Manon Clavel donne une compréhension intime de cette femme qui survit au milieu du grand bordel de la vie. Elle lui donne corps, littéralement, en perpétuelle tension entre l’effondrement et la résistance.
Les bases de l’histoire de ce savant et chirurgien, marqué par les stigmates de drames vécus pendant son enfance, qui veut créer la vie à partir d’un assemblage de cadavres et d’électricité, sont plus que connues. Mais entre les mains de l’Américano-mexicain, cela donne un véritable opéra gothique.
Les chansons, souvent lestées de paroles plus accusatrices que libératrices, font glisser l’énergie de la dénonciation vers un ton parfois moralisateur. L’élan politique s’y dilue, et le message, au lieu de porter et s’ouvrir, se fige et s’alourdit.
Sergueï Loznitsa, grand formaliste, réduit le cadre à un format carré (4 par 3), serré comme un étau. Dans sa mise en scène virtuose - la gestion des espaces est admirable -, il trace la géométrie kafkaïenne d'un univers sans issue. Il n'y a pas de perspective; aucune ligne de fuite, pas d'échappée.
Le film épouse la logique du réconfort. Tout ce qui pourrait déranger est aussitôt absorbé par la bonhomie du ton qui est l’humeur de Jérôme Commandeur.
On pense à Rocky, à Stallone, mais Smashing Machine s’approche plutôt de Raging Bull, de De Niro en Jake LaMotta. Kerr est pareillement son jumeau noir, une idole fracassée.
Le noir et blanc est sophistiqué, mais empêche de fixer les vertiges de la chaleur et de la lumière, l’attention au ciel et aux étoiles de Meursault, qui courent tout au long des pages de Camus.
Le solide travail sur les jeux de proportions et de disproportions fait écran à un récit sans hauteur, que plombe une voix off qui égrène d’un ton pénétrant des considérations lénifiantes.
La cinématographie sophistiquée, souvent proche de l’affèterie, compose dans sa forme visuelle très travaillée un portrait de communauté avec grandeur, aux plans d’une grande beauté. Ce formalisme est tantôt écrasant, tantôt stupéfiant.
Les deux Jérémy, White et Strong, reforment le duo inséparable Springsteen/Landau, le chanteur et son manager. Une belle fraternité illumine la douloureuse et sombre ballade de Deliver Me From Nowhere.
Il est question d’une humanité qui n’a pas fini de converser avec ses fantômes et de craindre leur menace, la permanence de la barbarie parmi les tyrans et totalitarismes de notre temps