L’excellente exposition médiatique de la plateforme Netflix passe indubitablement par Orange is the New Black, l’une de ses séries majeures, succès critique et public qui débuta en 2013. Nouveau petit rejeton tragi-comique de Jenji Kohan, la créatrice de Weeds, cette nouvelle série carcérale s’affiche sous toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, quelque part entre comédie, drame et curieux totem dévoué à la liberté d’expression, à la liberté sexuelle et de tous mœurs possibles et imaginables. Netflix frappe vite et fort avec treize épisodes d’une petite heure chacun, dans le sillage d’une nouvelle arrivante dans les cachots, plutôt accueillants, du pénitencier fédéral pour femmes de Litchfield. Nous découvrons donc notre compagne de cellule numéro un, Piper Chapman, lesbienne sur un coup de tête, fiancée au rêve judéo-américain incarné, tombant dans les filets de la justice pour des actes répréhensibles, mais pas trop, commis jadis. Entrée en enfer pour madame, dans une combinaison D.O.C. orange de rigueur. Nous découvrons avec elle son nouvel environnement mais surtout ces nouvelles compagnes de jeu, ramassis de bonnes femmes diablement variées et délicieusement incompatibles.
Sur un air mélodramatique qui ne prend jamais le pas sur l’humour, Jenji Kohan nous emmène partout où vont ces demoiselles particulières, nous faisant découvrir les personnalités de certaines via des flashbacks, et nous inventant à découvrir les petits drames et moments de gloire qui rythme cette vie derrière les barreaux. Légère, amusante, bavarde, la nouvelle série marque immédiatement les esprits, profitant du huis clos pour mieux dresser les portraits des intéressés, profitant du concept pour faire d’emblée ressortir les vices et qualités des personnages. Homosexualité de rigueur, panique suite à l’égarement d’un tournevis, conflits d’intérêt, manque de respect maladroit, tout y passe, tranquillement, offrant à chaque épisode une thématique en sous-main, offrant à chaque personnage son petit moment de gloire à lui tout-seul. Jamais, durant cette première saison, le ton ne monte, les scénaristes préférant l’amplitude à l’individualisme, en dépit du fait que la série suit le parcours d’un personnage principal clair, qui bien heureux soit-il, n’empiète qu’assez peu sur le temps d’apparition des autres protagonistes.
Parfaitement maîtrisée, la cadence est donnée et la série devient rapidement addictive. Le but est donc atteint avec une facilité déconcertante. Au terme du premier épisode, nous voilà déjà convaincu du plaisir certain que nous offrirons les 12 autres heures de visionnage. Là-dessus, tirons notre chapeau à la créatrice et à sa troupe. Pour autant, tout n’est pas rose bonbon au pays des prisonnières. Oui, quelques séquences apparaissent bien en déca de la moyenne, la série ronronnant tranquillement, assise sur ses lauriers, alors que parfois le rythme tend à faiblir. Convaincu du potentiel de son concept, Jenji Kohan manque parfois d’entrain en milieu de parcours, laissant quelque peu errer ses personnages dans un univers légèrement sous-exploité. Il faudra une résurgence de suspens, durant les trois derniers épisodes de la saison, pour que la série retrouve son souffle des débuts.
Impeccable malgré tout ce que l’on pourrait trouvé à redire, Orange is the New Black, littéralement Orange est la nouvelle mode, le truc à voir, s’en sort haut la main et confirme l’avènement d’un nouveau support inévitable pour les amateurs de séries. Netflix, en 13 petites heures, accumule les adhérents, rassure ses nouveaux abonnés et offre de très belles perspectives d’avenir. Excellente première saison. 16/20