Après deux saisons d'une qualité incroyable et plus d'un an d'attente, voilà donc la troisième (et peut-être dernière selon les dires de Noah Hawley) saison de "Fargo". Le scénariste et créateur de la série ayant également officié sur "Légion" cette année livre avec cette saison 3 la plus faible de la série. Non pas que le résultat soit mauvais, loin de là ! Mais dès le premier épisode, alors que la mécanique se met en place, on la sent un peu grippée. Les ressorts sont connus, plus visibles et certains personnages font écho à d'autres (le personnage de Gloria, femme policière intelligente comparé à ses collègues fait beaucoup penser à celui d'Allison Tolman dans la saison 1) tandis que certains fonctionnent tout simplement un peu moins bien à l'image des personnages (pourtant prometteurs) de frères que Ewan McGregor endosse avec un plaisir et un talent évident. L'univers est là, les losers sont là, la neige est là, les crimes sont là mais dans toute sa première partie, cette saison met du temps à se lancer, semblant hésitante voire répétitive en dépit de la qualité de la réalisation et de l'écriture. Les deux premières saisons étant tout simplement brillantes, difficile d'arriver à faire décoller celle-ci, tournant autour d'une intrigue intéressante mais qui sent tout bêtement un peu le déjà-vu. Si l'on peut tout de même arrêter de faire la fine bouche à la vue du troisième épisode qui vient lorgner du côté de "Barton Fink", le plaisir redevient total à la seconde moitié de la saison à partir du moment où le scénario devient plus imprévisible. Il en résulte des épisodes d'une sacrée qualité, à l'image du huitième, mi-course-poursuite dans les bois, mi-scène de bar dans un bowling tout droit sortie de "The Big Lebowski", mi-avancée dans le temps qui fait bouger le récit. Avec son sens de l'ironie et sa façon de jouer des tours à ses personnages et à leur destin, Noah Hawley met une fois de plus en place une toile criminelle qui finit par se regrouper avec, surtout, une superbe galerie de personnages incarnés par des talents. Si l'on regrette que le double rôle de Ewan McGregor ne soit pas plus original, l'acteur s'en sort admirablement bien avec de beaux moments tandis que Carrie Coon confirme son talent dans un rôle classique mais attachant. La réussite de la saison se trouve cependant une fois de plus dans les personnages secondaires : Mary Elizabeth Winstead y est impériale, Michael Stuhlbarg y apparaît plus perdu que jamais mais surtout il y a David Thewlis. Rejoignant les personnages de Lorne Malvo et Hanzee Dent, V.M. Vargas, superbement interprété par un David Thewlis plus retors et plus inspiré que jamais, est un méchant de premier ordre, évitant de se salir les mains mais se montrant sournois, diabolique et pervers dans sa façon de s'insinuer dans la vie des gens pour y distiller le chaos. Un casting tout à fait réjouissant au service d'une série magistrale qui n'a rien perdu de sa superbe en dépit de ses premiers épisodes laborieux, au service d'une histoire toujours aussi impitoyable.