On pense à Rocky, à Stallone, mais Smashing Machine s’approche plutôt de Raging Bull, de De Niro en Jake LaMotta. Kerr est pareillement son jumeau noir, une idole fracassée.
Le noir et blanc est sophistiqué, mais empêche de fixer les vertiges de la chaleur et de la lumière, l’attention au ciel et aux étoiles de Meursault, qui courent tout au long des pages de Camus.
Le solide travail sur les jeux de proportions et de disproportions fait écran à un récit sans hauteur, que plombe une voix off qui égrène d’un ton pénétrant des considérations lénifiantes.
La cinématographie sophistiquée, souvent proche de l’affèterie, compose dans sa forme visuelle très travaillée un portrait de communauté avec grandeur, aux plans d’une grande beauté. Ce formalisme est tantôt écrasant, tantôt stupéfiant.
Les deux Jérémy, White et Strong, reforment le duo inséparable Springsteen/Landau, le chanteur et son manager. Une belle fraternité illumine la douloureuse et sombre ballade de Deliver Me From Nowhere.
Il est question d’une humanité qui n’a pas fini de converser avec ses fantômes et de craindre leur menace, la permanence de la barbarie parmi les tyrans et totalitarismes de notre temps
Il s’en dégage une énergie viscérale, servie par la performance intense d’Imogen Poots, qui paraît jetée à corps perdu dans l’incarnation de la romancière Lidia Yuknavitch, comme si elle mettait son âme à nu.
Avec de telles bases et avec des personnages secondaires marquants (notamment Louis Garrel en révolutionnaire troublant), on était convaincu que Chien 51 allait être à la hauteur de ses ambitions. Malheureusement, le film, tel Jean-Claude Dusse, n’arrive pas à conclure, et se casse la figure dans sa dernière partie.
Le trio Paul Kircher, Idir Azougli et Salif Cissé bouleverse. Tous trois sont touchants à pleurer, dans la justesse de chaque silence, dans la pudeur de chaque émotion retenue. Et quand la nuit retombe sur Saint-Dizier, ils laissent passer un peu de lumière : au milieu du vide, la vie, toujours, garde un peu d’éclat.
Didier Bourdon, rigide à souhait, campe un homme englué dans son machisme d’époque. Archétype du patriarche borné, il semble sorti tout droit du grenier des clichés. Face à lui, Elsa Zylberstein pétille, symbole d’une émancipation conquise à la sueur du sourire.
Pardonner ? Oublier ? Se venger ? Condamner ? Se faire justice soi-même ? Comment dépasser la haine accumulée, traiter le traumatisme, sans répondre à la violence par la violence ? Ce sont des questions que Jafar Panahi met en scène avec un humour aussi subtil que corrosif, fidèle à son souci d’injecter de la drôlerie là où tout semble interdire de sourire.