L’idée originale d’un far west, avec des personnages un peu rock’n’roll dans leur dialogue et leur dégaine, sonne plutôt rafraîchissante. Surtout si l’on accepte l’idée d’une série de fiction.
Les décors
Il y a les décors naturels arides, filmés sans trop de talent, mais qui donnent un côté far west à la série.
Les bâtiments historiques, comme les châteaux ou les cathédrales, reconvertis en décors de cinéma, ont du mal à masquer leur décrépitude, et cela fait tache quand il s’agit d’illustrer la demeure des riches et des puissants.
Heureusement, les CGI permettent de donner de la grandeur et de la profondeur aux grandes cités de la série.
Enfin le réel côtoie les décors fictifs. Oubliez les maisons à colombages ou les bâtisses en pierre avec toit de chaume. Ici, ce sont des huttes faites de branches et de broussailles : même les Gaulois, deux mille ans plus tôt, étaient de meilleurs architectes. On va dire que c’est pour accentuer l’effet de la sécheresse dans laquelle la France est plongée dans la série.
Peut-être y a-t-il un message : faire taire les nostalgiques qui disent que c’était mieux avant, ou illustrer nos futures conditions de vie avec le réchauffement climatique. Dans les deux cas, ça ne fonctionne pas et c’est tordu.
Les costumes
Ils sont sympas. Réalistes ou non, il y a eu un travail pour récupérer des costumes bien fichus. Dommage que le premier cadrage soit un gros plan sur des bottines de moto : ça casse un peu l’immersion.
La robe de la gentille princesse est ratée, en revanche. Les costumes restent cependant un bon moyen de se repérer si l’on perd le fil de l’histoire : en noir, les méchants ; en clair ou coloré, les gentils. C’est simple, basique.
La musique
Elle a su se faire oublier. Il y avait de la musique ?
Le générique
Lui, il est bien là ! Dix minutes de générique pour des épisodes de 45 minutes(générique inclus), pas mal non ?
Les dialogues
Gros point noir. On s’attend à une série rock’n’roll, mais en réalité c’est très convenu. Nero a droit à deux ou trois répliques fantaisistes, les autres se résument au sombre, au sérieux, au dépressif, mais rarement au compliqué, intelligent ou innovant.
Là où la série se perd, c’est dans le choix du vocabulaire : tous les personnages passent d’un langage soutenu simulant un français ancien à un langage moderne courant du XXIᵉ siècle.
On dirait que deux personnes ont travaillé sur les dialogues sans se concerter. Là aussi, l’immersion en prend un coup.
Les personnages
Les gentils
Le titre de la série est bien trouvé, car toute l’intrigue repose sur les épaules de Nero, le personnage central.
Premièrement, c’est le seul qui tient la promesse d’une atmosphère un peu punk et déjantée, comme dans la bande-annonce. Ensuite, il a le dos large, le Nero : après avoir sauvé tout le monde, il est systématiquement réduit à l’état de « bof » de service, ce qui permet aux personnages secondaires de lui faire la morale et donc d’avoir une légère consistance.
Dans le groupe restreint des gentils, il y a un moine : parfait cliché Disney du moine rondouillard entouré de jeunes enfants affamés. Forcément, au début, il est présenté comme un traître et dur avec les enfants. Tout du long, il ne sert à rien et n’a aucune compétence à mettre en avant.
Ensuite, il y a la fille de Nero. On nous la présente comme turbulente, mais durant toute la série, elle reste statique et sans vigueur. Ses seuls élans d’énergie servent à donner des leçons de morale. Cet état de léthargie peut s’expliquer par un événement au début de la saison, mais clairement, le personnage est sous-exploité.
Vient la princesse : comme elle sort de son château, elle ne connaît rien à rien, elle ne sait rien faire, son rôle se limite à avoir des exigences. On ne sait pas pourquoi les gens (qui ne la connaissent pas) la suivent comme un messie. Elle n’a aucune compassion, pas d’humour, pas un mot agréable ni particulièrement intelligent. Nero la sauve à chaque épisode sans aucune congratulation en retour. C’est elle la spécialiste des leçons de morale.
Enfin, le capitaine de la garde. Logiquement, il sait se battre, donc on le voit se battre avec les figurants au fond de l’écran : c’est sa seule compétence. Il a beau être l’ex-chef de la sécurité d’un grand seigneur véreux, il n’organise jamais rien, ne décide rien et ne commande pas. Pourtant, il est élu chef du groupe à l’unanimité moins une voix.
Vu son profil physique, difficile à ignorer dans les campagnes françaises du XVIᵉ siècle, il est étonnant qu’il ne génère pas à lui seul quelques péripéties. Quant à la façon dont il a atteint ce rang à la cour de son seigneur, elle mériterait à elle seule quelques épisodes.
Tous semblent avoir perdu leur âme, alors qu’ils passent leur temps à traiter Nero d’égoïste : c’est leur seule fonction dans la série. Et c’est finalement Nero, l’assassin professionnel, qui expose le plus ses émotions à l’écran.
Un grief malgré tout envers Nero : il est présenté comme le meilleur assassin de "tout l’Ouest" et montre de bonnes aptitudes au maniement des armes blanches, MAIS il n’élabore jamais de stratagème pour éliminer les gens autrement qu’en leur plantant une lame. C’est le personnage principal, et en faire un assassin « diversifié » aurait permis de varier les épisodes.
Ce n’est pas l’histoire principale qui vous tiendra en haleine. Il faut d’ailleurs attendre l’avant-dernier épisode de la saison pour avoir un semblant de rebondissement. Donc c'est bien dommage de ne pas avoir choisi de creuser l'histoire des personnages secondaires, quitte à faire des flash back, ou multiplier les aventures parallèles.
Les méchants
Ils sont un peu plus consistants et ont de la suite dans les idées. Ce sont eux qui font avancer l’intrigue.
Dommage qu’ils proviennent du bestiaire des méchants obligatoires actuels :
le méchant homme d’affaires prêt à tout pour le profit ;
l’Église catholique version hardcore, qui profite du peuple et le contraint pour imposer son dogme ;
l’Église catholique version soft qui contrôle les affaires du pays et manipule le pouvoir.
Ne cherchez pas plus loin.
L'univers
Pour flatter son public et se donner une légère légitimité historique, la série utilise des références totalement hors contexte :
La guerre entre deux factions de chrétiens entraînant des mutilations des mauvais croyants, avec pour point focal un lieu appelé Ségur. En gros, vous avez tous entendu parler des cathares ; on vous propose une sorte d’évocation totalement anachronique, histoire de rappeler les atrocités commises par le monde chrétien. Atrocités qui effectivement ont perdurées dans le XVIᵉ siècle, mais pas sous cette forme.
La série rajoute en toile de fond la disparition du druidisme, du chamanisme et de la sorcellerie à cause des chrétiens. Ils sont présentés avec un niveau d’avancement scientifique comparable à celui du Wakanda. La séri représente même les gens ne sachant même plus accoucher ou se nourrir. Spoiler alert : IRL, la population de la France passe de 12 millions d’habitants au XVe siècle à 20 millions au XVIIᵉ siècle. Mais comme on a tous entendu parler du moyen age, des famines et de son obscurantisme, on aura vite fait de faire le lien. Manque de bol la série se passe à la renaissance et la grande famine de cette période aura lieu un siècle plus tard à cause du froid.
L’histoire est donc censée se dérouler au tout début du XVIᵉ siècle, en France. Et c’est tout le problème : la production aurait dû s’affranchir de toute date et même de tout lieu. Cela leur aurait permis de créer leur monde imaginaire sans aucun problème. La liberté artistique aurait pu s’épanouir bien davantage.
Il manque également de diversité : à cette époque, on voyage beaucoup en Europe et les cours ne sont pas si homogènes. Si l’on considère en plus que l’histoire se déroule dans le sud de la France au XVIᵉ siècle, on aurait pu s’attendre à voir de lointains visiteurs faire leurs razzias traditionnelles dans les petits villages méditerranéens. D'ailleurs la série tente un plaidoyer sur la disparition des connaissances ancestrales, mais n'évoque jamais le monde gallo-romain et son évolution pour arriver à la situation démographique de la France du 16ème siècle.
Ne sont pas évoqué non plus les autres religions présentes en France à ce moment comme le judaïsme ou l'empreinte qu'aurait laissé les colons de l'empire omeyade.
Évidemment, si l’on a un message à transmettre, il est plus efficace de déconstruire l’histoire que de bâtir un univers de A à Z, le tampon « fiction » servant de passe-droit culturel.
Bref, cette série est une bonne idée de départ, mais réalisée de manière trop approximative sur trop d’aspects (peut-être tous), quand elle n’est pas trop corsetée par les messages sociétaux obligatoires du moment.