pas de chien quand il s’agit de reconstituer le climat autoritariste et paranoïaque de l’époque, d’en imprégner ses acteurs affûtés. Elle se montre moins convaincante lorsqu’elle pilonne son récit de conventions sentimentales de roman de gare.