Un vaisseau spatial militaire victime d'une attaque par un ennemi mystérieux, un vaisseau commercial indépendant dérouté, un policier aux prises avec la criminalité ordinaire de sa ville-astéroïde, une diplomate terrienne bienveillante mais non moins retorse et redoutable ... voici les éléments par lesquels vous serez happés en début de série.
Cette série parvient à créer un univers spatial sans avoir recours aux oripeaux fantastiques qui sous-tendent souvent les super-productions du genre du genre SF (téléportation ou hyper-vitesse, créatures aliens, humains augmentés, civilisations multiples, ... ). Restreinte ainsi au système solaire, la série intègre des éléments de géopolitique et de polar. Sans être parfaitement réaliste sur le plan scientifique, la série ouvre une perspective intéressante pour tous ceux qui n'ont jamais côtoyé ce sous-genre de SF dénommé "Hard-SF" : envisager ce que serait une humanité qui aurait colonisé Mars et certaines lunes de Jupiter, tout en exploitant les minerais de la ceinture de Kuiper, imaginer les nouveaux rapports de forces qui s'installeraient dans une grande civilisation supra-terrienne, découvrir une technologie futuriste plus vraisemblable.
Il faut souligner également le bon travail graphique pour une série dont le budget à la minute de vidéo pâlit forcément en comparaison des centaines de millions de certaines productions cinématographiques : pas de fausse note, les décors, costumes et effets spéciaux sont plutôt convaincants et permettent de s'immerger facilement dans l'atmosphère voulue par les créateurs de la série. Les quelques plans larges montrent le gigantisme qu'est l'espace interplanétaire, mais n’empêchent pas la réalisation d'assumer paradoxalement le côté souvent confiné de la série : ce confinement est aussi celui de la vie dans un vaisseau spatial ou dans un astéroïde.
Le mystère autour des potentielles machinations politiques secrètes, développé autour de l'énigme du prologue de l'épisode, se retrouve quasiment résolu en fin de saison 1, sans qu'aucun nouvel élément scénaristique ne permettent réellement de prolonger le suspense. Le plaisir de la découverte des jeux de pouvoirs géopolitiques et les enjeux sociaux de ces nouvelles sociétés futuristes n'est lui non plus pas prolongé : ces enjeux restent évoqués superficiellement, sans développement profond ni évolution, dans un calque de ce que sont les enjeux politiques et sociaux de notre présent et sans fournir une critique originale de notre société actuelle.
Le scénario agace de bout en bout par sa facilité. Il se contente d'inverser les rapports de force de temps en temps dans un aller-retour sans fin entre les trois factions à l’œuvre (Mars, Terre, Ceinturiens). Sans apport de nouveauté ni approfondissement, la géopolitique et le social se révèlent rapidement n'être qu'un pale décor figé qui n'a servi qu'à crédibiliser l'univers créé. Ce même scénario n'offre pas non plus de personnage fort et attachant, restant tout aussi superficiel quand il s'agit de dépeindre les caractères. Il y a des gentils qui font parfois des erreurs et doivent prendre des décisions difficiles, et puis il y a les méchants qui ne pensent pas forcément à mal mais sont aveuglés par leurs objectifs. Ça ne va pas plus loin. Enfin, le scénario recourt à des coïncidences et incongruités scénaristiques franchement invraisemblables et pas vraiment spectaculaires pour justifier que l'intrigue, et le destin de tout le système solaire, continue de tourner toujours autour des mêmes 6 personnages, dont 5 sont à la base insignifiants.
Rapidement dépouillée de son suspense, de l'excitation de la découverte d'un nouvel univers graphique et narratif, du potentiel d'empathie pour les personnages, la série devient vite poussive et fastidieuse à regarder.
La réalisation et le jeu d'acteur moyens ne permettent pas de rattraper le reste. 2 mentions spéciales :
- petit plus pour Thomas Jane qui campe un policier, Miller, chargé pendant toute une saison, et les spectateurs avec lui, de recoller les fragments de l'énigme et de comprendre ainsi petit à petit la menace qui plane sur le système solaire.
Dommage, c'est ce personnage qui avait le plus de potentiel mais une fois son enquête terminée, le voilà soudainement greffé à un autre groupe de personnages, diminuant d'autant les intrigues parallèles dans la série. C'est aussi lui qui s'en va en premier dans cette série. Non sans être gâché dans une scène finale par la satisfaction ubuesque et navrante de son fantasme érotomane. Garder le personnage et précisément mettre mieux en scène son obsession amoureuse et idéologique, semi-malsaine et semi-romantique, pour une jeune femme qu'il n'a jamais rencontrée, voilà, entre autres possibilités, qui aurait permis à cette série de montrer plus d'ampleur psychologique.
- gros, gros moins pour Shohreh Aghdasrehloo, qui joue Avasarala, une haute responsable du gouvernement de la planète Terre. Son jeu en VO est absolument épouvantable, on a parfois l'impression qu'elle lit un prompteur et qu'elle récite un texte dont les répliques lui reviennent avec difficulté. Ses intonations et ses gestes sont souvent faux, et elle peut difficilement se rattraper par ses expressions à cause de son visage botoxé. Manque de pot, 95% de ce qui se passe sur Terre tourne autour d'elle, et environ 20% des scènes se déroulent sur Terre. Il faut donc la supporter bien trop souvent et elle n'avait juste pas les épaules pour un rôle aussi prépondérant dans cette série.
Après avoir persévéré malgré beaucoup d'hésitations, j'ai personnellement fini par lâcher la série au bout de 26 épisodes sur 62. J'ai tout de même lu rapidement la suite sur Wikipédia, ce qui m'a conforté dans ma décision : les scénaristes ont poursuivi dans la facilité consistant à reproduire toujours les même schémas pour les mêmes personnages et n'exploitant pas le centième du quart du potentiel de leur univers.