Après trois saisons de Monstre centrées sur les tueurs les plus connus et les plus marquants de l’histoire, cette fois-ci, on s’attaque pour la première fois à un cas féminin assez peu connu : celui de Lizzie Borden. Et à vrai dire, j’avais autant d’attentes que pour les saisons précédentes, voire encore plus, car il s’agissait cette fois d’une histoire qui m’était totalement inconnue.
J’attendais donc beaucoup de cette saison, avec l’espoir que Ryan Murphy parvienne une nouvelle fois à nous plonger comme avec les autres dans le portrait de Lizzie Borden une histoire qui a marqué une époque.
Mais malheureusement, cette saison a été une véritable déception, pour ma part, j'avais déjà en tête l'idée que prendre à nouveau le cas d’une personne liée au meurtre de ses parents était assez redondant par rapport à la saison sur les Menendez. Mais le plus incompréhensible et risqué, pour moi, était surtout le fait de prendre ici le cas d’une femme innocentée pour le meurtre en question de ses parents.
Pourquoi donc faire toute une histoire sur elle si, finalement, ce n’est pas le véritable « Monstre » auquel on croit, comme le dit le titre de la série ?
Ainsi quand j’ai commencé cette série, je m’attendais, comme pour les saisons précédentes, à ce qu’on suive un chemin précis : la vie de Lizzie, comprendre ce qui aurait pu l’amener à commettre ce meurtre et voir ce qui en découle avec le procès. Mais cette saison est complètement différente, car ici, il est en réalité impossible pour le spectateur de se mettre à la place du personnage, ni même de comprendre l’histoire elle-même, car tout a été pratiquement inventé.
Pour moi, Monstre est une série qui est censée nous montrer tous les aspects du tueur, représenter toute sa vie jusqu’à son acte irréparable et donc être la plus réaliste et représentative possible. Mais cette saison n’est qu’une fiction qui ne nous laisse finalement pas le choix d’aller voir à la place un documentaire sur Lizzie Borden.
C’est justement sur cette volonté de réinventer certains éléments de l’histoire que se trouve, pour moi, l’un des premiers problèmes de cette saison. Le premier élément fictif qui m’a particulièrement dérangé est
l’histoire d’amour inventée entre Lizzie et sa servante, qui n’a jamais été confirmée
. Et le plus dérangeant sur ce point, c’est que j’ai l’impression que la série ne se contente pas simplement d’ajouter cette relation à l’histoire, mais qu’elle en fait presque l’élément central du récit, comme si le meurtre lui-même reposait entièrement sur la relation entre ces deux personnages.
C’est à se demander si Ryan Murphy n’a pas voulu trop jouer sur l’aspect LGBT et féministe plutôt que sur l’aspect réaliste.
Ce que je veux dire, c’est qu’à la différence des autres saisons, ici, le personnage principal, Lizzie, n’est pas réellement analysé, sa personnalité et son caractère ne sont pas mis en avant, c'est comme si elle était presque inexistante et que la seule fois où le personnage est réellement présent, c’est quand
elle tue ses parents ou la voisine avec cette hache, en usant de toute sa haine
, mais part ça, quand on voit Lizzie, elle apparaît comme vide, inexpressive, sans aucune personnalité.
Car oui, quand on repense à Evan Peters dans le rôle de Jeffrey Dahmer, à Nicholas Chavez dans le rôle de Lyle ou à Charlie Hunnam dans le rôle d’Ed Gein, on retrouve un véritable jeu d’acteur, une réelle immersion dans le personnage.
On sent vraiment que chaque acteur a su s’approprier son personnage dans les moindres détails, que ce soit dans ses expressions faciales, sa voix ou son attitude. Quand on les regarde jouer, on croirait voir les tueurs eux-mêmes, alors qu’on ne les a jamais rencontrés.
Et ça, pour moi, c’est le but principal de cette série : savoir recréer l’histoire de ces tueurs et finalement arriver à se mettre dans leur peau pour comprendre toute la psychologie du tueur, voir ce qu’il se passe dans leur tête au moment où ils décident de passer à l’acte. Et tout cela, je ne le retrouve en aucun cas dans l’actrice qui joue Lizzie Borden, elle n'arrive pas pour moi à me faire ressentir les émotions attendus qui me donne envie d'enchaîner les épisodes sans attendre.
Par ailleurs, le fait de reprendre la plupart des acteurs de la saison Ed Gein n’est pas, pour moi, forcément une bonne idée. Même si Charlie Hunnam joue plutôt bien son rôle de père indigne et alcoolique, quand je vois son visage, je repense instinctivement à Ed Gein et à son interprétation si marquante dans la saison précédente.
Je pense que le problème ne vient pas directement de l’acteur, mais du fait que sa performance n’est pas aussi prenante dans ce nouveau rôle.
Hormis le mauvais choix des acteurs et du scénario, certaines scènes sont, pour moi, parfois surréalistes, voire farfelues, comme la scène
où les parents vomissent toute leur âme, comme si un tuyau d’arrosage sortait de leur bouche
.
C’était, pour moi, une scène de mauvais goût, assez mal faite, voire limite comique pour une série comme celle-ci, où les effets spéciaux auraient pu être pris plus au sérieux.
Mais ce passage n’est pas le plus gros problème de la série, en effet, j’ai l’impression que pendant pratiquement toute la série, il y a trop de passages où Lizzie et la servante se retrouvent dans des phases complètement lunaires, en dehors de la vie réelle, comme si elles se retrouvaient en transe avec leur délire de cerises et de colombes.
Ce que je veux dire plus sérieusement, c’est que ces moments entre les deux sont trop mis en avant, voire répétitifs, et qu’à force d’interrompre le récit principal, on ralentit simplement l’histoire et on crée un décalage trop important entre la réalité et l’illusion dans l’esprit de Lizzie.
Certains diront que la qualité des images et de la mise en scène est magnifique, que le jeu des couleurs est parfait ou que le choix des musiques est excellent. Oui, d’accord, la qualité de la mise en scène est toujours quelque chose de parfaitement maîtrisé et originalement réalisé par Ryan Murphy. Mais à part cela, ça n’empêche pas le fait que le scénario reste ralenti par des scènes trop fictives et surréalistes, de l’ordre presque de l’imaginaire, voire du romantique dans certains cas.
Par conséquent, en se consacrant seulement à ces deux personnages, on oublie tout le reste : que ce soit la vie difficile de Lizzie, ses parents ou même l’apparition de sa sœur, qui sont assez bâclés.
Même pour moi le passage à l'acte qu'aurait commis Lizzie
en tuant violemment ses parents à la hache
était assez surréaliste voir exagéré quand on sait que le véritable tueur n'a jamais été trouvé dans la vrai vie.
Cependant le seul point positif de cette scène aura été le très bon jeu visuel et sensorielle de meurtre à la hache du tueur qui donne presque l'impression d'y être.
Mais malheureusement d'autres défauts de la série reprennent le dessus, notamment un détail que je remarque de plus en plus avec Ryan Murphy : l’hypersexualisation de ses séries.
Encore un autre aspect inutile au scénario, où je ne sais combien de scènes de sexe ont été placées de droite à gauche, sans parler en plus
des objets sexuels qui n’ont rien à faire ici
.
C’est vraiment dommage pour une série qui avait tout son potentiel de voir autant de scènes de ce genre exagérées. C’est presque à croire qu’elles sont utilisées pour combler le vide du scénario.
Finalement, il ne reste qu’un aspect de la série que j’ai réellement apprécié : les histoires utilisées en dehors de celle de Lizzie pour servir d’exemple, comme la comtesse hongroise qui faisait des bains de sang de femmes vierges, ou encore Aileen Wuornos, une véritable tueuse en série, ici jouée extrêmement bien par la talentueuse et indétrônable Sarah Paulson.
Eh oui, je crois que les extraits les plus intéressants dans la série malgré les incohérences resteront ceux sur Aileen, parce que justement, tout ce que je cherchais dans cette saison, je l’ai uniquement retrouvé dans la performance de Sarah Paulson. Personnellement, tout y était : l’appropriation du personnage, l’émotion transmise et même le style des décors.
Plus je repense à ces passages, plus je me dis que Ryan Murphy aurait dû consacrer cette saison à Aileen Wuornos, car l’histoire en elle-même concerne une véritable femme tueuse en série mondialement connue et qui, par tout ce qu’elle a vécu, aurait été le choix parfait pour cette saison. Je pense qu’il y avait beaucoup plus à dire sur elle que sur Lizzie Borden.
Où peut-être que Ryan Murphy n’a tout simplement pas su exploiter comme il le fallait l’histoire de cette femme, au lieu de ça, il a fait le choix d’en faire une histoire fictive pour, au final, faire croire au spectateur que Lizzie aurait réellement tué ses parents malgré le fait qu’elle ait été innocentée. Comment embrouiller encore plus le spectateur ?
En réalité si je devais résumer cette saison, je dirais que le but principal était plus de recréer une histoire totalement fictive afin d’y intégrer des causes importantes comme la communauté LGBT, à travers
l’histoire homosexuel de Lizzie et de sa servante, ou encore le féminisme, à travers la dénonciation de ce que les femmes ont pu subir à différentes époques sous la domination des hommes, notamment les violences sexuelles, les viols et toutes les formes de violences auxquelles elles ont été confrontées, pour finalement mettre en avant leur émancipation et leur combat pour obtenir davantage de liberté et de droits.
C’est justement comme ça que se termine l’histoire, avec le droit de vote des femmes.
J’ai surtout eu le sentiment que la saison privilégiait son propos social et féministe au détriment de l’approche biographique et psychologique qui faisait, selon moi, l’intérêt des précédentes saisons
Finalement après cette saison catastrophique et des projets de moins en moins innovants, comme The Shard, je commence à me demander si Ryan Murphy ne devrait pas prendre du recul et revenir à ce qui était auparavant sa force : des projets qui, avant, le démarquaient dans le domaine de l’horreur, du bizarre, du malsain, du dérangeant, de l'émotion avec une originalité qui lui était propre.
Ryan Murphy ne manque certainement pas d’idées, mais j’ai aujourd’hui le sentiment qu’au fil des années, il perd progressivement ce qui faisait sa singularité.