"You make it sound more like a battle, mother, than a marriage."
Adaptant les romans The White Queen, The Red Queen et The Kingmaker's Daughter de l'historienne et écrivaine Philippa Gregory, Emma Frost narre les parcours de trois femmes durant la Guerre des Deux-Roses qui ravagea l'Angleterre à la fin du Moyen-Âge.
Le premier épisode, réalisé ainsi que les deux suivants de façon so BBC par James Kent, plus habitué des films et séries documentaires, alterne la romance à l'eau de rose (blanche en l'occurrence) et le principe de réalité. Il faut ainsi attendre le troisième épisode pour qu'un peu plus de profondeur gagne les personnages, à la faveur des intrigues de cour et des inévitables trahisons. C'est également la partie relatant l'ascension, d'Elisabeth et d'Edouard IV.
Les trois épisodes suivants sont signés Jamie Payne, vétéran de la télévision aux succès salués par le public et la critique, et la série y gagne en profondeur de champ et en contraste autant que le scénario s'ancre dans la partie plus sombre de l'histoire, plus politique. On pourrait parler de période de la maturité, l'approfondissement et la stagnation du pouvoir.
Les quatre derniers épisodes sont réalisés par Colin Teague, peu connu du grand public. Cette dernière partie clôture un cycle bien connu des historien·nes, en forme de triptyque, par le déclin et le renouveau. La série gagne ainsi, au fils des épisodes, en intensité dramatique à défaut de souffle épique mais surtout en victoires au goût amer, précédant la chute et le regret. Le talent du réalisateur est de concilier ses deux prédecesseurs à travers une image tantôt classique, tantôt plus mouvementée mais manquant de tension.
Dans une distribution assez fournie en personnages bien typés, il faudra pointer le talent de la trop méconnue Amanda Hale (Lady Margaret Beaufort/The Red Queen), comédienne de théâtre et de radio, déjà particulièrement émouvante dans la série Ripper Street (Richard Warlow, 2012-2016) et l'interprétation convaincante de Rebecca Fergusson (Elisabeth Woodville/The White Queen) pour ses premiers pas hors Suède et avant qu'elle ne tienne des rôles phares dans la licence Mission : Impossible (Christopher McQuarrie, 2015, 2018, 2023) et dans la duologie Dune (Denis Villeneuve, 2021, 2024). Face à elles, on notera la présence d'acteurices vu·es dans de nombreuses autres séries à succès, tel·les que James Frain/Lord Warwick the Kingmaker (Thomas Cromwell dans les Tudors, Michael Hirst, 2007-2010) ou Faye Marsay/Anne Neville, sa fille (The Waif dans Game of Thrones, David Benioff, . Weiss, 2011-2019 et Vel Sartha dans Andor, Tony Gilroy, 2022-2025).
Le plus intéressant dans cette série, est le multiple regard féminin, de la romancière, de l'adaptatrice et des actrices, sans compter les personnages centraux, principalement féminins, même s'ils voguent au gré des caprices des hommes. Si on ne peut parler d'une oeuvre résolument féministe, que du contraire tant l'accent est porté sur la maternité et les luttes d'influence, The White Queen n'en demeure pas moins une affaire de femmes. Regrettons cependant l'absence de réalisatrices derrière la caméra, le regard porté sur les héroïnes ajoutant encore aux clichés historiques (non dénués de fondement, soyons juste).
Au second plan, la série pose, de manière assez intelligente et sans jugement anachronique, la question de la loyauté dans un Moyen-Âge finissant en raison même des absurdités engendrées par une féodalité qui mettait en exergue cette valeur surfaite, frisant parfois la schizophrénie (comme le résume bien Isabelle Neville à son père dans l'épisode 5). On pourra aussi souligner un parallèle entre une Reine blanche initiée par sa mère à la sorcellerie et une Reine rouge se réfugiant dans une piété fanatique, toutes deux persuadées d'infléchir par leurs croyances le cours des événements, ce qui, d'une certaine manière, n'est pas complètement inexact au regard de la folie paranoïaque qui s'empare de certains personnages sur fond de rumeurs, et à la plus subtile des manipulations qui fait qu'on finirait par se prendre au jeu, prouesse narrative.
Enfin, face au grand nombre de séries s'inspirant de l'Histoire, il faut impérativement pointer la relative propreté de celle-ci, tant au niveau de la véracité des faits que de la neutralité, sans aucun doute la patte de Philippa Gregory, historienne tout autant qu'écrivaine, mélangeant faits et rumeurs de manière assez objective, allant jusqu'à réhabiliter quelque peu le personnage de Richard III, rendu sulfureux par Shakespeare et malgré l'imbroglio concernant les enfants de la Tour, un léger décalage pour l'année du décès de l'héritier de Richard III ainsi que pour la bataille de Bosworth, censée se dérouler au mois d'août et non en plein hiver.
En résumé, il faut dépasser le premier épisode pour rentrer corps et âme dans une fresque historique de haute tenue, d'un point de vue très globalement féminin et plus que nécessaire.
"We do not need men. They are all traitors."