Sous ses allures de Drama policier conventionnel se cache ici un savoureux phénomène télévisuelle qui renvoie instinctivement aux succès, d’une part de Twin Peaks, et d’autre part à True Detective. La petite communauté de Broadchruch est l’atout essentiel du show de Chris Chibnall, série britannique au format court de huit épisodes qui sonne comme un hommage à ses références mais aussi comme une bouffée d’air frais et exotique dans le paysage télévisuel dominé allègrement par les programmes américains. On le savait, les anglais ne sont pas en reste question cinéma. Il en va de même à la télévision. Quelque part assez proche des romans policiers nordiques qui pullulent avec un certain succès dans les librairies, la série propose d’amener le drame d’un meurtre non pas dans une métropole mais dans un village touristique de la côte britannique, là où tout le monde se côtoient, se croisent et tente de donner corps à un esprit communautaire salvateur. Le drame, pour autant, couve sous toute cette belle façade. La police sera alors amenée à résoudre une affaire qui ne pourra pas laisser la population indifférente.
Comme évoqué, le concept n’offre d’originalité que de très maigres arguments. Pourtant, l’esprit soudé de la communauté, l’excentricité des policiers, cette chape de plomb coulée sur un formidable florilège de secrets bien gardés, et qui se délite, amène à des révélations croustillantes. Au surplus, l’univers de ce petit bled de bord de mer, à la fois accueillant et crispant, pousse vivement à la curiosité. Si l’intrigue première est bien évidemment de savoir qui a assassiné le jeune Danny, le rôle de chacun dans le drame qui traumatise la région s’avère pourtant déterminant. Aux forces de police s’additionnent les médias, soit le journal local et une journaliste externe, un prêtre, une tenancière d’hôtel, un facteur, un vieil homme mystérieux, une femme qui ne l’est pas moins. Bref, la brochette adéquate pour monter de toute pièce un récit policier captivant, du moins très mystérieux, ou les premiers rôles, le tandem David Tennant et Olivia Coleman, n’en sortiront pas indemnes.
A l’image des shows policiers modernes, du moins en référence au travail de Pizzolatto sur True Detective, les protagonistes principaux possèdent l’indéniable caractéristique d’être troubles, de posséder du moins une mystérieuse et sombre histoire préalablement à leur incursion dans l’intrigue. Le personnage de David Tennant, dont l’histoire constitue l’une des intrigues de cette première saison, est primordial dans ce procédé. Opposer un mystère à un autre constitue dès lors une pratique usuelle pour tout scénariste surfant sur la vague actuelle, soit une certaine manière de démontrer que son script s’adapte aux normes d’aujourd’hui, ce qui n’est pas un mal. En somme, quand bien même Broadchurch pourrait être taxée de dépassée, du moins de série conventionnelle, son format et sa superbe immersion en font pourtant une série parfaitement adaptée à son époque contemporaine. Comme nette plus-value, soulignons que la géographie du tournage prend une part indéniable dans la réussite du show, prenant la forme d’un exotisme et d’un bien-être curieux.
Voilà donc une série policière captivante venue tout droit des îles britanniques, peuplées de petits génie à la plume tranchante. Chris Chibnall démontre un vrai talent dramatique, notamment lorsqu’il parvient à parfaitement clore cette première saison par le biais d’un certain nombre de séquences éprouvantes, au moins émouvantes. S’attaquer à la mort d’un enfant, né et ayant grandi au sein d’une communauté d’apparence soudée n’est pas un exercice aisé. Les acteurs se devaient d’être parfaits lorsqu’ils exprimaient leurs émotions, le pari réussi par le Showrunner. On attend maintenant, impatients, de retrouver Broadchurch et sa ravissante plage surplombée d’austères falaises pour la suite des évènements. Sans être révolutionnaire, en dépit d’une réalisation léchée, la série est réjouissante et promet quelques belles révélations futures. 16/20