"When I am frightened, I shall master the fear."
Après avoir regardé l'intéressant A la Croisée des Mondes : La Boussole d'Or (Chris Weitz, 2007), il était logique que je m'enquisse de la série tirée des romans éponymes (A la Croisée des Mondes/His Dark Material, Philip Pullman, 1995-2000).
Si la comparaison est vite réglée, qu'il s'agisse de la longueur du support (résolument trop courte dans le film), de l'interprétation (plate), de l'orientation narrative (un conte pour enfants) ou de la fidélité au fond socio-politique (trop vague), on ne pourra qu'être surpris par la maturité et l'intelligence de la série, suffisamment longue pour appréhender la densité psychologique toute en nuances des personnages campés par des acteurices confirmé·es ou non mais remarquables pour la plupart, la narration prenante et très réaliste d'un parcours initiatique sublimé, et, enfin, la fidélité à l'oeuvre romanesque, critique acerbe de l'obscurantisme religieux (chrétien) et ode à la liberté et la pugnacité des Gitans.
On notera aussi des images éblouissantes, une musique lancinante et s'assombrissant au fil des épisodes, des effets spéciaux à tomber, une réalisation multiple et une excellente direction d'interprètes. A ce titre, il est impossible de ne pas relever les partitions de l'héroïne, Dafne Keen, d'Anne-Marie Duff/ Ma Costa ou encore de James Cosmo/le Gitan Farder Coram.
Plus en profondeur, la première saison de cette série propose une gradation dramatique parfaite, épousant l'évolution du personnage principal et semant à la volée une foule de questionnements métaphysiques sur l'enfance, l'âge adulte, le rite de passage, la foi, le sacrifice, la liberté, la sécurité et, plus que tout, les atrocités des meurtres et des guerres commis en leur nom, au nom de la paix.
On est très loin du conte d'aventure qu'était le film, en revanche on est tout près du chef d'oeuvre.
C'est beau, prenant, équilibré et bougrement intelligent.