On sait rapidement que ce remake ne proposera pas le même meurtrier que Broadchurch, ce qui est une bonne chose pour le suspense, une moins bonne quand on voit cette résolution mal amenée et défiant toute cohérence. Pour le reste, Malaterra pompe à l'identique la série dont elle est tirée. La structure des épisodes, le déroulé des événements, les détails sur chaque personnage, les plans de réalisation, les effets de montage, l'utilisation de la musique, tout est similaire, à ce niveau-là c'est plus un remake, c'est un plagiat autorisé. Si cette absence d'originalité par rapport à Broadchurch est déplaisante, le pire reste l'incapacité de Malaterra à convaincre lorsqu'elle sort des sentiers de la série anglaise. En effet, outre le dénouement minable et pas crédible, on passe d'un flic à problèmes cardiaques à un flic qui a un cancer le poussant à prendre des amphétamines lui donnant... des problèmes cardiaques (bonjour la distinction et la créativité!!!!). Idem concernant le rôle de Sophie de la Rochefoucaud, qui fait assez pitié face au vieux à la tête de pervers qu'elle remplace par rapport à Broadchurch. Ce sera la seule erreur de casting, le reste de la distribution étant excellent. D'ailleurs, c'est le seul gros point positif de la série: les acteurs sont très bien choisis, notamment l'excellent Simon Abkarian, le très convaincant Nicolas Duvauchelle et la très intéressante Constance Dollé. Sinon, Malaterra abuse à l'excès de la musique (pourtant assez poignante), souvent pour palier certaines longueurs du scénario dues au simple fait que les épisodes ont une durée 10 à 20% plus élevée que celle des épisodes de Broadchurch alors qu'elle n'a rien de plus à raconter. Autre abus: la religion, trop présente dans certains épisodes. Enfin, la différence majeure entre Broadchurch et Malaterra devait être le lieu, à savoir la corse, mais au final Malaterra exploite insuffisamment ce nouveau territoire: outre des beaux plans de paysages magnifiques et l'évocation de 2-3 spécialités corses, cette localisation n'est pas bien mise en avant, avec en guise d'apogée le fait que quasiment personne ne parle avec l'accent corse dans cette série (bizarre pour un village isolé de l'île), ce qui fait tache, à la fois en comparaison des accents bien spécifiques de Broadchurch, mais aussi par rapport à une série comme Mafiosa, qui a su vraiment retranscrire l'ambiance corse à tous les niveaux.
En résumé, en faisant abstraction de Broadchurch, la série est tout juste au-dessus de la moyenne, plombée par des longueurs nombreuses, trop de religion et de musique, un lieu mal exploité et des initiatives malheureuses (le dénouement, le rôle de La Rochefoucaud), mais rattrapée par sa distribution 4 étoiles. En ayant vu Broadchurch avant, Malaterra perd en plus en originalité et en créativité, montrant une grande paresse dans l'adaptation et dans certains choix scénaristiques.