Il est rare qu’un personnage aussi toxique, aussi dérangé que Joe Goldberg parvienne à créer autant d’attachement. Et pourtant, au fil des saisons, You a réussi cet exploit. Joe, c’est un fou, un psychopathe, un homme profondément malade qui mérite la prison.
Mais c’est aussi un homme complexe, qui croit sincèrement agir par amour ou par “justice”. On ne cautionne pas ses actes, mais on comprend ce qu’il pense faire. C’est cette tension morale, ce flou entre bien et mal, qui a toujours donné à You sa puissance.
Mais voilà, la saison 5 vient tout briser.
Dans cette dernière saison, Joe n’est plus un homme qui lutte contre ses démons. Il est devenu le démon. On ne retrouve plus ce personnage tiraillé, ambigu, humain dans sa monstruosité. Non, cette fois, on nous sert un Joe caricatural, brutal, et même grotesque.
Le meurtre gratuit dans la rue
, les décisions irréfléchies, l’absence totale de remords : ce n’est pas le Joe qu’on a connu. Ce n’est pas celui qui pleure en regardant son reflet, qui relâche Will , qui s’en veut pour Marienne , qui pense sincèrement faire “le bien” pour ceux qu’il aime, même à travers l’horreur.
On voulait une fin forte, pas une fin violente.
On aurait préféré une conclusion où Joe, sur le point de basculer une dernière fois, choisit enfin la rédemption. Qu’il laisse sa victime en vie, qu’il écrive une lettre à son fils, qu’il se rende aux autorités. Oui, il doit finir en prison. Oui, il mérite de payer. Mais pas d’être traîné dans la boue par sa propre série comme si elle voulait se faire pardonner d’avoir créé un personnage si “problématique”. Cette fin semble faite pour satisfaire une génération qui confond justice et punition publique.
Joe Goldberg est un criminel, mais aussi une création complexe. En l’abandonnant à une caricature, You a renié ce qui faisait sa force : une plongée dans les abysses de l’âme humaine, pas un simple pamphlet moral.
En résumé ?
Cette saison 5 est une erreur. Une conclusion bâclée, précipitée, et politiquement trop correcte pour être honnête.
On aurait préféré que Joe tombe. Mais pas qu’il soit jeté.