"Like I said, he knows horses."
Si Godless est une série, Scott Frank nous présente surtout un long et lent film d'auteur, le pitch se laissant dévoiler au fur et à mesure des scènes, dont certaines visuellement prodigieuses, d'autres un peu plus faciles mais efficaces. Chaque épisode, d'une durée moyenne d'1h10, s'enchaîne ainsi comme un nouveau film qui serait la suite du précédent.
A la distribution, on retrouve deux grands noms des années '80 (comme le temps passe !), Sam Waterston et Jeff Daniels, mais aussi la grande interprète native Tantoo Cardinal (Danse avec les Loups, Killers of the Flower Moon) et deux valeurs sûres des séries télé, Michelle Dockery (Downtown Abbey) et Thomas Brodie-Sangster (Game of Thrones, Le Jeu de la Dame de Scott Frank aussi). S'y ajoutent enfin Jack O'Connel, Bill McNairy et, surtout, de nombreuses interprètes féminines et c'est ce qui fait l'originalité de ce western dense et étrange malgré un scénario finalement basique : Marritt Wever, Kayli Carter, Tess Frazer , Audrey Moore ou encore Samantha Soule.
Le climat, lui, admirablement soutenu par les jeux de lumière et une musique lancinante (Carlos Rafael Rivera, déjà à la composition sur un long du réalisateur, Balade entre les Tombes, et qu'on retrouvera sur Le Jeu de la Dame). Fresque socio-historique, comme souvent dans ce genre d'exercice, celle-ci a le mérite de garder les bases, simplistes, du western classique : un héros solitaire au passé trouble, une veuve solide, une horde de méchants dont le leader a quelque chose de charismatique, une ville minière tombant sous la coupe d'un propriétaire sans scrupule. Ces codes, Scott Frank n'hésite pas à les exploiter pour mieux transgresser les règles du genre, dans les deux sens du terme. Aux questionnements habituels s'ajoute effectivement celui de la place des femmes et de leur quasi obligatoire sujétion aux hommes, même lorsqu'un accident les a rendues libres. Le parallèle avec la façon dont sont traités les chevaux est à ce titre à la fois intéressant et particulièrement paternaliste. Volontairement ?
Quoi qu'il en soit, et malgré quelques longueurs, Scott Frank a réussi son pari d'allonger une histoire originale grâce à une direction d'interprètes parfaite et un équilibre narratif qui englobe l'histoire de chaque personnage, se permettant de créer au passage quelques quêtes annexes, à l'image du chemin initiatique de ce shérif parti à la recherche de son ombre. Le final est, lui, grandiose, véritable film dans la série.
Dans l'univers ultra-concurrentiel des séries, celles qui possèdent quelque qualité sont nombreuses mais celles qui sortent réellement du lot se comptent sur les doigts de la main. Godless en fait partie.