Stranger Things (Saison 3) : Le grand huit des années 80, entre guerre froide et nostalgie Carpenterienne
Après deux premières saisons intrinsèquement liées par le calvaire de la famille Byers, cette troisième salve d'épisodes de Stranger Things prend un virage différent, s'affirmant comme un segment un peu à part dans la mythologie de Hawkins.
Si l'arc narratif global semble s'isoler temporairement, nul doute que la toute fin de la série révélera que cette saison est en étroite collaboration et liée à la saison 4, reproduisant le schéma de gémellité des saisons 1 et 2.
Des ados qui grandissent (mais pas trop)
Le premier constat est visuel et thématique :
le petit groupe de protagonistes a grandi. Pourtant, ce passage à l'âge ingrat se fait sans plus de maturité dans les décisions de ces adolescents et leur évolution. On assiste aux premiers émois, aux ruptures et aux crises de jalousie typiques de l'âge, ce qui amène une dynamique plus légère, parfois exaspérante mais très réaliste.
Ce changement de ton s'accompagne d'un rééquilibrage flagrant des rôles :
l'action est beaucoup moins centrée sur Will, alors que les deux premières saisons l'étaient presque exclusivement. Le jeune Byers passe ici au second plan, laissant la place à une structure chorale inédite.
La grande force de cette saison réside dans son contexte géopolitique pop. Sur fond de guerre froide, l'ennemi numéro 1 est clairement identifié : les Russes, ces communistes qui viennent tenter l'expérience pour réouvrir le portail de l'Upside Down, en corrompant au passage le maire de la ville de Hawkins. C'est une très bonne idée ça !
Cela permet de renouveler les enjeux humains avant l'invasion fantastique.
Pour déjouer ce complot, le récit se segmente habilement :
on suit 4 équipes du crew en séparé (les ados, les adultes, le groupe du centre commercial, et les traqueurs de rats). Le rythme est effréné, pour au final faire en sorte que les 4 histoires se rejoignent à la fin de la saison pour un grand final en apothéose dans le complexe souterrain.
Les frères Duffer s'en donnent à cœur joie et livrent un festival de références des films des années 80.
Le traitement du monstre en est le parfait exemple : dégoulinant, fait de chair corrompue et de fusions organiques, il multiplie les clins d'œil appuyés à The Thing de John Carpenter. Côté action, impossible de rater l'hommage appuyé à Terminator avec ce tueur russe implacable qui joue à Schwarzenegger. Mêmes postures, mêmes séquences de traque...
Ce sont de bons clichés assumés qui fonctionnent à merveille !
Enfin, pour parfaire le tableau rétro, quelques références cultes comme Retour vers le Futur (projeté au cinéma de Starcourt) sont toujours là pour ancrer définitivement la saison dans son époque.
En conclusion, cette saison 3 est encore différente et c'est encore réussi. Plus colorée, plus estivale, mais aussi plus gore et spectaculaire, elle réussit à faire évoluer ses personnages tout en préparant le terrain pour l'affrontement final. Un divertissement total.