Série que j’ai découverte suite après avoir vu « Mission » avec Tom Hanks.
Netflix trouvait logique de me proposer « Godless », série que je croyais récente.
Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’elle datait de 2017 !
En fouillant sur le Net, j’ai pu lire que la série produite par Steven Soderbergh était pratiquement passée inaperçue ! Pourtant, Merritt Wever et Jeff Daniels seront récompensés d’un Emmy Award l’année suivante… largement mérité !
Bref, soit le catalogue de Netflix laisse à désirer, soit le catalogue de Netflix est beaucoup trop fourni au point de noyer « Godless », soit je suis tout simplement en faute pour ne pas l’avoir vu.
Est-ce original d’écrire que « Godless » renouvelle le western ? Je ne crois pas. Clint Eastwood est passé par là ; bien avant lui, John Ford, Don Siegel, Sergio Leone et récemment Scott Cooper.
Justement, « Godless » a la langueur d’un Scott Cooper, je pense à « Hostile » et il a la violence d’un Clint Eastwood, je pense à « Unforgiven » qui marie bien les deux. On peut évidemment se référer à d’autres metteurs en scène de western.
Chacun y trouvera ce qu’il veut.
Là où « Godless » renouvelle le genre c’est par ses personnages principalement féminins. Et quelles femmes !
Alice sous les traits de Michelle Dockery, Marie Agnes sous les traits de Merritt Wever, la grand-mère indienne incarnée avec humour par Tantoo Cardinal, sans compter l’allemande peintre et nudiste. Toutes remarquables.
Et puis il y a les autres comme l’amie de Marie-Agnes, ancienne prostituée et enseignante. Peu importe si je fais l’impasse sur leurs noms, leurs personnages existent. Elles ne sont pas là pour apporter de la consistance à une scène, ce ne sont pas des silhouettes ; elles ne sont pas là pour décliner une ou deux lignes de dialogue, elles sont là parce qu’elles s’inscrivent réellement dans le récit.
Ce sont des seconds rôles qui existent.
Quant aux hommes, ce ne sont pas nécessairement des brutes, de grossiers personnages, des prédateurs.
Ils présentent tous bien : de Roy Goode (Jack O’Connell) au shérif McNue (Scoot McNairy) en passant par le détestable Ed Logan (Kim Coates) ; de l’insouciant et consciencieux Whitey (Thomas Brodie-Sangster) à Truckee (Samuel Marty) en passant par l’insaisissable et monstrueux manchot Frank Griffin (Jeff Daniels).
Aussi incroyable que cela puisse paraître, à l’exception d’Ed Logan et du journaliste, pratiquement tous les personnages sont attachants à leur manière.
Pas une fois, je me suis dit que telle séquence ne m’intéresse pas à cause de tel ou tel personnage.
Ce western est esthétique de par sa photo qui rend honneur à des paysages divers et grandioses ; authentique de par ses personnages rudes et tendres à la fois et tellement naturels.
Le ton employé par tous ces personnages semblent se lier avec cette nature sauvage qui les entoure : posé et aride.
On retrouve la griffe de Scott Frank du « Jeu de la dame » où le langage était velouté et ferme.
Tendre et violent est ce western : la tendresse ne vient pas nécessairement de la femme et la violence ne vient pas nécessairement de l’homme.
« Godless » fait un bras d’honneur aux clichés.
Il y a de belles séquences même celles où l’infâme Frank Griffin intervient ; je pense à cette scène où il adopte Roy Goode, où il lui apprend à coucher des chevaux, par exemple.
La mise en scène n’a peut-être rien d’extraordinaire, mais Scott Frank sait créer l’intensité d’un dialogue, d’un plan, d’un regard, comme il sait surprendre par sa violence soudaine,
je pense au Marshall (Sam Waterston) et à Withey
.
Cette série a tous les contours du grand cinéma.
A déguster en V.O si possible pour la voix de Jeff Daniels entre autres et pour cette diction particulière...