Une demi-étoile pour équilibrer la notation globale, très excessive dans la louange, de cette série B.
Pourtant les deux premières saisons créent un effet de surprise et mériteraient une bonne notation : elles peuvent constituer un quasi-documentaire sur la mafia de Naples,
son ultraviolence, l'absence totale de règles internes, les jeunes générations prêtes à buter pour un quignon de pain, etc
. La bande son est excellente avec du rap de qualité qui arrive à point nommé.
Profitez en, il n'y en aura plus beaucoup ensuite
. À bien y regarder, les premiers défauts sont déjà là. Les décors, même supposés luxueux, sont immondes
et quand ils sont trash, ont dirait que la même cage d'escalier, la même galerie grillagée extérieure et le même hangar ont servi pour toute la série.
Les clans s'exterminent mutuellement dans une ville-fantôme
: les rues sont presque toujours désertes. Où sont les Napolitains ?
Quant aux médias et à la police, il ne faut pas y compter. Si l'on excepte l'arrestation de Sevastano père, il n'y a jamais un flic pour intervenir soit en flagrant délit, soit dans le cadre d'une enquête. Il faut réinventer l'Italie pour imaginer une police aussi absente
.
Les choses se gâtent franchement dans la saison 3. Le scénario ne sait plus où il va. Les dialogues, bien qu'insipides, sont beaucoup trop longs et du fait du fléchissement de l'intrigue, le jeu très pauvre des acteurs devient impossible à manquer. Geno bras ballants, dos cambré, le nez au vent, serrant les dents et respirant fort par le nez pour se contrôler et Ciro, tête baissée, regard en coin, l'air vaguement menaçant. Une fois que vous avez remarqué leurs trucs de (mauvais) comédiens, c'est fichu, vous ne verrez plus qu'eux jusqu'à la fin, car les expressions de leurs visages ne sont pas très variées.
Les saisons 4 et 5 reprennent un peu le dessus, mais faiblement, puisque le seul véritable moteur de la série réside dans la surenchère de la violence. Avec une incohérence magistrale au passage :
les gangs comme les chefs sont massacrés un à un et jusqu'au dernier saison après saison, mais il y en a toujours de nouveaux qui apparaissent (y compris de vieux mafieux) qu'on n'avait pas vus jusque-là. Ce n'est plus une série sur la mafia, c'est The walking Dead. Plus on en tue, plus ils ont l'air de sortir de terre
. D'autres que moi ont fait remarquer l'absurdité des relations de Geno et Ciro :
la relation d'amour/haine est un bon ressort tragique, mais sans la moindre psychologie et avec des revirements brutaux,
c'est du grand n'importe quoi. Dans le n'importe quoi justement, il faut signaler
1) a mort d'une balle en plein coeur de Ciro dont le cadavre est jeté au fond de la mer, mort suivie, sans la moindre explication, de sa résurrection ; 2) le final de la série avec des types qui tirent d'on ne sait où ni pourquoi, ça n'a ni queue ni tête. Enfin, il faut attendre la saison 3 pour voir surgir un procureur, quelques flics et trois journalistes.
Malgré tout, mention spéciale au coiffeur sur l'ensemble des cinq saisons : à aucun moment ces criminels-hipsters ne sortent sans être rasés au sabot n°2 ni impeccablement peignés. C'est le seul détail vraiment soigné de cette série digne au final d'un mauvais téléfilm.