"You can only run away and join the circus if the circus wants you."
Avec une tête d'affiche réputée, Clive Owen, une réalisation confirmée, Steven Soderbergh, la série créée par le duo Jack Amiel/Michael Begler pourrait faire partie de l'innombrable profusion de séries se déroulant en milieu hospitalier si ce n'est que l'action prend place en 1900, dans un New York rêvant de progrès mais encore à la traîne en terme de sciences et de modernité par rapport à la vieille Europe et toujours empreinte des préjugés raciaux qui avaient déclenché la guerre civile, quelques décennies plus tôt.
Hélas, comme souvent, la recherche de péripéties secondaires largement orientées autour de romances prévisibles vient plomber la rythmique alors que l'époque seule en propose bien d'autres bien plus passionnantes. Même si quelques faits historiques sont exploités, un rien transformés, une ratonnade un rien exagérée, l'affaire Typhoïd Mary, l'invention de la péridurale, c'est beaucoup trop peu pour ne pas penser que le choix de la période sert de prétexte à l'originalité pour repeindre des intrigues délavées à force d'avoir été utilisées. La seconde saison, d'ailleurs, enfonce encore plus cette impression qui ôte tout intérêt original réel, a fortiori avec des intrigues minimes qui finissent en paradoxes narratifs.
On notera malgré tout quelques personnages hauts en couleurs, parfois à la limite du méprisable mais qui portent leur capital de sagesse populaire (l'ambulancier Tom Cleary) ou d'autres réellement originaux et attachants (Soeur Harriet). L'interprétation, parfois caricaturale mais attachante, permet d'asseoir les caractères de manière catégorique, comme souvent dans les séries. Il y a malgré tout peu de nuances et beaucoup de radicalité.
La réalisation ne souffre quant à elle que peu de critique : c'est enlevé, recherché, énergique, parfois pas très éloigné du style danois (qu'on pense à la série Riget/L'Hôpital et ses Fantômes de Lars von Trier, 1994-2022).
Au final, une reconstitution minutieuse, une musique originale (Cliff Martinez, membre fondateur des Red Hot et fidèle de la première heure de Steven Soderbergh), une réalisation imparable, quelques moments d'humour noir, une interprétation sympathique et un final à la Cronenberg sauvent cette série moyenne de l'anonymat. Pas indépassable mais tout à fait regardable.