La série événement de Netflix, parmi les pionnières des exclusivités de la plateforme, s'est conclue en ce début d'année 2026, après 9 ans et demie qui ont servi au développement de "seulement" 5 saisons. En voyant le résultat au fil du temps, on comprend l'attente entre les saisons, jusqu'à 3 ans et demie pour la dernière. Sur le plan visuel, la série est exceptionnelle, avec des effets spéciaux toujours soignés et impressionnants (de plus en plus), une direction artistique solide, un montage soigné et une musique très réussie.
Mais même si je reconnais les qualités exceptionnelles de ce travail sur le plan formel, les choix sont selon moi discutables. J'ai en tête les dernières saisons, plus fraîches dans ma tête. Je ne sais donc plus si tout ce que je dis dans la suite de ma critique est le cas depuis le début, mais il est certain que la série suit une évolution formelle logique et que certains aspects plus appuyés sur la fin sont présents dès le départ. Je pense par exemple au son, avec des bruitages incessamment amplifiés pour rendre tout artificiellement épique, au montage étiré à l'infini dès la saison 4 (les durées d'épisode ne reflètent pas la quantité d'événements qui se déroulent... c'est très long), à la mise en scène de plus en plus cliché (surtout lors des moments émotion/suspens). La saison 5 en est l'apothéose, mettant en opposition un plan séquence d'action mémorable, violent (et certainement hors de prix) et une montée en puissance épique de certains personnages, avec des séquences d'une mièvrerie insupportable, des scènes d'action de série B remplis de punchlines insipides et des dialogues creux.
Ces clichés, on les retrouve également dans l'histoire. Même en essayant de ne pas confondre les stéréotypes volontaires des années 80 (ce qui reste le but initial de la série) et ceux venant de l'écriture "1er degré", il est difficile de ne pas souffler devant certains arcs.
Des méchants scientifiques, des méchants russes, des méchants militaires, des méchants gars populaires de la fac, face à un gentil sheriff surprotecteur au passé ténébreux, une mère névrosée, des gentils geeks avec des problèmes d'adolescents vus et revus, des intrigues sentimentales bourrées de non-dits...
Ça fait beaucoup. La trame surnaturelle est plus intéressante à suivre heureusement, avec des passages d'anthologie. C'est d'ailleurs assez frustrant, quand on voit notre implication sur une scène comme
la tentative d'évasion de Max dans la saison 4 (climax absolu à l'unanimité)
, quand on voit la puissance potentielle du récit, de retomber dans des intrigues beaucoup plus oubliables.
Néanmoins, la plupart de ces scènes sont sauvées par les acteurs qui donnent vie à ces personnages. J'ai envie de dire qu'ils sont tous attachants, même s'il y a du moins bien face à de l'excellent, des interprétations en déclin... Le tout reste très solide, à la manière d'un "Harry Potter", les "ados" sont incarnés par des acteurs de 20 ans à la fin mais franchement ça passe, et c'est plus l'écriture qui les dessert que leur jeu. C'est pour eux que je suis resté jusqu'au bout. N'oublions pas que chaque saison a révélé des acteurs au grand jour, et malgré le poids du rôle endossé par les principaux, je leur souhaite une belle carrière.
Tous ces défauts que j'ai mentionnés auraient pu être oubliés si la dernière saison avait plus osé, enfin, sortir des sentiers battus. C'est quelque chose qui me dépasse : il n'y a plus de suite, on peut faire ce que l'on veut des personnages, et...
tous les arcs se finissent certes, mais d'une manière lisse, que des bons sentiments bien propres. Ce n'était franchement pas la peine d'en faire des tratines et un épilogue de 40 minutes pour ça. La dernière scène de D&D suffit, une très belle scène d'ailleurs. Cela m'amène au dernier problème de cette fin : à part Eleven et son sacrifice magnifiquement hollywoodien, personne ne meurt (dans le feu de l'action et je ne compte pas 8 qui est un personnage très secondaire). Même les autres saisons osaient un peu plus tuer de personnages. A regarder dans le rétroviseur, toutes les scènes où l'on croit qu'un personnage va mourir sont donc complètement artificielles, révélatrices de rien du tout, et tout danger en est minimisé a posteriori. Cette absence de décès alors qu'un tel danger est présent, alors que l'intensité dramatique est poussée à son paroxysme, va à l'encontre des émotions que le show m'a préparé à vivre.
Je quitte donc la série avec un goût assez amer, en me disant que je vais assez rapidement l'oublier, malgré mon suivi assidu et ma hype à chaque saison.