Une fin de série plutôt moyenne, sans aucun risque, vraiment aucun. Quand on repense au final de la quatrième saison qui nous avait arraché le cœur (
Eddie et Max
, mis "game over" dans deux scènes respectivement monumentales), on trouve que le final de cette saison 5 (l'épisode qu'on a le moins aimé), est très fade. Les épisodes 1 / 2 / 3 sont volontairement mous, ce qui ne nous a pas franchement dérangé puisque cela faisait un moment qu'on poireautait pour remettre un orteil à Hawkins. Alors on a renfilé nos petits chausson douillets d'automne, on a repris goût à l'univers joliment rétro et mélancolique de cette série, on a refait le tour de nos personnages favoris, comme si l'on se représentait après une longue absence... Le fait "qu'il ne se passe rien" ne nous a pas trop marqué pour ce démarrage de dernière saison, ayant même apprécié le petit concours de biscottos entre Steve et Jonathan pour les yeux de la belle Nancy (ils sont ridicules, et c'est bien ce qui amuse). Vient ensuite l'épisode 4, où la dernière scène est très cool. Une fois de plus, le rythme prend son temps, mais il y a le twist de fin d'épisode (
Will, enfin "libéré" de la peur - symboliquement d'être gay dans les années 80 - prend le contrôle sur les Demogorgons de Vecna, et la scène claque
). C'est donc plein d'entrain qu'à Noël, on a rembrayé sur l'épisode 6, et là, patatras, "Fuyez, on a ouvert la mauvaise porte !", on revient dans le petit rythme pantouflard de début de saison (ce qui va bien cinq minutes, le temps d'une nostalgie "cocooning", mais après, il faut y aller !) qui tourne autour des détails de l'univers de l'Upside Down de Vecna (les enfants dont il a besoin, ses souvenirs effrayants), avec un épisode 7 un peu mieux (attention, les "anti-woke" vont sortir de leur grotte, préparez le dé de 12 pour tenter de les faire disparaître en un coup). Car oui, "LA" scène de Will (
son coming-out
, qu'on attend depuis le début de la série) est émouvante, et nous a fait verser la larme. Elle est honnêtement longue (comment, dans les années 80, amener le sujet ? Beaucoup ont "juste" oublié que la série ne se déroule pas en 2025 où le sujet est plus libre et ouvert, et encore...), et l'on voit directement une harmonie de "champ / contre-champ" entre Will (dont l'acteur Noah Schnapp est décidément parfait) et le grand frère (Charlie Heaton, encore plus parfait, si c'est possible), qui "sait" depuis toujours, et crève d'envie de se lever pour enlacer le frangin qui déballe tout. Beaucoup de larmes, oui, bien évidemment, mais l'on y a mêlé la nôtre, alors ne boudons pas un peu d'émotions dans cette dernière saison ultra tiède, on en avait grand besoin. Car oui, il y a eu un monde où l'on a eu l'espoir d'avoir une scène anthologique avec un caméo d'un personnage disparu dans l'Upside Down (on pensait à une apparition d'Eddie - HELLFIRE LIVES !!! -, mais insérez le nom du personnage qui vous manque le plus), mais non, on a eu trop d'espoirs pour ce qui est la dernière saison d'une des séries les plus regardées et suivies. Allez, à présent, attaquons le morceau qui fâche : on a été déçu (sans que ça soit nul) par le tout dernier épisode. Commençons par l'évidence : le combat final dure moins de dix minutes (et encore, on y a inclus les flashbacks nostalgiques)...sur un épisode de 2h10. Voyez-vous le problème ? C'est littéralement ce que l'on attend depuis le premier épisode de 2016. Cinq saisons à spéculer sur la bataille finale, sur tous les sévices que nos héros vont faire subir à ce sale amas de racines qui a buté beaucoup de personnages auxquels on tenait, qui s'en prend à des gosses, qui joue sur l'homophobie, sur tout ce qu'un déchet exécrable peut utiliser à son avantage, en faisant fi de la morale. Et seulement 10 maigrichonnes minutes de combat, dont la moitié sont juste
nos héros qui courent et tirent sur une tarentule géante (on n'a toujours pas compris ce qu'elle peut sentir, avec la taille microscopique des balles sur sa carapace de Godzilla... C'est un non-sens qu'elle hurle à la mort pour un tir de flingue), puis une succincte utilité des nouveaux pouvoirs de Will (seule fois où il va s'en servir, vous l'avez noté ? Faites vite, il ne resservira plus à rien après cette demi-seconde de bataille mentale : mais... quelle... déception...), et une insertion au forceps de séquences nostalgiques de la série pour que chaque personnage ait une raison de haïr Vecna, si jamais on n'était pas sûr de leur présence. Et onze coups de haches terminent le Monstre Sacré (onze... Eleven, vous avez compris la réf ?).
Eh ben. Les joueurs de D&D, habitués à lutter des plombes contre le premier elfe vermoulu qui sort d'un buisson, soupirent. On émet cette comparaison car une théorie de fans liée au générique de fin nous a beaucoup amusé en ce 1er janvier (et bonne année), on y reviendra. Finalement, la seule bonne pomme qui clamse c'est
Kali, le personnage introduit deux épisodes auparavant (pardon, mais : ce n'est pas très audacieux, comme scénar...) et la mort d'Eleven n'est même pas assumée franchement, puisqu'à la dernière minute Mike nous pond cette double-fin fantasque dont les ressorts sont tirés par les cheveux, qui justifierait que Eleven soit toujours en vie quelque part... Bon, alors, clairement elle est crevée (pour notre part), car l'histoire qu'il invente est hautement impossible (Kali se relève alors qu'elle a le bide en charpie, on invente qu'elle rend invisible les gens à distance, et en plus "y'a pas trois cascades, mais deux",
donc pour nous c'est juste que les jeunes s'imaginent une fin plus douce). L'affiche de The Thing, bien en évidence dans cette scène, vous indique qu'il s'agit d'une double-fin interprétable à l'envi (si vous n'en étiez pas sûr, ils vous le souligne visuellement). En revanche, on est moins convaincu par la fantaisie des fans quant à la dernière image du générique de fin, qui ont interprété au pied de la lettre ce qui sera probablement le prochain attrape-fans à 50 balles des rayons "jeux de société" des magasins spécialisés : le jeu de rôle D&D "Stranger Things". Les fans crient que depuis le début, tout n'était qu'une fiction, un jeu de rôle que jouaient les ados de la fin de la série, et qu'ils pleurent car ils sont déçus d'abandonner une si bonne partie (avec la
mort
d'un bon pion). Alors...Pour faire régulièrement du D&D, les parties durent maximum une dizaine d'heures, donc difficile de croire qu'en ce laps de temps, on en arrive à pleurer les grandes eaux pour une partie. Ensuite, on trouverait que la bataille du Boss est encore plus ridicule : comme dans Scooby-Doo (on a les réf qu'on mérite), on a beau être Fred, préparer des plans contre le Boss trois tours avant, le dé va décider que tel joueur rate son coup (damned, on comptait sur lui), puis tel autre se fait envoyer ad patres juste parce qu'il était une case trop près de telle crevasse ou même buisson (méfiez-vous de tout, dans du D&D, conseil d'ami), et vous allez galérer une bonne heure minimum sur le Boss en face à face (un vrai travail au corps à corps, ou l'on sue tous). Ici, si l'on prend le problème transposé, on a un Boss
démonté
selon le plan à la virgule près (le dé le plus gentil du monde, il ne fait que des 12, dix fois d'affilée), sans riposte (allez, l'araignée géante attaque une fois Nancy... et les autres tours, alors ?), et personne n'a une égratignure (pire Boss de donjon ever). Ah, et sinon, la mère de Mike a toujours les cicatrices de blessures de griffes dans le cou à la fin (oui, on aurait pu commencer par là pour démonter la théorie de fans, mais c'est plus drôle de démontrer à quel point ils n'ont jamais subi une partie de D&D douloureuse). Allez, pour ne pas s'éterniser plus que les 2h10 de ce dernier épisode d'une fainéantise absolue (aucune tentative, aucune surprise : pas mauvais, mais quelle déception), on dira que cette dernière saison est un retour à Hawkins qui fait plaisir à tous les fans de la série, comme si l'on renfilait de bon vieux chaussons douillets quand il fait froid dehors, qui font du bien, que l'on resserre les mains (surtout de Will) de personnages qui nous manquaient un peu (beaucoup), mais que l'on est franchement déçu du manque d'audace et d'ambition du final. Néanmoins, la dernière scène avec
Mike qui regarde tendrement les enfants reprendre le flambeau
est une magnifique dernière image, entre nostalgie et transmission des passions fofolles, un véritable moment suspendu qui termine bien cette série...à l'endroit