"Work hard. Be happy. Enjoy your life in Wayward Pines."
S'inspirant ouvertement de mythes aussi anciens que la Caverne de Platon ou l'Utopie de Thomas More, tout autant que d'oeuvres plus récentes comme Pleasantville (Gary Ross, 1998), The Truman Show (1998 aussi) ou, évidemment, la série Le Prisonnier (George Markstein, Patrick McGoohan, 1967-1968), Wayward Pines est co-écrite par l'auteur de la trilogie éponyme, Blake Crouch, et Chad Hodge, auxquels se sont joints pour quelques épisodes, les frères Duffer, futurs créateurs de Stranger Things. A la production exécutive, ainsi qu'à la réalisation du pilote, on retrouve M. Night Shyamalan. En résumé, du beau monde et des références de marques pour un huis clos fantastique au lourd climat paranoïde.
Ce qui frappe d'entrée, c'est le manque de contextualisation, les éléments d'explication se laissant deviner au fil de la progression du personnage principal, sur le fil du rasoir entre complot et schizophrénie, chaque épisode apportant de nouvelles pièces au puzzle. Au fil de la narration, assez sobre, l'histoire change de ton pour aboutir à une réflexion politique, en mode survivaliste, pas inintéressante, ce qui est assez rare pour une oeuvre états-unienne.
La seconde saison poursuit sur le même thème, plus conventionnel, plus convenu surtout, de la dystopie. Dans cet esprit, on navigue entre The Walking Dead (Frank Darabont, 2010-2022), Le Nouveau Monde (Terrence Malick, 2005) et The Handmaid's Tale/La Servante Ecarlate (roman écrit par Margaret Atwood, 1985), le tout saupoudré d'une référence assumée à l'Allemagne nazie (en ce compris les uniformes à la Hugo Boss et la mèche sur le côté) et un clin d'oeil à Alien : Covenant (Ridley Scott, 2017), dans le 7ème épisode, qui donne lieu à des moments de lyrisme intelligent et bienvenu. Tout comme dans la première saison, le scénario de la seconde change à la moitié, ici pour quelque chose de plus profond.
Au niveau de la distribution, on retrouve en première saison un Matt Dillon plutôt convaincant dans le rôle du mâle type, éternel rebelle depuis les années '80, et une Juliette Lewis qui n'a rien perdu de son éclat décalé malgré une longue traversée du désert. D'autres interprètes moins connu·es complètent le casting, visages entrevus ici ou là comme Toby Jones ou Carla Gugino, mais c'est véritablement la prestation exceptionnelle de Melissa Leo qu'il faut mettre en avant, toute en mystère menaçant, voix rauque et phrasé lent. En comparaison, on pourrait presque regretter que le jeu des autres acteurices ne soit pas de la même qualité. En seconde saison, c'est Jason Patric qui reprend le rôle du héros incrédule, d'abord, beaucoup plus pondéré. Le casting compte aussi l'excellent Djimon Hounsou, la trop rare Kacey Rohl et quelques interprètes de la première saison dont le larmoyant Tom Stevens et l'agaçante Hope Davis, ainsi que de nouveaux visages. L'ensemble est assez correct, sans plus, porté par des dialogues assez plats et répétitifs (comme souvent pour un public cible états-unien, sans doute peu équipé pour comprendre une intrigue du premier coup).
La narration, angoissante dans la première saison, plus mécanique dans la seconde, avec un rien d'humour rare, tient en haleine par les multiples incidents qui ne manquent pas de survenir, grains de sable parfois géants dans une mécanique où tout est censé bien se passer... en théorie. La réalisation est efficace, notamment les gros plans décentrés, mais globalement assez classique avec quelques faiblesses au niveau des rares scènes d'action impliquant les abbies.
En résumé, Wayward Pines n'est pas la meilleure série dystopique qui soit mais, coupée en quatre segments répartis en deux saisons, elle parvient à balayer proprement une thématique large et sans temps mort et, cerise sur le gâteau, invite à quelques réflexions profondes.
"It's not me, it's this town."