S'il y a bien une série emblématique des années 90, je ne vois pas qui peut prétendre à ce titre si ce n'est X-Files. Imaginée par Chris Carter, cette nouvelle création a laissé une trace indélébile sur le paysage télévisuel, dont l'influence ne s'est pas démentie avec les années (cf Fringe, Bones,...). Pourtant, rien n'était gagné au départ. La Fox Broadcasting Company (branche voisine du célèbre 20th Century Fox) a longtemps hésité avant de donner naissance à ce qui allait devenir l'une des séries les plus suivies au monde. Comment donc X-Files a-t-elle pu s'imposer comme l'une des trouvailles les plus stupéfiantes? Il suffit de regarder les trois premiers épisodes pour trouver la réponse.
Dans les deux premiers, on assiste à la genèse d'un duo du FBI lancés sur les enquêtes non-classées de leur département. Dana Scully (parfaite Gillian Anderson), diplômée dans le domaine de l'expertise médicolégale, se voit assignée la tâche d'assister l'agent Fox Mulder (David Duchovny, grandiose). Relégué dans un obscur bureau a l'écart des autres, ce dernier se donne corps et âme à sa passion: le paranormal.
Dans le pilote "Nous ne sommes pas seuls", les nouveaux partenaires, aux méthodes opposées, se retrouvent à enquêter sur la disparition étranges de lycéens dans l'Oregon. Rapidement, les théories de Mulder rentrent en contradiction avec la foi scientifique de Scully. Il y a tout un monde d'explications logiques que Scully s'efforce de suivre, mais Mulder cherche plutôt celles qui viennent d'ailleurs. Au bout d'une investigation parsemée d'événements surprenants (cf la disparition de 9 minutes, entre autres), un respect mutuel et une loyauté à toute épreuve s'installent entre les deux agents. Malgré leurs convictions divergentes, la paire est bel et bien formée.
Le deuxième épisode, "Gorge Profonde", approfondit d'avantage l'univers atypique de la série. Une nouvelle fois, Mulder et Scully enquête sur la disparition de pilote de l'US Air Force. Et encore une fois, les deux collègues voient leur travail compromis par de mystérieux agents du gouvernement. Même aidés par une obscure source nommée Gorge Profonde, ils se retrouvent une nouvelle fois au bord de la route à l'issue de cette aventure.
Une série sur les extra-terrestres, c'est original ça? C'est ce que vous pourriez dire, une fois les deux premiers épisodes "consommés". Doctor Who, les Envahisseurs, Star Trek, V s'en sont déjà chargés. Avec certes moins de sérieux mais tout de même. Pourtant, le troisième épisode va à lui tout-seul donner une dimension encore plus impressionnante à X-Files.
Un ex-camarade de Scully lui demande un coup de main au sujet de meurtres barbares commis à Baltimore. Mulder va bien évidemment y mettre son grain de sel. Et l'enquête morbide va bientôt laisser place au paranormal glaçant. Les deux agents découvrent vite que ces meurtres ne sont que les premiers d'une série qui se reproduit tous les trente ans et selon le même mode opératoire. Les victimes sont trouvées chez elle ou dans des lieux pourvus de tous les systèmes de sécurité existants...et dépecées de leur foie. Un suspect est interpellé et nous faisons connaissance d'un des plus (le plus?) fameux monstres de la série: Eugène Victor Tooms. La nature même du personnage le rend d'office inédit...et surtout terrifiant. Mais c'est bien la performance de Doug Hutchison qui le fait atteindre des sommets d'effroi. Son visage impassible et ses yeux perçants achèvent de le rendre inoubliable. La réussite et telle que Chris Carter et les scénaristes James Wong et Glenn Morgan décident de faire revenir Tooms pour la fin de la saison 1. Ce mutant contorsionniste cristallise les capacités considérables de la série pour faire monter le trouillomètre. Et par la même élargit la gamme de sujets que X-Files entend bien couvrir.
Autant vous le dire de suite: Tooms ne sera que le premier nom d'un très long répertoire, l'échantillon d'un bestiaire très varié et responsable d'innombrables soirées passées à trembler devant le téléviseur.
En seulement trois épisodes, on comprend toute la puissance de la création de Chris Carter. Savoir réunir, en s'attaquant à une foule de concepts (fantastiques, métaphysiques) qui peuvent emballer tous types de spectateurs: les néophytes ou les incollables sur le sujet extra-terrestre, mais également les fans de films à enquête, les fans du cinéma horrifique, fantastique, voire même parodique (cf les hilarants "Le Seigneur du Magma" ou "Le shérif a les dents longues"). Si on ajoute à ça une perfection formelle qui atteint des sommets de maestria et une composition musicale mémorable (le thème principal de Mark Snow est un bijou incandescent), on ne peut définitivement que féliciter la Fox d'avoir laissé libre cours à Chris Carter pour marquer le dernier millénaire.